Politique

La Ligue de défense noire africaine est-elle raciste ?

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Mis à jour le 14 septembre 2021 à 15h44

Par  Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Damien Glez

© Damien Glez

Après des échauffourées provoquées par des militants de l’association panafricaine dans une mairie, le ministre français de l’Intérieur, Gérald Darmanin, veut la dissoudre.

À quelques mois du premier tour de l’élection présidentielle française, les questions des identités, du racisme ou du « séparatisme » font tout autant partie du débat que la crise sanitaire ou les difficultés financières de jaunes Gilets. À l’injonction au bon choix de « civilisation » – et plus seulement de « société » – de Marine Le Pen le week-end dernier s’additionne la surenchère d’un Éric Zemmour littéralement obsédé par les questions d’identité française.

Quelle radicalité identitaire engendre l’autre ? Chacun jugera si l’œuf vient de la poule ou la poule de l’œuf, mais voilà que le mot « africain » fait son apparition dans un débat pas si franco-français que ça.

Actions coup de poing

Le 11 septembre dernier, lors d’une cérémonie de mariage, des militants répondant à l’appel de la Ligue de défense noire africaine (LDNA) ont fait irruption dans la mairie d’une commune de l’Eure, Val-de-Reuil. Le maire, Marc-Antoine Jamet, est alors enfariné et son adjointe, « bousculée ». Alors que, depuis quelques temps, la ville est le théâtre de tensions entre les communautés kurde et africaine, le « happening » de samedi aurait eu pour vocation la dénonciation d’agressions négrophobes présumées.

Le président-fondateur Sylvain Afoua qualifie l’État français de « totalitaire, terroriste et esclavagiste »

En pleine rentrée politicienne pré-électorale, le ministre français de l’Intérieur Gérald Darmanin – celui-là même qui avait jugé, en février dernier, Marine Le Pen « un peu molle » sur les sujets de la laïcité et de l’islamisme – a annoncé sur Twitter avoir engagé la procédure de « dissolution de la Ligue de défense noire africaine ». Il évoque un « discours raciste » qui « appelle à la haine et à la discrimination » par des actions à l’origine de « troubles à l’ordre public ».

 

Créée en 2017 et prônant le panafricanisme, l’organisation revendique des actions coup de poing au service de la lutte contre le racisme. Coiffé d’un béret noir, le président-fondateur Sylvain Afoua – alias Egountchi Behanzin – affirme qu’il y a « une agression négrophobe toutes les 50 secondes en France », appelle au déboulonnage de statues de personnalités comme Montesquieu ou Napoléon, dénonce les blackfaces, qualifie l’État français de « totalitaire, terroriste, esclavagiste, colonialiste » et accuse les archéologues européens de cacher le fait que certains pharaons auraient été noirs.

En septembre 2020, il tentait de brûler un drapeau bleu blanc rouge devant l’ambassade française à Bamako. En novembre, il était condamné à six mois de prison pour acte d’intimidation envers l’ancien maire de Levallois-Perret, Patrick Balkany… lui-même passé par la case prison.

Nouvelle dissolution ?

Alors, « raciste », la LDNA ? Syrra Sylla, une élue de La République en Marche, est montée au front. Né d’un père d’origine sénégalaise, la députée décrit les événements de Val-de-Reuil comme « très choquants », évoquant des « attaques gratuites et graves » à l’égard des élus. Le 3 mars dernier, le conseil des ministres français avait déjà pris la décision, confirmée par le Conseil d’État, de dissoudre Génération identitaire, accusé de porter une « idéologie incitant à la haine et à la violence envers les étrangers et la religion musulmane ». Dénonçant un « racisme antiblanc », ce groupuscule est, lui aussi, adepte des happenings dans des lieux publics.

La LDNA ne pourra donc pas faire jouer, pour se défendre, l’argument du « deux poids, deux mesures ». Pourra-t-elle en revanche contester le principe même de la dissolution, présumée censure illégitime ? Pas plus… Car en 2020, l’organisation appelait elle-même à la… dissolution de l’Église catholique.

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