Politique

RDC : dix choses à savoir sur François Beya, l’homme clé du système Tshisekedi

Puissant « monsieur sécurité » du chef de l’État, cet homme aussi discret qu’incontournable intervient dans les dossiers les plus sensibles.

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Mis à jour le 29 septembre 2021 à 10:17

François Beya, le conseiller à la sécurité de Félix Tshisekedi. François Beya © Saad pour JA

1. Mobutu

Pur produit des renseignements, dans lesquels il a fait toute sa carrière, François Beya a d’abord été recruté par Seti Yale, le conseiller à la sécurité de Mobutu Sese Seko. À ses côtés, il gravit les échelons au sein du Centre national de documentation (ancêtre de l’Agence nationale de renseignements, ANR) puis du Conseil national de sécurité (CNS). Avant la chute du maréchal, en mai 1997, Beya dirigeait le cabinet d’Honoré Ngbanda, l’un des plus fidèles « sécurocrates » de Mobutu.

2. Shin Beth

Mokolo wa Mpombo, qui dirige à l’époque le service des renseignements du maréchal, l’envoie se former au Shin Beth, le contre-espionnage israélien. Les années suivantes, Beya multiplie les formations et développe son réseau à travers l’Afrique, mais aussi en Europe et aux États-Unis. Sa dernière session de formation outre-Atlantique a eu lieu à la National Defence University, en Virginie (États-Unis), entre 2009 et 2011.

3. Exil

Comme de nombreux cadres de l’ère Mobutu, il quitte le pays à l’arrivée de l’Alliances des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), en 1997, et s’installe momentanément en Europe. À Kinshasa, sa résidence de Binza est attaquée et occupée par des soldats de la rébellion de Laurent-Désiré Kabila. Beya revient finalement au Congo peu de temps après. Il est rapidement adoubé par Didier Kazadi Nyembo, l’administrateur général de l’ANR qui en fait, sur recommandation de ses contacts, son directeur de cabinet.

4. « 1+4 »

Le réseau de celui que l’on surnomme « Fantomas » est aussi familial. Son beau-frère par alliance est Arthur Z’ahidi Ngoma, l’un des vice-présidents dans le régime « 1+4 », entre 2003 et 2006. Ce dernier le nomme d’abord dans son cabinet comme conseiller à la sécurité avant de lui confier le poste de directeur général adjoint de la Direction générale de migration (DGM).

De la nomination des juges à la Cour constitutionnelle à la restructuration de l’armée, François Beya a été sur tous les fronts pour permettre à Félix Tshisekedi de reprendre le pouvoir

5. Joseph Kabila

Avant d’être recruté par son beau frère, Beya avait approché Vital Kamerhe, alors secrétaire général du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD). Il lui avait promis de l’introduire auprès de Joseph Kabila. La rencontre ne s’était pas concrétisée mais au lendemain des élections de 2006, remportées par Kabila, Beya est reconduit comme numéro deux de la DGM avant d’en prendre les rênes. Il demeure aux côtés Kabila jusqu’à l’accession au pouvoir de Félix Tshisekedi, en janvier 2019.

6. Réseau d’affaires Makutano

François Beya a aussi ses entrées dans les milieux d’affaires. Ambroise Tshiyoyo, le président de la chambre de commerce franco-congolaise, est son cousin. Ce dernier est marié à Nicole Sulu, fondatrice du réseau d’affaires Sultani Makutano et gérante de l’hôtel Sultani, où Beya possède des bureaux. Selon nos informations, c’est en partie grâce au carnet d’adresses de Beya que ce think tank a construit son succès.

7. Mandataire

Son grand-frère, Constantin Tshiyombo, ancien banquier basé à Kigali rentré au pays peu après l’arrivée de l’AFDL, a été nommé le 14 juillet dernier à la tête du conseil d’administration du Fonds pour la promotion de l’industrie par le ministre de l’Industrie, Julien Paluku Kahongyha.

Il compte beaucoup de détracteurs, dans le camp présidentiel comme au FCC

8. Union sacrée

François Beya a joué un rôle essentiel dans la mise en place de l’Union sacrée. De la nomination des juges à la Cour constitutionnelle à la restructuration de l’armée, il a été sur tous les fronts pour permettre à Félix Tshisekedi de reprendre le pouvoir qu’il partageait avec son prédécesseur. Il est également en contact avec plusieurs personnalités politiques de premier plan, dont Joseph Kabila, Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba.

9. Ennemis

Des détracteurs, François Beya en compte beaucoup, que ce soit dans le camp présidentiel, où il entretient des relations délicates avec Jean-Marc Kabund, le puissant président de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS, parti présidentiel), ou au Front commun pour le Congo (FCC, opposition), où certains l’accusent d’avoir joué un rôle dans la mise à l’écart de ses anciens collègues des services, dont Kalev Mutondo et John Numbi, aujourd’hui en cavale.

10. Centrafrique

Il dispose de solides contacts à Bangui, notamment celui du président Touadéra. Ce dernier l’a d’ailleurs décoré de l’Ordre national du Mérite centrafricain en décembre 2019. Selon nos informations, il aurait aussi fait office de médiateur de l’ombre, début 2020, entre Faustin-Archange Touadéra et son prédécesseur, François Bozizé, aujourd’hui dans le maquis.