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De Gaulle à l’Élysée

Après l’adoption triomphale, par référendum, de la nouvelle Constitution, c’est un nouveau « oui franc et massif ». Le 21 décembre 1958, le général de Gaulle est élu premier président de la ve République et de la Communauté, avec près de 80 % des suffrages d’un collège qui compte quelque quatre-vingt mille grands électeurs. Victoire sans surprise : c’est à peine si de Gaulle l’évoque dans ses Mémoires d’espoir, se bornant à souligner qu’il avait pour la première fois fait acte de candidature. Son fils Philippe ne garde pas non plus un souvenir impérissable de cette journée, plus marquante, il est vrai, par ses conséquences que par son déroulement : « Il s’agissait pour mon père d’une évolution naturelle depuis qu’il avait accompli le plus important en établissant les nouveaux pouvoirs avant même qu’il ne s’installe à l’Élysée. »

Après cinq années d’une présidence molle consacrée pour l’essentiel à l’inauguration des chrysanthèmes, René Coty s’est ménagé in extremis une place dans l’Histoire en cédant dignement la sienne à celui qu’il appelait « le plus illustre des Français ». Mais de Gaulle s’attarde à Matignon. « Là-bas, grommelle-t-il en désignant le faubourg Saint-Honoré, on ne peut même pas se promener sans être vu des maisons voisines. » Il ne veut, prétend-il, ni bousculer le président sortant ni le priver d’une dernière soirée protocolaire à l’Opéra. S’il paraît se résigner de mauvaise grâce à l’obligatoire passation des pouvoirs, c’est que, dans son esprit, tout est réglé depuis la Libération. Tout l’est aussi, dans les faits, depuis qu’il a réussi à revenir légalement aux affaires, malgré les menaces des comploteurs, civils et militaires, d’Alger. « Je ne reprendrai pas le pouvoir dans un tumulte de généraux. S’il a lieu, je me retirerai dans mon village », avait-il fait savoir à Pierre Pflimlin, le président du Conseil, venu le voir en secret dans la nuit du 26 au 27 mai à Colombey-les-deux-Églises.

En cette soirée du 21 décembre 1958 où le pouvoir suprême vient de lui être légitimement confié, il peut se dire que tout s’est passé comme il l’avait exigé et prévu : il ne s’est pas lié les mains, n’a pris d’engagement envers personne… Son énigmatique « je vous ai compris » lancé à la foule d’Alger laissait tout supposer mais ne promettait rien. Il a tenu à le manifester dès la composition de son gouvernement. Écartant les proches des ultras d’Algérie, il a appelé à ses côtés les « prétendus chefs » de ces « prétendus partis » qu’il avait si longtemps accablés de ses sarcasmes et qui lui servaient aujourd’hui de caution républicaine. « Ils auraient préféré continuer à jouer à la belote, devait-il confier dans un mouvement d’humeur, je les ai obligés à jouer au poker et, là, je suis le plus fort. »

La relève historique a enfin lieu le 8 janvier. Dans la splendeur dorée de l’immense salle des fêtes de l’Élysée, où la musique de la Garde républicaine vient de claironner la Marche de Thésée, le morceau favori de Louis XIV, Coty accueille son successeur : « Le premier des Français est désormais le premier en France. » Des chroniqueurs ironiseront sur cette lapalissade qui définissait pourtant au mieux le nouveau régime. Et l’homme, qui, dix ans durant, allait l’incarner.
Par un beau soleil d’hiver, dans le vent piquant qui fait trembler sur le bleu du ciel les arbres dépouillés, les deux hommes se rendent « côte à côte » au tombeau du Soldat inconnu. Mais c’est la fin de la transition. De Gaulle le signifie à sa manière, impitoyable. Abandonnant Coty, interloqué, sous l’Arc de triomphe, il redescend, seul, les Champs-Élysées.

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