Politique

Mali : comment la France a « neutralisé » Abou Walid al-Sahraoui, émir de l’État islamique

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Mis à jour le 19 septembre 2021 à 18:00

Des soldats français de l’opération Barkhane au Mali, en décembre 2019. © Fred Marie/Art In All Of Us/Corbis via Getty Images

Après plusieurs semaines de rumeurs, Emmanuel Macron a confirmé la mort du chef du groupe État islamique au Grand Sahara (EIGS). Jeune Afrique retrace la traque des forces françaises.

Désigné par la France comme la cible principale au Sahel depuis le sommet de Pau, en janvier 2020, Adnan Abou Walid al-Sahraoui était traqué nuit et jour par les services de renseignement. Jeudi 16 septembre, Emmanuel Macron a annoncé la « neutralisation » par les forces françaises du chef du groupe jihadiste État islamique au Grand Sahara (EIGS). Le président met ainsi fin aux rumeurs qui, dès août, annonçaient la mort de celui que ses combattants surnommaient « l’Émir ».

Ces derniers semaines, l’étau s’était resserré autour d’al-Sahraoui. Son état-major avait été fragilisé par plusieurs opérations françaises, qui avaient coûté la vie à certains de ses plus proches lieutenants.

Deux hommes à moto

En juillet dernier, Abdelhakim al-Sahraoui, son principal adjoint, et Issa al-Sahraoui, un de ses commandants au Mali, avaient ainsi été tués. D’autres cadres de l’organisation avaient aussi été arrêtés, comme Abou Dardar ou Khattab Al Mauritani. Selon un haut responsable français, ces coups successifs portés à l’EIGS avaient conduit son chef à s’exposer davantage et donc à prendre plus de risques pour sa sécurité.

Les services de renseignement français ont recoupé l’information auprès des services américains

Les choses se sont précisées du 17 au 22 août. Sur la base d’informations transmises par deux cadres de l’EIGS arrêtés le 14 juillet, une opération de repérage est menée du 17 au 19 août par des militaires de la force Barkhane – en partenariat avec leurs alliés du G5 Sahel, de la force Takuba et des forces américaines – dans la forêt de Dangarous, au sud d’Indelimane, dans la région malienne de Ménaka.

Les services de renseignement français savent alors que plusieurs hauts cadres de l’EIGS doivent s’y réunir, sans pour autant avoir la certitude que leur chef se trouve parmi eux. Le 17 août, un drone Reaper survole la zone cible et frappe une moto et ses deux passagers. Abou Walid al-Sahraoui est tué sur le coup. Dans les jours qui suivent, un commando d’une vingtaine d’hommes est déployé au sol pour poursuivre le ratissage des campements de l’organisation islamiste.

Identification du corps

Le corps d’Abou Walid al-Sahraoui n’est pas encore formellement identifié. Il faudra attendre mi-septembre pour que les services de renseignement français confirment sa mort, après avoir écouté les communications des cadres du groupe jihadistes toujours en vie et recoupé l’information auprès de leurs homologues américains.

La France, qui a décidé de « reconfigurer » son dispositif militaire au Sahel, se réjouit d’autant plus de cette victoire que des rumeurs évoquent l’imminence de la signature d’un contrat entre la société russe Wagner et l’État malien. « Si ces discussions aboutissent sur une collaboration effective entre le Mali et cette société, cela serait incompatible avec le mode d’organisation et d’intervention que nous avons mis en place avec succès [dans la région] » prévient la ministre française des Armées, Florence Parly.