Économie

Algérie-Maroc : pour Royal Air Maroc, que change vraiment la fermeture de l’espace aérien ?

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Mis à jour le 27 septembre 2021 à 13:51

Capture d’écran. Avions circulant au-dessus du Maroc et de l’Algérie, le 27 septembre 2021 à 10:15 CET. © www.flightaware.com

À la suite de la fermeture du ciel algérien aux appareils marocains, le pavillon de Casa a dû adapter les itinéraires de plusieurs vols. Pour quel impact concret (lignes, coûts) sur les opérations de la RAM ? Le décryptage de Jeune Afrique.

Depuis le 22 septembre, l’Algérie a fermé son espace aérien à tous les avions civils et militaires marocains ainsi qu’aux appareils immatriculés au Maroc. « Cette décision préventive est dictée par des raisons impératives de sécurité nationale, compte tenu de l’existence d’indices concordants et d’éléments probants sur la conception ainsi que sur la poursuite d’actions hostiles dirigées contre notre pays », a expliqué un diplomate algérien, cité par l’agence officielle APS, à Alger.

Côté marocain, cette décision des autorités algériennes a suscité peu de réactions officielles, divers responsables laissant entendre que l’impact sur les activités de l’opérateur national Royal Air Maroc s’annonce limité.

Qu’en est-il dans les faits ?

Une couverture européenne majoritaire

À travers le monde, en temps normal, la compagnie nationale du Maroc dessert plus de 80 aéroports, dont 50 % se trouvent en Europe, 35 % en Afrique, 7 % en Asie et 8 % en Amérique.

Les zones les plus desservies par la RAM

Les zones les plus desservies par la RAM © Source : données Royal Air Maroc

Avec la nouvelle interdiction de survol en vigueur et après avoir passé au crible toutes les destinations couvertes par la RAM, il apparaît qu’avant le 22 septembre seulement une quinzaine de dessertes de la Royal Air Maroc comprenaient en principe un survol de l’Algérie, selon le décompte de Jeune Afrique.

En effet, même si passer par l’Algérie aurait constitué un gain de temps pour un total de 26 vols de la RAM, cette dernière paraît avoir préféré dans plusieurs cas opérer un certain nombre de détours. Et ce en raison notamment d’une redevance aérienne algérienne jugée trop élevée .

Un spécialiste de l’aérien, bon connaisseur de la RAM, a confié à Jeune Afrique qu’en survolant l’Espagne, la compagnie pouvait même réaliser des économies d’échelle, en raison du nombre plus élevé de liaisons passant par le ciel espagnol.

% des itinéraires de vols modifiés par zone

Le nombre de dessertes de la RAM en Europe est, au demeurant, plus élevé qu’en Afrique ou en Asie. De fait, la majeure partie des vols affectés par les détours qu’impose la fermeture du ciel algérien (83 %) concernent la couverture de villes en Asie.

Depuis l’annonce, la RAM n’a annulé aucun de ses vols

De plus, Royal Air Maroc ne dessert pas l’ensemble de ses destinations à la même fréquence. Ainsi, depuis l’aéroport international de Casablanca (CMN), la RAM dessert en moyenne six fois plus souvent Madrid (Espagne) que Jeddah (Arabie saoudite), sept fois plus Paris (Orly et Roissy-Charles-de-Gaulle) qu’Abidjan (Côte d’Ivoire), et deux fois plus Lisbonne (Portugal) que Conakry (Guinée).

Ainsi, le volume des vols qui devront emprunter une nouvelle route aérienne reste mesuré.

De nouvelles routes aériennes

Afin de respecter, les nouvelles consignes imposées par Alger, la compagnie aérienne marocaine effectue des détours par l’Europe ou l’Afrique de l’Ouest avant de rallier des pays comme la Turquie, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, la Tunisie, la Libye, l’Égypte ou encore le Nigeria, le Togo, ou le Burkina Faso …

EN 2019, la RAM a transporté près de 7,5 millions de passagers

Comme l’indique l’outil de suivis des vols en temps réel FlightAware, depuis l’annonce, la RAM n’a annulé aucun de ses vols. La compagnie contourne l’espace algérien par le Nord en traversant la Méditerranée, ou par le Sud en effectuant des crochets au-dessus de la Mauritanie et du Mali.

Evolution de l’itinéraire d’un avion de la RAM de Lagos à Casablanca, avant et après la fermeture des frontières algériennes pour le Maroc

Evolution de l’itinéraire d’un avion de la RAM de Lagos à Casablanca, avant et après la fermeture des frontières algériennes pour le Maroc © Source : Flightwrapper

Malgré les détours subis, la durée des vols affectés a été très peu impactée. L’augmentation des coûts est donc minime.

En volant à 850 kms/heure en moyenne, pour un Casablanca-Istanbul il faut compter environ 40 minutes de plus, 30 minutes pour un Marrakech-Tunis et 11 minutes pour un Casablanca-Abidjan. Pour certaines destinations, telles que Marrakech-Le Caire, la différence est plus négligeable.

Evolution de l’itinéraire d’un avion de la RAM de Tunis à Casablanca, avant et après la fermeture des frontières algériennes pour le Maroc

Evolution de l’itinéraire d’un avion de la RAM de Tunis à Casablanca, avant et après la fermeture des frontières algériennes pour le Maroc © Source : Flight Aware

Un coût minime

La flotte de la RAM est composée d’une soixantaine d’appareils. Selon les données recueillies auprès de la NBAA (National Business Aviation Association), ce type d’avions consomme normalement 7 500 litres de kérosène par heure, avec un prix au litre avoisinant les 60 centimes d’euro au Maroc. Ainsi, pour la RAM, les coûts supplémentaires devraient rarement dépasser 4 000 euros par vol, selon un professionnel du secteur aérien consulté par Jeune Afrique.

En 2019, les revenus de la RAM avaient atteint 1,5 milliard d’euros, pour un résultat net négatif de -12 millions d’euros. Le groupe, détenu à 98 % par l’État marocain, a transporté 7,44 millions de passagers en 2019.