Politique

Guinée – Foniké Mengué : « Le jour où j’ai appris la chute d’Alpha Condé »

Condamné à trois ans de prison après s’être opposé au troisième mandat d’Alpha Condé, Oumar Sylla, alias Foniké Mengué, était hospitalisé quand le président a été renversé. Il raconte ces heures fébriles qui ont mené à sa libération.

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Mis à jour le 5 octobre 2021 à 10:49

L’activiste guinéen Foniké Mengué. © DR

« J’étais à l’hôpital, dans une chambre surveillée par des gardiens de prison, lorsque ce 5 septembre j’ai été réveillé par des coups de feu. Cela faisait quelques jours que j’avais été extrait de la maison centrale de Conakry, les médecins avaient décidé de m’hospitaliser. Cela n’était pas la première fois que je tombais malade en seize mois cumulés de prison mais c’est la première fois que c’était sérieux. Je ressentais des douleurs au cœur, aux lombaires, j’avais du mal à respirer, j’avais mal aux yeux… Tout ça à cause des conditions de détention terribles. À 50 ou 60 par cellule, on est exposé à toutes sortes de maladies.

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« Une immense surprise »

J’étais donc à l’hôpital Ignace Deen [sur la presqu’île de Kaloum, tout près du palais présidentiel], et je m’en souviens très bien, il était environ 8 heures. Je suis sorti sur le balcon pour essayer de comprendre ce qu’il se passait mais ce n’est que deux à trois heures plus tard, grâce aux réseaux sociaux, que j’ai commencé à réaliser. Une photo d’Alpha Condé entouré de militaires circulait sur les réseaux sociaux : c’était un coup d’État. Ce n’est qu’en voyant la vidéo du lieutenant-colonel Mamadi Doumbouya déclarant qu’il avait pris le pouvoir que j’y ai vraiment cru. Ça a été une immense surprise.

On m’a annoncé que j’étais libre. C’est ce qu’avait décidé le CNRD

Les rafales de tirs étaient incessantes, cela durait parfois plusieurs minutes. Durant toute la nuit suivante, ça a continué, jusqu’à 3 heures du matin. Je me demandais si un autre groupe de militaires n’avait pas riposté contre les putschistes. Je me suis finalement endormi vers 4 heures. Puis le lendemain soir, le 7 septembre, le régisseur adjoint de la prison est entré dans ma chambre avec un papier : il m’a annoncé que j’étais libre. C’était ce qu’avait décidé le nouveau Comité national du rassemblement et du développement (CNRD).

On a été 79 à être libérés ce jour-là. Il y avait notamment Abdoulaye Bah, l’ancien maire de Kindia et militant de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), Ismaël Condé, l’ancien maire adjoint de Matam ou Étienne Soropogui, l’imam de Wanindara. On a fait le tour de la ville, on est allé à Bambéto puis à Cosa, où des marées humaines nous attendaient.

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« Fier de Mamadi Doumbouya »

C’était un grand soulagement. En deux ans, j’ai été arrêté à trois reprises. La dernière fois, c’était le 29 septembre 2020, juste avant l’élection présidentielle, à Matoto. Le jour où mon mouvement, le Front national de défense de la Constitution (FNDC), appelait à une grande mobilisation pour faire barrage au troisième mandat d’Alpha Condé. J’ai été brutalisé, j’ai même fait une grève de la faim pour avoir droit à un procès.

J’ai toujours su que notre combat était juste et qu’il aboutirait, tôt ou tard

Le 10 juin, j’ai été condamné à trois ans de prison ferme par la Cour d’appel pour « provocation directe d’un attroupement non armée suivi d’effets » et « communication et diffusion de fausses informations ». Mais c’était politique. Alpha Condé et ses hommes m’ont mis en prison car je refusais d’être dans leur camp, ils voulaient me saper le moral. Mais moi j’ai toujours été convaincu de la justesse de notre combat et j’ai su qu’il aboutirait, tôt ou tard. Je n’ai jamais douté de notre victoire.

Désormais, je suis un homme libre et je suis très content que le pouvoir ait changé de main. Je suis heureux de la chute d’Alpha Condé. C’est une grande victoire pour tous ceux qui se sont opposés à son troisième mandat. Je suis fier du lieutenant-colonel Mamadi Doumbouya pour son acte patriotique et son courage. »