Politique

Algérie : pourquoi le vaccin chinois a la cote

Par - à Alger
Mis à jour le 17 septembre 2021 à 11:42

Des membres du personnel déchargent un lot de vaccins chinois contre le Covid-19 Sinopharm à l’aéroport militaire de Boufarik, à 40 km au sud-est d’Alger, le 24 février 2021. © APP/AFP

Alors qu’elle redoute une quatrième vague en novembre, l’Algérie mise sur la disponibilité du vaccin chinois pour l’administrer à 70 % de sa population, d’ici à la fin de l’année.

Les vieilles alliances ont visiblement la peau dure. Éprouvé par une pénurie de vaccin en pleine troisième vague de Covid-19, au point de n’assurer que les doses de rappel, le pays a encore une fois pu compter sur la Chine, en août dernier, pour un approvisionnement de 8 millions de doses du vaccin chinois Sinovac.

Ce lot a permis à l’Algérie de lancer le 4 septembre sa campagne de vaccination baptisée « Big Day » qui s’est soldée les six premiers jours par la vaccination d’un million de personnes. Le retard à rattraper reste toutefois conséquent. Depuis le début de l’année, près de 10 millions d’Algériens ont été vaccinés, dont 3 millions ont reçu les deux doses, sur une population globale dépassant les 44 millions, a reconnu le porte-parole du comité de suivi de l’évolution de la pandémie, Djamel Fourar.

Pour parvenir à ce maigre résultat, il a fallu compter sur le soutien renforcé de la Chine, au moment où l’Algérie, qui a accusé un important retard dans l’acquisition du vaccin contre le Covid-19, n’arrivait pas à boucler des contrats d’achat avec les grands laboratoires. « Le gouvernement chinois nous a fait la promesse de nous fournir les vaccins en quantité suffisante jusqu’à l’éradication définitive de l’épidémie » confie un membre du comité scientifique et du suivi de la pandémie, organisme rattaché au ministère de la Santé.

Production de vaccins

La Chine a été le premier pays à envoyer en Algérie des équipes de virologues, des respirateurs et du matériel de prévention et de dépistage. Ce coup de main s’est poursuivi durant l’année 2021, avec l’envoi gracieux en février de 200 000 unités de vaccin Sinopharm. Avec à la clé un transfert de technologie pour que l’Algérie devienne elle-même un État producteur de vaccins anti-Covid-19.

Ce projet vise « à produire à partir de fin septembre, 2,5 millions de doses du vaccin Sinovac dans l’usine du groupe pharmaceutique Saïdal de Constantine » apprend-on du ministère de l’Industrie pharmaceutique. Qui précise que le vaccin produit par Saïdal coûtera 45 % moins cher qu’un vaccin importé et 90 % moins quand la matière première sera produite localement.

Pour l’heure, il s’agit simplement du conditionnement des liquides dans des contenants aseptiques, leur fermeture, leur étiquetage et enfin l’emballage. Les premiers lots de vaccins doivent sortir de l’usine Saïdal de Constantine le 29 septembre. Avec une production croissante : 1,3 million de doses en octobre, 2,5 millions en novembre, 3 millions en décembre et plus de 5 millions début 2022.

Environ 90 % de l’acquisition des nouveaux vaccins se fera auprès de Sinovac

En attendant que l’usine de Saïdal de conditionnement du vaccin chinois atteigne son plein régime, une commande d’acquisition de 35 millions de doses de vaccins a été passée auprès de plusieurs fournisseurs.

Dans le cadre de ces nouveaux contrats d’achat, la part du lion de la Chine est préservée : environ 90 % de l’acquisition se fera auprès de la firme chinoise Sinovac, affirme-t-on au niveau du ministère de la Santé et du département de l’Industrie pharmaceutique. Un deuxième quota d’achat de l’ordre de 16 millions de doses de vaccin chinois, du russe et de l’anglo-suedois AstraZeneca sera réceptionné également dans les prochaines semaines dans le cadre du dispositif Covax.

Le plan russe tombe à l’eau

L’Algérie devait produire, en outre, dès la fin septembre, le vaccin russe Spoutnik. « Le vaccin sera fabriqué par le groupe public Saidal en partenariat avec le laboratoire russe Gamaleïa qui a mis au point le produit. Ce projet verra le jour grâce au transfert technologique assuré par les Russes via une plateforme numérique accessible aux experts algériens, et qui rassemble toutes les données nécessaires pour la fabrication du Spoutnik V » avait annoncé début avril, en grande pompe, le ministre délégué à l’industrie pharmaceutique Lotfi Benbahmad.

Le vaccin russe n’est plus administré dans les 8000 centres de vaccination du pays

Trois comités ont alors immédiatement été mis en place, regroupant des experts de Saidal, des universitaires, des centres de recherche, l’Institut Pasteur et des cadres du ministère. Lesquels ont planché plusieurs mois durant sur le transfert de la technologie promise par la Russie.

Le fonds russe d’investissement direct avait en effet proposé diverses formes de coopération dont l’acquisition directe, le transfert de technologie, la production conjointe ou la participation à la phase trois des tests cliniques. Mais selon nos sources, la production du vaccin russe en Algérie n’est plus à l’ordre du jour. Il n’est même plus administré dans les 8 000 centres de vaccination du pays.

Il était pourtant bien parti pour supplanter les autres vaccins quand l’Algérie a entamé sa campagne de vaccination en janvier 2020 avec le Spoutnik V. Sur les raisons du couac, les autorités algériennes n’ont pas souhaité communiquer.

« Le 13 janvier dernier, nous avons obtenu un contrat avec les partenaires russes pour l’importation d’un million de doses de vaccin Spoutnik V. Nous avons reçu un lot des premières doses, mais pas le deuxième » s’est contenté d’expliquer le ministre de la Santé Abderrahmane Benbouzid qui accompagnait le 12 août le Premier ministre Aymen Benabderrahmane dans la wilaya de Tizi-Ouzou ravagée par les incendies.