Économie

Aérien : les recettes de Lufthansa Consulting, l’Afraa et Kenya Airways pour sauver le secteur en Afrique

Par
Mis à jour le 20 septembre 2021 à 11:37

En 2020, les revenus de Kenya Airways avaient reculé d’environ 60% sur un an à 52,8 milliards de shillings (481 millions de dollars). © LV Aircraft Photography/Flickr/Licence CC

Fusions-acquisitions, alliances, mutualisation des services… Les experts de l’aérien en Afrique explorent plusieurs pistes de relance alors que le retour aux performances d’avant la crise n’est pas envisagé avant 2023. Éclairage.

Avant la crise de Covid-19, le Global Market Forecast (GMF) prévoyait une hausse de +5,4% par an, en moyenne, du trafic passager pour et depuis l’Afrique. Dans sa prévision sur vingt ans, l’Association du transport aérien international (IATA) révélait que d’ici à 2037, le marché africain de l’aviation connaîtrait la deuxième plus forte croissance au monde, juste après l’Asie.

Nul ne s’attendait alors à faire face à une crise sanitaire de l’ampleur du Covid-19. « La perte de revenus en année pleine des compagnies aériennes africaines en 2021 selon l’Afraa est prévue à 8,2 milliards de dollars, soit environ 47,2% des revenus des compagnies aériennes en année pleine 2019. En 2020, les compagnies aériennes africaines ont réalisé une perte cumulée de 10,21 milliards de dollars, soit 58,8 % des revenus de 2019 », a indiqué l’association professionnelles début septembre.

Pour les professionnels du secteur, le défi du secteur aérien africain est désormais double. Les opérateurs devront faire plus d’efforts pour compenser les pertes liées à la crise, mais aussi et surtout revoir leurs structures de coûts et rattraper le retard en termes d’infrastructure et de conformité aux standards internationaux.

Le pari de la consolidation

C’est dans cette optique, que le 14 septembre 2021, Lufthansa Consulting (société de conseil de l’aviation internationale pour les compagnies aériennes), l’Association des compagnies aériennes africaines et de la compagnie Kenya Airways ont convié leurs pairs à un atelier de réflexion sur le thème « Tirer parti de la consolidation des compagnies aériennes pour assurer la durabilité du secteur du transport aérien ». Les enjeux de la consolidation et de la collaboration des compagnies aériennes, les problèmes de connectivité mais aussi les problématiques liées à la composition de la flotte ont été longuement discutés, par les 200 professionnels qui ont participé à ces échanges.

Pour Catrin Drawer, responsable du marché Afrique de Lufthansa Consulting, une remise à plat de l’approche est essentielle pour faire face aux récentes difficultés. « Nous devons adopter de nouveaux modèles économiques, mettre en place des innovations significatives dans les opérations et avoir un mode de gestion adaptatif ouvert aux changement », a-t-il indiqué dans le compte-rendu de ces discussions. Pour le responsable aérien, il est nécessaire de mettre en place « une véritable relation synergique croissante entre les compagnies aériennes et les autres parties prenantes. […] Nous ne pouvons pas retourner en arrière, mais ensemble, nous pourrons façonner l’avenir. »

« Nous ne pouvons pas retourner en arrière, mais ensemble, nous pourrons façonner l’avenir. »

Ces collaborations peuvent se décliner sous de nombreuses formes.  Des contrats d’alliances avec partage de code comme c’est déjà le cas entre Ethiopian Airlines avec des compagnies comme Asky Airlines, Air Cote d’Ivoire et Egyptair. Ont également été évoquées des opérations de fusions-acquisitions ainsi que la création de coentreprises aériennes, comme l’ont évoqué récemment les autorités de la RD Congo et Ethiopian Airlines.

Par ailleurs, la mutualisations des ressources et des opérations de sous-traitance pour réduire les coûts de maintenance et pour améliorer la qualité des formations sont également des pistes à explorer. De même, les centres d’apprentissage, de développement des connaissances et d’innovations aéronautiques crées en Afrique du Sud, au Maroc et en Tunisie pourraient par exemple devenir des hubs pour la formation des employés du secteur.

Enfin, aux côtés des compagnies aériennes, les autorités réglementaires, les constructeurs d’avions, les MCO (chargés du maintien en condition opérationnelle des appareil), les financiers et les partenaires de développement ont eux aussi une part importante à jouer, estiment l’Afraa et ses partenaires.

Un appel aux investisseurs

Le directeur général de Kenya Airways, Allan Kilavuka, a lui souligné l’importance de la coopération africaine. « Seule une collaboration renforcée entre les compagnies aériennes permettra d’améliorer la contribution de l’industrie pour un développement pérenne de l’Afrique ». Pour ce professionnel, le secteur de l’aéronautique favorise l’intégration régionale, renforce les échanges commerciaux et participe à la création d’emplois. D’après les chiffres de l’IATA, l’industrie aéronautique représente à elle seule plus de 56 milliards de dollars dans le PIB du continent, et emploie directement et indirectement 6,2 millions d’Africains. En 2020, les revenus de Kenya Airways avaient reculé d’environ 60% sur un an à 52,8 milliards de shillings (481 millions de dollars).

Pour sa part, Abdérahmane Berthé, secrétaire général de l’Afraa, a rappelé que l’engagement des États africains, des compagnies aériennes et de toutes les parties prenantes concernées est nécessaire pour atteindre efficacement les résultats requis. Ainsi, la mise en œuvre d’une structure de gouvernance d’entreprise appropriée est nécessaire afin de rationaliser l’exploitation des lignes aériennes africaines. L’ingérence politique dans la gestion des compagnies aériennes devant quant à elle être évitée.

À l’issu de cet atelier un appel aux institutions financières de développement (IFD) pour financer les études de faisabilité de modèles de consolidation a été émis. Les compagnies aériennes ont été invitées à procéder à une évaluation minutieuse des partenariats potentiels sur la base de données factuelles, et les gouvernements appelés à prendre des mesures concrètes dans le regroupement de compagnies aériennes.