Société

Procès Rusesabagina : « La justice rwandaise n’avait rien à cacher »

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Mis à jour le 24 septembre 2021 à 11:53

Paul Rusesabagina arrive à la cour de Nyarugenge, à Kigali, le 2 octobre 2020 © SIMON WOHLFAHRT/AFP

Ancien procureur national du Rwanda, Alain Bernard Mukuralinda répond aux critiques portées contre la justice de son pays après la condamnation de Paul Rusesabagina à 25 ans de prison pour terrorisme.

De 2008 à 2015, Alain Bernard Mukuralinda fut le procureur national du Rwanda et le porte-parole du procureur général. À ce titre, il a supervisé un dossier politico-judiciaire emblématique, celui de l’opposante Victoire Ingabire Umuhoza, condamnée en décembre 2013 à 15 ans de prison par la justice rwandaise pour « conspiration contre les autorités par le terrorisme et la guerre, minimisation du génocide de 1994 et propagation de rumeurs dans l’intention d’inciter le public à la violence ».

Un dossier qui présente des similitudes avec celui qui a abouti, ce 19 septembre, à la condamnation de Paul Rusesabagina à une peine de 25 ans de réclusion pour terrorisme. Rendu célèbre dans le monde entier par le film Hôtel Rwanda (2004), l’ancien gérant de l’hôtel des Mille collines, à Kigali, avait rejoint au cours de la dernière décennie l’opposition rwandaise en exil, prenant la tête d’un mouvement politique adossé à un groupe armé.

Alors que la diplomatie belge dénonce un procès inique, au risque de provoquer un clash diplomatique entre Kigali et Bruxelles, Alain Bernard Mukuralinda décrypte ce procès qu’il a suivi de près.

Jeune Afrique : Selon la vice-Première ministre et ministre des Affaires étrangères belge, Sophie Wilmès, « M. Rusesabagina n’a pas bénéficié d’un procès juste et équitable, particulièrement en ce qui concerne les droits de la défense. La présomption d’innocence n’a pas été respectée non plus. Ces éléments de facto remettent en question le procès et le jugement ». Que vous inspire cette critique du procès qui s’est tenu à Kigali pendant plusieurs mois ?

Alain-Bernard Mukuralinda : Je trouve cette réaction d’autant plus surprenante que la parole de Sophie Wilmès engage son gouvernement. Ce n’est pas parce qu’il n’y avait pas d’avocat européen dans ce procès que les droits de la défense ont été bafoués. Pour qu’un avocat étranger puisse plaider au Rwanda, il faut qu’il y ait réciprocité ; or ce n’est pas le cas avec la Belgique. Quant à la présomption d’innocence, Sophie Wilmès ne précise pas en quoi celle-ci n’aurait pas été respectée.

La position de la ministre belge témoigne d’une condescendance et d’une ingérence inappropriées