Politique

Maroc – Belkhir El Farouk : dix choses à savoir sur le nouveau numéro 2 de l’armée

Les Forces armées royales ont à leur tête un nouvel inspecteur. Il s’agit du général de corps d’armée Belkhir El Farouk, qui a effectué la plus grande partie de son parcours militaire au sud du royaume.

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Mis à jour le 22 septembre 2021 à 09:14

Le général Belkhir el-Farouk (g.), lors de l’exercice militaire African Lion, dans le sud du Maroc. © FADEL SENNA/AFP

1. L’art de la discrétion

Malgré les succès, un militaire de haut rang est astreint à une vie dans l’ombre, sans droit à une vie publique. Belkhir El Farouk, 73 ans, ne déroge pas à la règle, sa biographie et les éléments sur sa vie privée étant très succincts. Le général est né en 1948 à Mirleft, une petite commune rurale et amazighe, située sur le littoral atlantique, juste au-dessus de Sidi Ifni. Il est marié et père de trois enfants.

2. Numéro 2 de l’armée marocaine

Au Maroc, Belkhir El Farouk, nommé Inspecteur général des Forces armées royales (FAR) le 15 septembre dernier, suite à une annonce faite par le ministère de la Maison royale, du protocole et de la chancellerie, est désormais considéré comme le « numéro 2 » de l’armée marocaine. Le « numéro 1 » n’étant autre que le roi Mohammed VI, chef suprême et chef d’état-major des FAR. El Farouk remplace le général Abdelfattah Louarrak, un militaire qu’il a longuement côtoyé, nommé il y a à peine plus de trois ans, en 2017.

3. « Ministre de la Défense » à une autre époque

S’il avait été en fonction entre 1956 et 1972, Belkhir El Farouk aurait pu être nommé ministre de la Défense, chargé des affaires militaires et des FAR. Mais ce ministère a été supprimé au lendemain de la tentative de coup d’État des aviateurs de 1972, principalement mené par le général Mohamed Oufkir, alors ministre de la Défense.

Juste après cette décision, ces fonctions ont échu à un officier supérieur nommé secrétaire général de l’administration de la Défense nationale, responsable du ravitaillement, de la direction administrative et financière des FAR, et du fonctionnement de la justice et de la police militaire. À partir des années 1990, ces missions ont été confiées à un ministre délégué chargé de l’administration de la Défense nationale, placé sous la tutelle du Premier ministre. Jusqu’aux élections du 8 septembre dernier, il s’agissait d’Abdellatif Loudiyi. L’inspecteur général des FAR quant à lui jouit d’un pouvoir beaucoup plus stratégique.

4. Poste sensible, pouvoirs étendus

Un inspecteur général des FAR dispose de prérogatives très importantes en lien avec la direction des opérations stratégiques et de terrain mais aussi l’organisation et l’armement de l’armée aérienne, maritime et terrestre.

C’est lui qui préside les comités de discipline ou promeut les officiers. Il a également la possibilité de conclure des accords militaires avec des pays étrangers ou des accords de coopérations bilatérales, et peut éventuellement participer à des missions militaires étrangères.

« C’est un poste très sensible. Le roi choisit donc des acteurs qui ont fait la preuve de leur expérience et de leur savoir-faire sur le terrain », précise Mohamed Chiker, politologue marocain et expert militaire, spécialiste des FAR.

5. Contexte saharien

La nomination du Général Belkhir El Farouk intervient dans un contexte particulier de grandes tensions avec le voisin algérien. Le Maroc fait face à la rupture du cessez-le-feu par le Polisario depuis novembre 2020, et s’efforce de sécuriser les frontières du Sud, voire de les élargir. Au cours de ces opérations, un dirigeant de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), Dah El Bendir, « chef de la gendarmerie », a même été tué par une frappe aérienne en avril dernier. Sur le plan diplomatique aussi, le Maroc est repassé à l’offensive, notamment après la décision américaine, en décembre dernier, de reconnaître la souveraineté marocaine au Sahara.

Belkhir El Farouk, né dans une province du Sud, près de Sidi Ifni, a passé quarante ans dans la zone sud en tant que militaire. Avant d’être nommé Inspecteur général des FAR, il était commandant de la zone sud depuis 2017, et va d’ailleurs le rester.

6. Le cumul, une vieille tradition

Cette double casquette « inspecteur général des FAR » et « commandant de la zone sud » n’est pas une première. C’est même une tradition. Bien avant Belkhir El Farouk, plusieurs illustres hauts gradés ont cumulé les deux fonctions. Parmi eux : Ahmed Dlimi, Abdelaziz Bennani ou encore Bouchaib Arroub. Abdelfattah Louarak, le prédécesseur de Belkhir El Farouk, a été le seul à ne pas remplir ces deux missions.

7. Un profil similaire à Abdelaziz Bennani

« L’expérience Sahara » est obligatoire pour accéder aux plus hauts échelons des FAR. Belkhir El Farouk marche dans les pas d’Abdelaziz Bennani, inspecteur général des FAR de 2004 à 2014, et commandant de la zone sud de 1977 à 1979, puis de 1983 à 2014. C’est là-bas que le général Bennani s’est fait un nom et une réputation, celle d’un militaire rigoureux, infatigable et ingénieux.

Il s’est notamment investi dans l’édification du Mur des Sables, et a mené avec succès la guerre du Sahara entre 1977 et 1984, au point d’être surnommé « le Renard du désert ». C’est également au Sahara que Belkhir El Farouk s’est fait un nom.

8. Guerguerat, c’est lui

L’homme qui a dirigé les opérations dans la zone tampon de Guerguerat à la mi-novembre 2020 n’est autre que le général Farouk. Ces opérations visaient à déloger un groupe d’indépendantistes sahraouis issus du Front Polisario, qui bloquaient la seule route d’accès vers la Mauritanie, une voie cruciale pour le commerce vers l’Afrique de l’Ouest.

9. Ascension fulgurante

Au total, Belkhir El Farouk cumule 52 ans d’expérience dans le domaine militaire. Lauréat de l’Académie militaire de Meknès en 1972 avec un grade de sous-lieutenant, il est aussi titulaire d’un diplôme d’application « infanterie et instructeur commando » obtenu en France ainsi que du diplôme d’enseignements militaires via les cours de l’état-major.

C’est dans la deuxième moitié des années 1980, après sa promotion au grade de commandant, qu’il débute son ascension fulgurante dans la hiérarchie militaire. En 2006, il est nommé chef du troisième bureau de l’état-major général des FAR, puis inspecteur d’infanterie avant d’être désigné par Mohammed VI commandant de la zone sud en 2017. Il est le premier militaire à obtenir ce poste sans être passé par le grade d’inspecteur général des FAR.

10. Le buzz de l’African Lion 2019 et 2021

En 2019, une photo inédite de Belkhir El Farouk a été diffusée dans les médias. On y voit ce haut gradé au sol et en position de tir pour des exercices d’infanterie, organisés dans le cadre de l’African Lion 2019 à Tan-Tan, une image rare pour un général marocain.

Deux ans plus tard, c’est lui qui a coordonné avec le commandement américain la nouvelle édition de l’African Lion, toujours près de Tan-Tan. Ses qualités ont été remarquées, notamment par le général de Division américain et commandant de la Force opérationnelle d’Europe du Sud-Afrique, Andrew Rohling, qui a souligné « le calibre et le caractère du général Belkhir El Farouk » et « sa compréhension de l’environnement stratégique ».