Politique

Maroc : communicants, stratèges, éminences grises… La galaxie d’Aziz Akhannouch

La victoire du Rassemblement national des indépendants (RNI) aux élections générales du 8 septembre doit beaucoup – aussi – à ces personnalités qui gravitent autour du patron du parti. Qui sont ces fidèles collaborateurs du nouveau chef du gouvernement ?

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Mis à jour le 27 septembre 2021 à 12:19

La garde rapprochée d’Aziz Akhannouch. © Montage JA

Surnommé un peu péjorativement le « parti de l’administration » sous Hassan II, le Rassemblement national des indépendants (RNI) s’est singulièrement dépoussiéré. D’un mouvement fortement lié au pouvoir royal – son premier président n’était autre qu’Ahmed Osman, ancien Premier ministre et beau-frère du souverain –, le RNI est devenu une machine électorale, raflant, lors des élections de septembre, la première place à la Chambre des représentants, et devenant le premier parti du pays.

Une métamorphose à mettre en grande partie au crédit de Aziz Akhannouch, qui a succédé à Salaheddine Mezouar en 2016. Pourtant, deux ans plus tard, lorsque son groupe agro-alimentaire est la cible d’une campagne de boycott sur fond de grogne sociale, Aziz Akhannouch semble en mauvaise posture : il incarne alors aux yeux de ses détracteurs une classe d’affairistes essentiellement soucieux de leurs intérêts financiers.

L’ancien ministre de l’Agriculture réussira pourtant à renverser la tendance, notamment grâce au discrédit qui frappe les islamistes du Parti de la justice et du développement (PJD), au pouvoir depuis 2011. Mais aussi à la faveur d’une campagne active et originale dont les artisans forment le cercle rapproché du leader. Qui sont ces femmes et ces hommes qui ont fait du RNI la première force politique du pays, et d’Aziz Akhannouch le nouveau chef du gouvernement ?

Le fondateur du groupe Saham, 61 ans, incarne cette caste de technocrates parachutés au RNI, mais qui ont fini par s’engager avec plus de conviction au sein du parti. La casquette du bleu, il l’a revêtue quand il a intégré le gouvernement en 2013. Mais à l’époque, il ne consacre que très peu de temps aux activités partisanes de la formation politique, alors présidée par Salaheddine Mezouar. Mais avec l’arrivée d’Aziz Akhannouch à la tête du RNI, Moulay Hafid Elalamy (MHE) devient de plus en plus assidu au sein des instances du parti.

Il n’a quasiment raté aucune des réunions du bureau politique, qui étaient délocalisées mensuellement. Ses capacités organisationnelles et sa vivacité d’esprit ont été d’une aide précieuse lors des travaux du bureau politique. Ce qui explique qu’Akhannouch consulte régulièrement ce manager avisé sur diverses questions.

Aux élections proprement dites, il n’a pas souhaité se présenter, bien qu’il aurait eu toutes ses chances de décrocher un mandat d’élu. C’est que MHE n’est pas homme à se lancer dans un concours de popularité. Il a préféré soutenir son parti différemment, avec son chéquier, pour apporter une importante contribution au financement de la campagne. Un montant à six zéros, dit-on…

Dans la grande famille du RNI, Mbarka Bouaida est un atout. Le parti de la Colombe coule dans ses veines, puisque son père, Ali Bouaida, est l’un des cofondateurs de la formation, en plus d’être un grand notable sahraoui du Sud, propriétaire (entre autres) d’une compagnie d’hydrocarbures. Souvent décrite comme une « passionaria » de la cause du Sahara marocain, Mbarka Bouaida, 45 ans, démarre sa carrière politique en 2007 lorsqu’elle est élue députée de sa région d’origine, Guelmim-Oued Noun, tout en faisant partie du bureau politique du RNI.

Elle est placée sous le feu des projecteurs en 2013, lorsqu’elle intègre le gouvernement Benkirane au poste de ministre déléguée des Affaires étrangères, sous la tutelle de Salaheddine Mezouar. En avril 2017, l’homme fort du RNI, Aziz Akhannouch, la nomme secrétaire d’État auprès du ministère de l’Agriculture et de la Pêche.

En 2019, elle est la première femme à devenir présidente de région, toujours celle de ses origines et le fief de sa famille. Pièce maîtresse du parti, on l’a dite « très impliquée » dans la dernière campagne électorale, et très compétente. Il y a de fortes chances qu’elle demeure présidente de sa région, et, qui sait ?, qu’elle fasse son entrée au gouvernement.

Déjà star montante du parti sous l’ère Salaheddine Mezouar, Mustapha Baïtas, 44 ans, a trouvé dans la nouvelle galaxie Akhannouch le cadre propice pour briller davantage. Dès les premiers mois du mandat du nouveau président, il a été nommé directeur général du siège du parti. Élu sur la liste nationale des jeunes aux dernières législatives, Baïtas a orchestré la création de la Jeunesse du RNI en 2017, une structure qui faisait jusqu’alors défaut au parti. Il a été de toutes les tournées régionales et a toujours figuré dans les délégations dépêchées par le parti, au Maroc comme à l’étranger.

Durant son mandat parlementaire, Baïtas a été le porte-voix du parti face aux attaques politiques, notamment quand le RNI a été accusé d’instrumentaliser à des fins électorales la fondation Joud pour le développement. Homme de confiance d’Akhannouch, qui l’avait déjà recruté comme conseiller au ministère de l’Agriculture et de la Pêche, ce natif de Sidi Ifni a décroché haut la main son siège de député dans son fief, tout en apportant son soutien aux candidats du RNI aux quatre coins du royaume.

Sur l’organigramme officiel présenté par le RNI en juillet, elle est « la coordonnatrice générale de la campagne ». Mais tous ceux qui ont suivi de près les préparatifs des élections savent que, dans les faits, Wafaa Jamali, 36 ans, était la véritable directrice de campagne. Une mission qu’elle a embrassée en 2016, quand Aziz Akhannouch a succédé à Salaheddine Mezouar à la tête du RNI.

Congrès, statuts, organisations parallèles, renforcement de l’équipe politique, data, policy, field (terrain), digital… Cette diplômée de l’ISCAE et de Sciences Po Paris, passée brièvement par la banque d’affaires, coiffe tout, relit les notes, suit les chantiers, filtre les requêtes, remonte quotidiennement, 7 jours sur 7, les sujets au président pour arbitrage.

Celle qui a été par ailleurs conseillère technique au cabinet de l’ancien ministre de l’Agriculture – où elle travaillait sur de gros dossiers tels que le fonds de développement rural ou le programme de réduction des disparités sociales et territoriales – est la tour de contrôle de la fusée Akhannouch. Sa force de travail, ses qualités d’analyse et son dévouement au président la destinent à rester une pièce maîtresse du nouveau chef du gouvernement.

Ce cadre historique du parti faisait partie de ceux qui ont ovationné Aziz Akhannouch à son arrivée à la tête du RNI, mais qui doutaient des capacités de ce dernier à encaisser les coups bas, fréquents sur le ring politique. Mais Mohamed Aujjar a été rassuré de voir le président insuffler une nouvelle dynamique au RNI et son engagement est allé crescendo au fil des années. Aujjar n’en a même pas voulu à Akhannouch quand ce dernier a dû le sacrifier dans les tractations du remaniement gouvernemental d’octobre.

C’est que ce politicien avisé savait qu’il pourrait compter plus tard sur l’appui de son président, devenu son ami. Ce dernier l’a d’ailleurs soutenu quand son nom a été proposé en août 2020 pour diriger à l’ONU la Mission d’établissement des faits en Libye. C’est sans doute cette nomination qui a fait que Mustapha Aujjar, 62 ans, ne s’est pas présenté aux dernières élections. Mais il n’a raté presque aucun meeting de campagne et a bien entendu eu son mot à dire sur la stratégie électorale du parti.

Diplômée de l’Institut supérieur de la communication et de l’information (ISIC) à Rabat, Ichrak Moubsit a d’abord été journaliste dans plusieurs publications marocaines, dont le quotidien L’Économiste. Il y a environ dix ans, la jeune trentenaire avait rejoint la « team Akhannouch » au sein du ministère de l’Agriculture pour devenir sa conseillère presse et communication. Connue pour son caractère bien trempé, elle possède une excellente connaissance du microcosme médiatique et des rouages de la presse.

Dynamique, bosseuse, « cash », elle est un lieutenant ultra-fidèle du nouveau chef du gouvernement, qu’elle défend bec et ongles. Dans les coulisses politico-médiatiques, on estime qu’elle fera partie du « cabinet Akhannouch ».

Cet ancien de Jeune Afrique – il a également été journaliste politique à TelQuel et au Monde Afrique – a rejoint la garde rapprochée d’Aziz Akhannouch en 2018, après la campagne de boycott qui avait ciblé trois grandes marques, dont Afriquia, le navire amiral du groupe Akwa, alors présidé par le patron du RNI. Le 13 septembre de la même année, Aziz Akhannouch annonçait avoir « entamé un processus immédiat de retrait de toute gestion au sein du holding familial ».

Ce dernier s’est toujours entouré des profils les plus divers, cherchant à recueillir un maximum d’avis avant de trancher. Youssef Aït Akdim, 38 ans, a ainsi été chargé de préparer les habituels éléments de langage, mais pas seulement. Chargé de mission sous l’autorité de Wafaa Jamali, la directrice de campagne, il a animé un temps l’équipe de communication du RNI, avec un focus particulier sur la veille et la « riposte » : à travers un travail de collecte d’informations sur les adversaires politiques du parti, sa cellule était chargée de mettre en place une stratégie efficace et rapide de réponse aux attaques.

À partir de 2019, l’ancien journaliste a été affecté principalement à la cellule consacrée au programme électoral, chapeautée par Aziz Akhannouch en personne. Le nouveau chef du gouvernement est réputé avide de notes et de rapports, qu’il restitue à ses collaborateurs copieusement annotés.

Ce programme, qui a été présenté aux Marocains lors d’une tournée en juin dernier, soit bien avant les élections du 8 septembre, est le fruit des contributions des organisations parallèles du parti (jeunes, médecins, ingénieurs, experts-comptables, etc.) et des cadres du RNI, parmi lesquels de nombreux ministres et anciens ministres. « Avec ses qualités rédactionnelles, son esprit de synthèse et sa compréhension des enjeux politiques et économiques du pays, Youssef a joué un rôle dans l’offre politique du RNI », confie l’un des membres de l’équipe Akhannouch.