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Exclusif – Bénin : au cœur du tête-à-tête entre Patrice Talon et Thomas Boni Yayi

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Mis à jour le 22 septembre 2021 à 17:21

Le président béninois Patrice Talon et son prédécesseur Thomas Boni Yayi, au palais présidentiel le 22 septembre 2021. © DR / Présidence béninoise

Le président béninois a reçu ce mercredi 22 septembre son prédécesseur. Un premier pas avant d’enterrer la hache de guerre ? Voici ce que les deux hommes se sont dit et comment ce rendez-vous a pu être organisé.

Patrice Talon et Thomas Boni Yayi, alliés politiques devenus ennemis intimes, se sont rencontrés ce 22 septembre au palais de la Marina, à Cotonou. Lors de ce tête-à-tête, qui a duré une heure, l’ex-chef de l’État a exposé à son successeur une série de propositions et de demandes, portant notamment sur la libération des « détenus politiques ».

Il a en particulier insisté sur le cas de Reckya Madougou, incarcérée depuis le 2 mars dernier et sous le coup d’accusations de « terrorisme » devant la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet). Ironie du sort, l’ancienne ministre de la Justice de Boni Yayi avait été l’une des chevilles ouvrières de la précédente tentative de réconciliation – avortée – entre le président béninois et son prédécesseur, en avril 2016 à Abidjan, sous les auspices de l’Ivoirien Alassane Ouattara et du Togolais Faure Essozimna Gnassingbé.

« Bienveillance »

Thomas Boni Yayi a également plaidé en faveur d’une remise en liberté de Joël Aïvo, arrêté en avril et poursuivi par la même Criet pour « blanchiment de capitaux et atteinte à la sûreté de l’État ». Il a également demandé au chef de l’État de permettre le retour des opposants actuellement en exil, dont certains sont poursuivis ou ont été condamnés par la justice béninoise, à l’instar de Sébastien Ajavon, Valentin Djenontin, Komi Koutché et Lionel Zinsou.

Il lui a par ailleurs proposé de mettre en place une concertation périodique, incluant des représentants de la société civile, de la classe politique ainsi que les anciens présidents béninois en vue de mettre fin aux « crispations ».

Devant les caméras, Patrice Talon a dit sa « fierté » de cette rencontre qu’il « attendait depuis fort longtemps, et les Béninois aussi ». Une preuve de « l’unité de la nation », a-t-il ajouté. « Je demande, il décide », a complété Thomas Boni Yayi. Le président n’a en effet pris aucun engagement formel. Selon nos informations, il a néanmoins assuré à son interlocuteur qu’il étudierait ses demandes avec « bienveillance ».

Négociations familiales

Les négociations en vue de la préparation de cet entretien ont été longues. L’intervention des entourages familiaux des deux hommes a débloqué la situation. Selon nos informations, Thomas Boni Yayi a, depuis plusieurs semaines, exprimé le souhait de rencontrer Patrice Talon pour apaiser les tensions politiques. Ses premiers efforts pour prendre contact avec son successeur ont été vains. Mais dans le courant du mois d’août, Chabi Yayi, son fils cadet, s’est inquiété de la situation auprès de Lionel Talon, le fils du président.

Chabi Yayi et Lionel Talon, tout deux âgés de 35 ans, ont fait une partie de leurs études ensemble et se rencontrent régulièrement dans le privé. Ce dernier a intercédé auprès de son père, et organisé avec lui un premier échange téléphonique. Fin août, Thomas Boni Yayi a appelé Patrice Talon depuis Paris, où il se trouvait depuis plusieurs semaines aux côtés de son épouse Chantal Yayi. À l’issue de ce premier échange, les deux hommes ont convenu de fixer un rendez-vous en bonne et due forme pour ce 22 septembre. Chabi Yayi, ainsi que Rachelle Yayi, sa sœur, étaient d’ailleurs tous deux présents au palais présidentiel, où ils ont été reçus brièvement par Patrice Talon avant l’arrivée de leur père.

Les doléances de Nicéphore Soglo

Avant son entretien au Palais, Thomas Boni Yayi, qui est rentré à Cotonou ce 15 septembre, a rendu visite le 20 à l’ancien président Nicéphore Soglo dans sa résidence de Cotonou. Lors de cette rencontre, à laquelle ont également participé Chabi Yayi et Ganiou Soglo, il a présenté ses condoléances à l’ancien président béninois, dont l’épouse Rosine Soglo est décédée le 25 juillet dernier. Alors à l’étranger, il n’avait en effet pu assister aux obsèques de l’ancienne première dame, organisées du 8 au 11 septembre.

Lors de cette rencontre, Nicéphore Soglo a demandé à Thomas Boni Yayi d’intercéder en sa faveur auprès du président béninois. Rosine Soglo a en effet émis le souhait d’être incinérée après son décès. Or, il n’existe pas de crématorium à Cotonou. La famille s’est donc résolue à se tourner vers celui qui se situe à Accra, au Ghana, le plus proche dans la sous-région. Elle s’en est ouvert au président ghanéen Nana Akufo-Addo.

Mais Léhady Soglo, l’autre fils du couple Soglo, qui vit actuellement en France, est sous le coup d’une condamnation à dix ans de prison par la Criet, prononcée le 1er juillet 2020. Il fait également l’objet d’un mandat d’arrêt international émis auprès d’Interpol. Se faisant le porte-parole de Nicéphore Soglo, Thomas Boni Yayi a demandé à Patrice Talon de lever ce mandat d’arrêt, ou de faciliter à tout le moins le voyage de Léhady Soglo vers Accra pour assister à la crémation de sa mère.