Politique

Cocaïne à Orly : comment Air Algérie gère le scandale

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Mis à jour le 24 septembre 2021 à 12:23

Un Boeing 737- 600 d’Air Algérie sur le tarmac d’Orly, en région parisienne © Laurent GRANDGUILLOT/REA

Après l’arrestation d’un de ses stewards qui transportait de la drogue entre la France et l’Algérie, la compagnie nationale durcit ses règles.

Le 18 septembre, le vol AH-1123 reliant Constantine (350 km à l’est d’Alger) à Paris s’est achevé sur un petit scandale dont Air Algérie se serait bien passé. Alors qu’il se présentait devant la police des frontières d’Orly pour regagner son appareil après une courte sortie à l’extérieur de l’enceinte aéroportuaire – il avait obtenu l’autorisation du commandant de bord de se rendre à la pharmacie -, un steward fait l’objet d’un contrôle dans la zone réservée au personnel naviguant.

Le scanner ayant détecté sur lui un objet suspect, il est soumis à une fouille corporelle : on découvre alors 200 grammes de cocaïne enveloppés dans de l’aluminium et scotchés sur ses cuisses. La drogue était destinée à la revente ou à la consommation en Algérie. Au terme de sa garde à vue, l’homme a été placé en détention préventive en attendant les conclusions de l’enquête. En France, il risque jusqu’à 5 ans de prison.

Privés d’escales

Âgé de 29 ans, ce jeune père de famille n’est pas un habitué des vols internationaux – basé à Constantine, il effectuait plutôt des liaisons domestiques – et est le fils d’un commandant de bord très respecté d’Air Algérie. « Sa famille est abasourdie, sous le choc », confie une source proche du dossier. Après avoir achevé sa formation en 2018, il effectuait son deuxième vol vers Orly au cours de ce mois de septembre.

Le 20 septembre, Air Algérie a pris les devants en annonçant dans un communiqué qu’un membre de son personnel naviguant avait été arrêté à Orly par les services de sécurité français, suite à la découverte d’une « substance prohibée ». Le prévenu fait l’objet d’une suspension de vol et de relation de travail, et l’entreprise se réserve le droit de se porter partie civile. Elle a fait parvenir plusieurs rapports au ministère des Transports. Une enquête pourrait être ouverte en Algérie afin de déterminer si l’homme a agi seul, ou s’il fait partie d’un réseau international.

Le personnel naviguant à l’étranger ne peut plus sortir des appareils ou de l’aéroport

Cette affaire provoque gêne, embarras et consternation au sein des équipes de la compagnie, et notamment parmi les membres du personnel naviguant à l’étranger. Dès le lendemain, ils ont appris à travers une note interne – que les commandants de bord sont enjoints de faire appliquer – qu’ils avaient désormais interdiction de descendre des appareils lors des escales. Jusque-là, les employés d’Air Algérie étaient autorisés à sortir effectuer des petits achats en pharmacie ou au Duty Free. Ils pouvaient même sortir de l’aéroport pour récupérer des colis ou du courrier.

Scandale d’État

Dans les aéroports algériens, les contrôles au niveau des frontières sont pourtant très stricts, assure un commandant de bord qui a souhaité garder l’anonymat. « Tout le personnel naviguant est soumis à des contrôles renforcés, explique-t-il. Quand on transporte des médicaments comme des antidépresseurs ou des anxiolytiques, policiers et douaniers exigent des ordonnances afin justement de prévenir les trafics. »

L’Algérie a été secouée en 2018 par un scandale autour d’un trafic de cocaïne, qui a provoqué un séisme au sommet de l’État et donné lieu à une série de limogeages de grande ampleur. Le 29 mai, 701 kilos de cocaïne ont été découvert dans des conteneurs à viandes sur un bateau en provenant du Brésil. La marchandise appartenait à Kamel Chikhi, un importateur et promoteur immobilier qui avait des connexions avec des personnalités civiles et militaires de haut niveau.

Le général-major Abdelghani Hamel, qui dirigeait la police nationale depuis 2010 et qui était très proche de l’ancien cercle présidentiel, a été démis de ses fonctions moins d’un mois plus tard, faisant ainsi les frais de ce scandale d’État. Plus de trois ans après, cette affaire n’a toujours pas été jugée.