Politique

RDC : Christophe Mboso, le dévoué de Tshisekedi à l’Assemblée

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Mis à jour le 17 septembre 2021 à 11:49

Christophe Mboso N’Kodia Pwanga, président de l’Assemblée nationale depuis décembre 2020 © ROBERT CARRUBBA

Président de l’Assemblée nationale depuis la chute de Jeanine Mabunda, le doyen des députés est aujourd’hui l’un des principaux soutiens du chef de l’État congolais. Portrait d’un partenaire stratégique et parfois encombrant.

Christophe Mboso N’Kodia n’imaginait sans doute pas qu’à 78 ans il ouvrirait la page la plus importante de sa carrière. Et pour cause, l’homme est loin d’être un novice de la scène politique kinoise. Doyen des élus de l’Assemblée nationale, qu’il préside depuis le mois de février, il est un élément central du dispositif de Félix Tshisekedi depuis que celui-ci a rompu l’alliance qu’il formait avec Joseph Kabila.

Nul doute que le président congolais compte particulièrement sur lui à l’aube d’une rentrée parlementaire sous tension. À l’horizon s’annonce l’épineux débat autour de la Ceni, dont la composition fait l’objet de profondes dissensions au sein de l’Union sacrée. Le camp de Moïse Katumbi et celui de Vital Kamerhe critiquent un processus opaque et plusieurs forces politiques refusent pour le moment d’envoyer leurs délégués dans le futur bureau de la Commission. Le 15 septembre, la nouvelle session parlementaire, principalement consacrée au budget, s’est d’ailleurs ouverte alors que la coalition Lamuka avait appelé à manifester pour dénoncer la politisation de la Ceni. Une marche violemment réprimée par la police.

De Kabila à Tshisekedi

C’est donc logiquement sur ce thème que le président de l’Assemblée nationale a débuté son discours d’ouverture de session. « Peu de temps nous sépare de nouvelles élections. La prise de conscience de cette réalité devrait nous inciter à parachever, au plus vite, le processus d’entérinement des membres de la Ceni. (…) », a-t-il alerté, assurant que « l’Assemblée nationale remplira son rôle » et que cette question devait être élevée au rang « d’urgence ». Au sein d’une chambre basse tiraillée et alors que la crainte d’un glissement du calendrier électoral revient dans le débat, Mboso est donc promis au rôle de l’arbitre propre à ce poste où il est arrivé presque par hasard.

Pour comprendre comment ce député du Kwango, dans l’ouest du pays, s’est hissé au perchoir, et donc au deuxième rang (protocolaire) de l’État congolais, il faut remonter au 9 décembre 2020. Trois jours plus tôt, Félix Tshisekedi annonce qu’il démantèle la coalition formée avec son prédécesseur. Jeanine Mabunda, puissante présidente de la chambre basse et pilier du système Kabila depuis la dernière élection présidentielle, se retrouve confrontée à une fronde des élus. Une pétition qui réunit plus de 250 signatures se trouve depuis quelques jours sur le bureau de l’Assemblée. Comme celle-ci vise l’intégralité de son équipe, c’est un bureau d’âge, dirigé par le doyen de la chambre assisté des deux benjamins, qui doit prendre le relais. Christophe Mboso entre en piste.

Il sera un élément décisif de l’opération de démantèlement de la majorité de Kabila

Lui qui s’affichait quelques semaines plus tôt aux côtés de ses collègues du Front commun pour le Congo (FCC) avec une pancarte « Touche pas à Mabunda, touche pas à mon bureau » va s’affirmer comme un élément décisif dans l’opération de démantèlement de la majorité de Joseph Kabila, dont il faisait pourtant partie. Le 10 décembre, l’Assemblée nationale vote en faveur du départ de Jeanine Mabunda et de son bureau. Avec la chute de l’élue de l’Équateur, c’est la première digue de la majorité de Kabila qui cède. Puis tout s’enchaîne très vite. Quelques semaines plus tard, c’est à nouveau Mboso qui mène les débats pour le vote de la motion de défiance qui fait tomber le Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba.

Alors que le chef de l’État penchait initialement pour Jean-Pierre Lihau – chef de file des transfuges du PPRD (de Kabila) et fils de l’un des fondateurs de l’UDPS –, Mboso, s’impose comme un recours pour prendre le perchoir dans le futur bureau définitif. Ce poste, qu’il négocie directement auprès de Tshisekedi, il y est élu le 3 février à l’issue d’un vote pour lequel il était finalement l’unique candidat. C’est désormais en allié dévoué qu’il agit, avec une seule mission : faciliter le passage des réformes sur lesquels le président compte pour briguer un second mandat en 2023.

500 jeeps

Au perchoir, le discret Christophe Mboso prend rapidement ses marques et se distingue par quelques prises de parole tranchantes, comme lorsqu’il tance « l’orgueil inutile » de Sylvestre Ilunga Ilunkamba, qui a refusé de se présenter devant la plénière pour le vote de la motion de défiance le visant, ou lorsqu’il exhorte les députés à « quitter les groupes armés ». Jugé difficilement accessible par certains de ses collègues, Mboso est avant tout un soutien plus qu’explicite du président au sein d’une nouvelle coalition qui réunit des forces politiques aux intérêts parfois contraires. Il n’hésite pas, comme le 12 septembre au quartier populaire de camp Luka, à haranguer ses militants au rythme des « Fatshi Béton », surnom du président.

Certains parlementaires l’accusent de « museler » le débat

Mais son franc-parler et son militantisme lui valent quelques polémiques. En juin dernier, après deux revers coup sur coup pour la majorité – au Sénat d’abord, pour lever l’immunité de Matata Ponyo, puis à l’Assemblée nationale, avec le refus d’inscrire à l’agenda un projet de loi permettant au gouvernement de statuer sur certaines matières en dehors de la plénière –, c’est au doyen des élus qu’est confiée la tâche de ressouder les troupes. Mais à l’occasion de la réunion qu’il convoque le 18 juin à l’Hôtel Fleuve Congo pour déminer la situation, l’annonce d’un don de 500 jeeps pour les élus provoque un tollé.

Ces dernières semaines, c’est surtout sa gestion de l’Assemblée qui fait l’objet de critiques de certains parlementaires qui l’accusent de « museler » le débat. « Il a gelé les questions de contrôle, le débat ne respecte nullement le droit d’initiative des députés, les plénières sont organisées à l’improviste, sans planification des urgences et des priorités de l’agenda législatif. Le tout avec un zèle préjudiciable à l’Assemblée nationale », résume Delly Sesanga, député du parti Envol, proche de Katumbi, et membre du G13. « Il fonctionne comme Jeanine Mabunda, la forme en moins. C’est un exécutant », tacle un autre élu de la majorité. De là à connaître le même sort que sa prédécesseure ?

S’il semble peu probable à ce stade que cette contestation représente une réelle menace, une pétition, initiée par le député Adrien Phomba, élu du Kongo Central, a tout de même commencé à circuler. L’instigateur du texte demandant son départ assure de son côté avoir réuni plus de 90 signatures.

Défendu par Kabund

Jean-Marc Kabund, à Kinshasa en septembre 2016

Jean-Marc Kabund, à Kinshasa en septembre 2016 © Gwenn Dubourthoumieu pour JA

L’entourage de Mboso assure ne pas s’inquiéter de ce début de fronde. Celle-ci semble pourtant générer plus de contrariété qu’il n’y paraît. À la veille de la rentrée parlementaire du 15 septembre, plusieurs élus ont confirmé à Jeune Afrique la tenue de réunions pour « renforcer la cohésion » au sein de l’Union sacrée.

Selon le compte-rendu de l’une de ces réunions parvenu à JA, Jean-Marc Kabund, premier vice-président de l’Assemblée et stratège de l’ombre de Tshisekedi au Parlement, y évoque directement cette pétition. « C’est surprenant de constater qu’au sein d’une même majorité des initiatives soient prises sans que les autres ne soient consultés. Comment pouvons-nous être d’une même majorité et se permettre d’attaquer le président du bureau ? C’est juridiquement correct de déposer une pétition, mais est-ce politiquement correct d’attaquer les intérêts de sa famille politique? » s’agace le patron du parti de Tshisekedi, invitant les élus à solliciter un entretien avec Christophe Mboso en cas de désaccord avec sa gestion.

Dans son discours d’ouverture, le président de l’Assemblée nationale semble en tout cas avoir pris note de ces critiques puisqu’il s’est longuement étendu sur cette question du contrôle parlementaire. « Le délai de grâce dont a bénéficié le gouvernement de la République étant dépassé, les députés feront usage, au cours de la présente session, en toute responsabilité, des moyens d’information et de contrôle mis à leur disposition par la Constitution et notre règlement intérieur », a-t-il assuré.

Mobutiste

Suffisant pour calmer le mécontentement des élus ? « Certains ont voulu le présenter comme un dictateur mais il n’y a pas lieu de l’accabler pour des faits qui ne peuvent pas lui être imputés individuellement. C’est un faux procès qu’on veut lui faire », défend le député Fabien Boko, proche de Mboso. « Jovial et intègre » pour des collaborateurs prompts à mettre en avant son « dévouement », « opportuniste avant tout » pour ses détracteurs, il reste un personnage clivant au sein de cette nouvelle majorité, au sein de laquelle certains n’hésitent pas à rappeler que son parcours est pour le moins tortueux.

Mboso est à l’origine un pur produit de la machine mobutiste, qui fit ses classes au sein des jeunesses du Mouvement populaire de la Révolution (MPR), à la fin des années 1970, sur le campus de Lubumbashi. Il gravit un à un les échelons de son bureau politique dans l’ancienne grande province du Bandundu et enchaîne les mandats de député entre 1977 et 1990, avant de rejoindre le comité directeur du parti.

Il n’y a aucun handicap à avoir travaillé avec Mobutu, le régime Kabila n’est pas meilleur, affirmait-il

Lorsque le pays s’ouvre au multipartisme, en 1990, Mboso cofonde le Parti démocrate et social chrétien (PDSC) et multiplie les postes ministériels : Santé, Portefeuille, Affaires foncières, Énergie et Mines. Il est à l’époque réputé proche de certains autres ministres, dont Kitenge Yesu, qui deviendra par la suite Haut représentant de Félix Tshisekedi.

La chute de Mobutu le conduit à l’exil pendant quelques mois, mais il fait rapidement son retour en politique et tente sa chance à la présidentielle de 2006 sous les couleurs de la Convention pour la République et la démocratie. « Il n’y a aucun handicap à avoir travaillé avec Mobutu, parce que le régime Kabila n’est pas meilleur », affirme-t-il alors. Crédité de 0,47 % au premier tour, il rallie Jean-Pierre Bemba au second. Son parcours finit pourtant par croiser celui de Joseph Kabila, dont il deviendra même le vice-ministre de la Justice et des Droits Humains.

« On dit souvent qu’au Congo, le poisson suit toujours le courant et qu’il ne nage jamais à contresens », ironise un ancien collaborateur de Mboso sous l’ère Mobutu pour justifier ces changements d’allégeance. À deux ans des prochaines élections, au service d’un Tshisekedi d’ores et déjà candidat à sa propre succession, le président de l’Assemblée nationale fait plus que jamais figure d’allié aussi incontournable que dévoué pour le chef de l’État.