Économie

Congo – Pénurie de carburant : à qui la faute ?

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Par - à Yaoundé
Mis à jour le 17 septembre 2021 à 10:32

La croissance au Congo-Brazzaville repose essentiellement sur la variation de la production de pétrole, en l’absence d’autres ressorts véritables et, en particulier, de diversification de l’économie qui demeure un défi pour les autorités © Wikimédia commons

Les stations-service sont de nouveau approvisionnées. Mais l’incapacité de l’unique raffinerie du pays à satisfaire une demande croissante, ajoutée aux contraintes de la crise sanitaire, rend l’autonomie bien précaire. 

Les automobilistes de Brazzaville et Pointe-Noire soufflent depuis le retour du carburant à la pompe. Ils étaient à la diète depuis le 10 août, date à laquelle les premières files d’attente se sont formées devant les stations-service.

« Une crise passagère », selon Maixent Raoul Ominga, le directeur général de la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC), contraint de présenter ses excuses à ses compatriotes. Faute de mieux, les Brazzavillois ont eu recours aux « kadhafi », ces vendeurs clandestins de carburant qui négociaient le litre de super à plus de 800 F CFA, alors qu’il affiche 595 F CFA à la pompe.

Le marché de la distribution pétrolière a connu des bouleversements en 2020

Sur les raisons de cette rareté, les autorités se montrent peu disertes. Mais la réunion de crise du 7 septembre, présidée par Bruno Jean-Richard Itoua, le ministre des Hydrocarbures, qui n’a pas donné suite aux sollicitations de Jeune Afrique, dévoilait en creux les insuffisances de la Congolaise de raffinage (Coraf), filiale de la SNPC, en matière de production. Une cause à laquelle s’ajoute la volonté de ne pas recourir aux stocks de sécurité du pays.

Récurrence des pénuries depuis 2015

Une situation aggravée par la crise sanitaire et la fermeture des frontières qui s’est ensuivie, perturbant les importations de produits finis. « Le marché de la distribution pétrolière a connu des bouleversements en 2020 », observe le groupe Africa Oil and Gas Corporation (AOCG), dont la filiale Afric est l’un des six traders du secteur, pointant « le faible approvisionnement de la SNPC à cause des frontières, ce qui entraîne la mise en place de quotas ».

Brazzaville compte sur la raffinerie Atlantique Pétrochimie, une unité en cours de construction à Pointe-Noire

La pénurie de carburant chez le troisième producteur d’or noir en Afrique subsaharienne est cependant un phénomène récurrent depuis plus de six ans. En cause, une raffinerie d’une capacité théorique de traitement d’un million de tonnes par an, dont l’outil de production, devenu obsolète faute d’investissements, peine à produire 600 000 tonnes annuelles, alors que les besoins se situent à 1,2 million de tonnes.

Difficultés logistiques terrestres et ferroviaires

À cette contrainte se greffent des difficultés logistiques terrestres et ferroviaires, notamment les soucis répétés du Chemin de fer Congo-Océan (CFCO), qui plombent parfois l’acheminement des produits finis de Pointe-Noire vers les huit dépôts de la Société commune de logistique (SCLOG), coentreprise chargée du stockage détenue par les distributeurs AOGC (25 %), SNPC (25 %), Total (25 %), Puma (12,5 %) et X-Oil (12,5 %).

Pour conjurer durablement ce mauvais sort, Brazzaville compte sur la raffinerie Atlantique Pétrochimie (AP), une unité d’une capacité annuelle minimale de 2,5 millions de tonnes, en cours de construction à Pointe-Noire. Promue par le chinois Beijing Fortune Dingheng Investment qui y injecte 300 milliards de F CFA (plus de 457 millions d’euros), elle devrait entrer en activité en 2023.

Pour l’heure, les Congolais devront se contenter du « plan d’action d’urgence » de la SNPC pour assurer une autonomie en carburant précaire, tout au moins jusqu’à la fin de l’année.