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Visa vs Mastercard : bataille de titans dans la fintech africaine

Les deux géants américains des cartes de paiement investissent dans les nouveaux services financiers pour accélérer leur développement africain.  

Mis à jour le 25 octobre 2021 à 17:19

Depuis une quinzaine d’années, les deux géants américains du paiement, Visa et Mastercard, ne manquent pas d’ambition en Afrique. © Licence CC

Distribuer des cartes bancaires en Afrique, royaume du cash et du mobile money, est un drôle de pari. Pourtant, depuis une quinzaine d’années, les deux géants américains du paiement, Visa et Mastercard, ne manquent pas d’ambition en la matière et se livrent une guerre de positions que la pandémie et l’accélération du développement de la fintech viennent d’intensifier.

Ces dernières années, leur duel avait déjà été bouleversé  par l’arrivée sur le continent du chinois UnionPay, venu chasser sur les terres de Mastercard, l’éternel challenger. Depuis 2018, le géant chinois créé en 2002 accroît sa pénétration des marchés africains et multiplie les partenariats.

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Après Standard Bank, puis Interswitch, l’entreprise qui réunit 175 acteurs bancaires de l’empire du Milieu a annoncé en mai une alliance avec Bank of Africa au Maroc et avec Post Bank en Ouganda il y a peu. UnionPay est déjà présent dans plus de quarante pays africains.

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Leader dans l’Uemoa

En face, Visa dispose encore d’une certaine marge, détenant une position de leader dans presque tous ses marchés, et notamment en zone Uemoa, où Mastercard ne jouit que d’une timide présence (7 % de part de marché en 2018). « En Afrique australe et dans la région de l’Est, le jeu s’équilibre davantage», relève Yoann Lhonneur, directeur associé du cabinet parisien de conseil en stratégie, Devlhon Consulting, spécialisé dans le secteur financier.

Visa et MasterCard ont un pouvoir d’attraction énorme

Comme Visa, Mastercard possède plusieurs cartes maîtresses pour diffuser rapidement ses services. Premièrement, le groupe américain, dont le chiffre d’affaires 2021 est attendu à près de 19 milliards de dollars, peut faire jouer sa puissance financière et prendre des parts ou le contrôle des sociétés qui menacent son développement ou sont susceptibles de lui permettre d’élargir sa clientèle.

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« Les fintech qui souhaitent se développer géographiquement peuvent vite être bridées si elles ne disposent pas de l’appui de fonds d’investissement ou de fonds souverains. Dans ce sens, les acteurs comme Visa et MasterCard ont un pouvoir d’attraction énorme, car ils ont un rôle de réseau qui permet des synergies et offre des relais de croissance internationaux », souligne Yoann Lhonneur.

Selon les données communiquées par le cabinet Devlhon Consulting, Visa et Mastercard ont à eux deux géré près de 23,5 milliards d’euros de transactions sur le réseau Absa Bank en 2019 contre 444 millions d’euros pour le reste de leurs concurrents (UnionPay, American Express, Discover, JCB…).

Organisée par le GSMA et réunissant les grands acteurs des télécoms, la conférénce Mobile 360 Series d'Afrique de l'Ouest a comme sponsor principal Mastercard. Ici à Abidjan, en avril 2019 (Arielle Ahouansou , PDG de KEA Medicals.). © GSMA

Organisée par le GSMA et réunissant les grands acteurs des télécoms, la conférénce Mobile 360 Series d'Afrique de l'Ouest a comme sponsor principal Mastercard. Ici à Abidjan, en avril 2019 (Arielle Ahouansou , PDG de KEA Medicals.). © GSMA

Menacé par le mobile money

Effectuée en mars 2019, l’injection par Mastercard de 300 millions de dollars dans la société Network International en est le parfait exemple. L’opération a permis au rival de Visa de développer un partenariat avec ce spécialiste des solutions de paiements au Moyen-Orient pour le développement de services en Afrique.

Le rapprochement avec l’industrie des télécoms est une piste que Mastercard souhaite explorer

Le partenariat a abouti, au début de 2021, à la création d’une plateforme digitale permettant aux commerçants d’accepter différents types de paiements, allant de l’USSD (permet l’envoi et la réception de données sans accès à internet) au QR en passant par le mobile money ou le NFC (sans contact par téléphone). En avril 2021, la multinationale pilotée depuis janvier par Michael Miebach a également investi 100 millions de dollars dans Airtel Money.

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Il y a plusieurs avantages pour ce type d’acteur à investir dans le mobile money. « En tant que partenaire financier, confirme le dirigeant d’un opérateur panafricain, il est plus facile pour eux de savoir ce que prévoient de faire ces sociétés et ainsi devenir des partenaires privilégiés. C’est aussi une manière pour eux de se diversifier, en prenant en compte la menace que représente le mobile money pour leur cœur de métier (le paiement par carte). »

Le rapprochement avec l’industrie des télécoms semble être une piste que Mastercard souhaite explorer. Au Sénégal, la plateforme américaine a, par exemple, lancé à la fin de juillet une carte de crédit avec Free et Ecobank.

Les services de mobile money des opérateurs télécoms vont être de plus en plus chahutés par les start-up

L’opérateur, contrôlé via un holding par le Français Xavier Niel, le Franco-Malgache Hassanein Hiridjee et le Sénégalais Yérim Sow, espère ainsi attirer 500 000 clients en douze mois. La commission prélevée lors de chaque retrait et transaction – qui constitue la principale source de revenu des acteurs du paiement – sera en partie captée par Mastercard.

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S’allier aux concurrents des opérateurs

De son côté, Visa a choisi une voie alternative en investissant dans des entreprises technologiques pouvant concurrencer les services émanant des télécoms. Il détient par exemple 20 % du capital de la plateforme de paiement nigériane Interswitch qui commercialise la carte Verve.

Ces acteurs doivent aller plus loin que la simple distribution de cartes bancaires

Cette dernière touche désormais 20 millions de clients au Ghana, en Angola, en Égypte et au Nigeria : « C’est un pari intéressant car les services de mobile money des opérateurs télécoms vont être de plus en plus chahutés par des start-up. À l’image de Wave qui bouscule le marché au Sénégal », explique notre expert des télécoms.

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La stratégie des deux fournisseurs de solution de paiement sur le continent mériterait d’être plus ambitieuse, estime néanmoins Yoann Lhonneur : « Ces acteurs doivent aller plus vite, au-delà de l’émission traditionnelle de cartes, en accélérant les autres services autour de ces produits comme l’analyse, notamment marketing, de données ».

Ils vont ont avoir besoin de compétences locales pour effectuer un travail de dentelle

L’expertise sectorielle de ces groupes implantés mondialement pourrait aussi, selon lui, être mieux exploitée  : « On peut imaginer une  présence et une innovation encore plus fortes auprès des segments des TPME sur des solutions comme le financement de stock, la gestion de trésorerie, les services de paie, des services et paiements aux fournisseurs ou aux employés », détaille l’expert français. Une tentative existe du côté de Visa, qui teste le paiement via QR code au Nigeria, au Kenya, au Ghana, au Rwanda et en Égypte.

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Être plus proche du terrain

Enfin, à mesure que le paiement se développe sur le continent et afin de ne pas passer à côté de la croissance potentielle de la future zone de libre-échange (Zlecaf), ces entreprises américaines – sous la pression des marchés financiers et plus habituées aux opérations simples apportant d’important retours sur investissement – vont être contraintes d’adopter un modèle plus proche du terrain.

« Ils vont ont avoir besoin de densifier les compétences locales pour effectuer un travail de dentelle, notamment d’éducation financière auprès des petits commerçants et des porteurs de cartes, afin d’améliorer les taux d’activation et d’utilisation », analyse Yoann Lhonneur.

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Objectif : éviter des scénarios observés au Maroc, un marché réputé comme bien bancarisé, où les porteurs disposent de six ou sept cartes mais n’en utilise qu’une ou deux.