Société

British American Tobacco : corruption sans filtre en Afrique ?

Mis à jour le 17 septembre 2021 à 11:53
Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Damien Glez © Damien Glez

Une ONG américaine accuse le géant du tabac d’avoir abusivement influencé les politiques de santé d’une dizaine de pays africains, en distribuant plus de 600 000 dollars…

Dur, dur d’être un cigarettier au XXIe siècle ! Quand des soupçons de maltraitance sociale dans les plantations ne déstabilisent pas les manufacteurs de nicotine et quand le sponsoring d’activités sportives censément antinomiques avec la consommation de cigarettes ne crispent pas les gestionnaires de la jeunesse, les géants de la tige à fumer sont accusés de profiter de politiques de prévention laxistes dans de nombreux pays africains. Ceci pour compenser le marasme de leur business dans l’Occident hygiéniste. Et si les géants du tabac ne faisaient pas que profiter des législations ?

Pots-de-vin et financements électoraux

Si l’on en croît l’ONG Stopping Tobacco Organizations and Products (STOP), un délit politique pourrait s’ajouter aux indélicatesses sociales et sanitaires. Dans un rapport publié ce 14 septembre, l’organisation créée par l’ancien maire de New York Michael Bloomberg accuse le géant mondial British American Tobacco d’avoir mis en place un véritable système d’influence illégitime des politiques de santé en Afrique. Bien au-delà du lobbying, la distribution douteuse de 600 000 dollars, dans dix pays africains, entre 2008 et 2013, s’apparenterait à de la corruption…

Ces largesses auraient été saupoudrées au Burundi, en RDC, au Rwanda, au Soudan…

Ces largesses auraient été saupoudrées au Burundi, aux Comores, en RDC, au Kenya, au Malawi, au Rwanda, au Soudan, en Tanzanie, en Ouganda et en Zambie, sous forme d’espèces sonnantes et trébuchantes, mais aussi de voitures ou de dons lors de campagnes électorales.

Les bénéficiaires seraient des responsables politiques, des employés d’entreprises concurrentes ou des fonctionnaires chargés de réguler l’industrie du tabac. Le présumé corrupteur aurait eu accès à des projets de lois qu’il aurait influencé en suscitant secrètement des amendements.

L’ONG STOP emboîte le pas aux productions journalistiques, notamment celle de la BBC et d’un consortium de journalistes britanniques qui accuse le même cigarettier d’avoir payé, en 2013, 500 000 dollars de pots-de-vin au parti de l’ancien président zimbawéen Robert Mugabe. Pour l’heure, British American Tobacco nie, mettant en avant les résultats d’une récente enquête de l’organisme britannique anti-fraude qui avait classé sans suite une procédure pour suspicion de corruption.

L’Afrique, nouvel eldorado

Corruption ou pas ? De nos jours, le groupe des sixties The Nashville Teens écrirait sans doute son titre Tobacco Road en Afrique. Un rapport de l’OMS démontre que l’Afrique, depuis deux décennies, est le nouvel eldorado des cigarettiers. La production de feuilles de tabac y est croissante, notamment en Afrique de l’Est, alors même qu’elle recule à l’échelle mondiale. Entre 2000 et 2018, le nombre de fumeurs africains est passé de 64 à 73 millions, alors qu’il diminuait de 60 millions à travers le monde.

Les pratiques marketing agressives de l’industrie de la cigarette ont beau jeu de surfer sur cette tendance qui s’appuie de surcroît sur la croissance démographique du continent. Tant qu’elles ne franchissent pas la frontière de la corruption…