Politique

« Alpha Condé demeurera en Guinée » : les putschistes ne lâchent rien

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Par - Envoyée spéciale à Conakry
Mis à jour le 19 septembre 2021 à 10:16

Le lieutenant colonel Mamady Doumbouya, qui a pris le pouvoir en Guinée, le 10 septembre 2021 à Conakry après une rencontre avec la délégation de la Cedeao. © Sunday Alamba/AP/SIPA

Au lendemain de la visite de la Cedeao à Conakry, la junte au pouvoir a réaffirmé qu’Alpha Condé ne quitterait pas le territoire guinéen, et a refusé de « céder à la pression » de l’organisation.

Après une première visite de « prise de contact » avec le Comité national de rassemblement et de développement (CNRD), au pouvoir depuis le coup d’État du 5 septembre, c’est une mission « largement centrée sur le sort du président Alpha Condé », selon les mots du président ghanéen, Nana Akufo-Addo, qui s’est rendu vendredi 17 septembre à Conakry.

La délégation « de haut niveau » conduite par le chef de l’État ghanéen et son homologue ivoirien, Alassane Ouattara, accompagnés du président de la Commission de la Cedeao, Jean-Claude Kassi Brou, a atterri en fin de journée à Conakry. Un temps annoncé, le Sénégalais Macky Sall n’a finalement pas fait partie du voyage.

Reçue à l’aéroport par le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, la délégation de la Cedeao s’est ensuite rendue à l’hôtel Sheraton, où elle s’est entretenue avec la junte pendant près de deux heures. Des entretiens qualifiés de « très francs et fraternels » par Nana Akufo-Addo, de « sincères » par le CNRD.

Nouvelles sanctions

La Cedeao était venue expliquer « de vive voix » les sanctions prises à l’encontre des membres de la junte. Le 16 septembre, les chefs d’État de la sous-région, qui avaient déjà suspendu la Guinée, décidaient en effet de durcir le ton.

Ils ont ainsi choisi de geler les avoirs financiers des membres de la junte et de leur imposer des interdictions de voyager, à eux et à leur famille. Interdiction également de participer à la prochaine élection présidentielle. Devant la presse, Jean-Claude Kassi Brou a affirmé que la transition militaire devait être « très courte », de six mois maximum.

Mamady Doumbouya a affirmé qu’en tant que militaires, les membres du CNRD n’avaient « pas besoin de voyager » et qu’il n’y avait « rien à geler sur [leurs] comptes »

Ce point a été très rapidement évoqué vendredi, a expliqué le porte-parole du CNRD, samedi 18 septembre. Mamady Doumbouya a ainsi affirmé qu’en tant que militaires, les membres de la junte n’avaient « pas besoin de voyager » et qu’il n’y avait « rien à geler sur [leurs] comptes ».

La période de transition requise par la Cedeao, jugée « irréaliste » par plusieurs interlocuteurs interrogés par Jeune Afrique, a également été abordée. « Le président a rappelé à ses hôtes qu’ils devaient écouter les aspirations légitimes du peuple de Guinée, et insisté sur la nécessité de ne pas refaire les erreurs du passé », a expliqué le colonel Amara Camara. « Seul le peuple souverain de Guinée décidera de son destin », a-t-il ajouté, se faisant l’écho des quelques dizaines de manifestants pro-junte venus exprimer vendredi leur mécontentement face aux sanctions prises à l’encontre du CNRD et leur soutien à Mamady Doumbouya.

Alpha Condé refuse l’exil

Plus tard dans l’après-midi, les chefs d’État se sont dirigés vers le palais des Nations, situé sur la presqu’île de Kaloum, à deux pas d’une primature désertée. C’est là, gardé par un déploiement important des Forces spéciales commandées par Mamady Doumbouya, qu’est gardé Alpha Condé, après avoir été détenu dans une aile du Palais du peuple de Conakry, à quelques kilomètres de là.

Selon nos informations, Alpha Condé continue de refuser de signer sa démission. Il a également catégoriquement refusé de quitter le pays et exprimé le souhait d’intégrer sa résidence privée de Kipé, dans la capitale.

Alpha Condé « demeurera en Guinée, dans un lieu choisi par le CNRD »

La junte accèdera-t-elle à cette requête ? Si elle l’a affirmé à la Cedeao lors de sa visite, le colonel Amara Camara est resté bien plus évasif à ce sujet. Interrogé sur le sort réservé au président déchu samedi, le porte-parole s’est contenté de répondre qu’Alpha Condé « demeurera en Guinée, dans un lieu choisi par le CNRD » et que « toutes les mesures seront prises pour le respect de son intégrité physique et morale ». « Il est en lieu sûr et bénéficie des traitements dus à son rang », a-t-il ajouté.

Alassane Ouattara aurait néanmoins obtenu de la junte qu’en cas de problèmes de santé, l’octogénaire puisse être soigné à l’étranger, comme cela avait été le cas pour son homologue malien Ibrahim Boubacar Keïta, déposé le 18 août 2020 par des militaires.

La veille, dans un communiqué lu à la télévision nationale, le comité avait déjà affirmé sa position face aux chefs d’État de la Cedeao, quelques heures après leur départ de Conakry, assurant qu’elle ne céderait à « aucune pression ».

C’est donc sans Alpha Condé qu’Alassane Ouattara et Nana Akufo-Addo sont repartis de Conakry en fin de journée vendredi. Le président déchu qui dit vouloir être traité « en citoyen ordinaire » a également dit accepter de rencontrer le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya. Ce dernier n’a pas dit s’il comptait accéder à cette requête.