Économie

Ecobank : Tanoh répond à ses adjoints

Exclusif. Dans un email adressé aux 80 principaux dirigeants d’Ecobank, Thierry Tanoh, directeur général du groupe, attaque à mots couverts ses adjoints, estimant que « les résultats des audits en cours sur des transactions passées suscitent de l’inquiétude chez des gens qui auraient pu être liés à ces transactions ».

Mis à jour le 18 février 2014 à 10:49

Le conseil d’administration d’Ecobank, début 2013. © Ecobank

Thierry Tanoh n’aura pas tardé à réagir. Dans un email rédigé en anglais et adressé le 17 février dans l’après-midi aux 80 principaux dirigeants du groupe Ecobank, regroupés au sein du Business Leader Committee, le directeur général du groupe bancaire panafricain a répondu à mots couverts à ses quatre adjoints. Ces derniers avaient demandé sa démission, directement auprès de lui puis dans un courriel adressé le 11 février au président du conseil d’administration du groupe, André Siaka, et qui a ensuite circulé plus largement dans le groupe.

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Dans son email du 17 février, que Jeune Afrique a pu consulter et dont nous avons vérifié l’authenticité auprès de plusieurs sources, le directeur général ne nomme pas explicitement ses quatre adjoints, Albert Essien, Evelyne Tall, Patrick Akinwuntan et Eddy Ogbogu, qui forment avec lui l’organe opérationnel le plus important du groupe (le comité exécutif du groupe). Mais le message qui leur est adressé à mots couverts ne laisse pas beaucoup de place à l’incertitude. « Alors que nous préparons notre assemblée générale extraordinaire et la mise en œuvre de nouvelles politiques de gouvernance, il est maintenant clair que les changements attendus génèrent une fois de plus des incertitudes et des défis », souligne celui qui est arrivé au sein du groupe en juillet 2012 après de nombreuses années passées à IFC (Groupe Banque mondiale).

Examen des audits

Regrettant que la demande de démission émanant de ses adjoints ait exposé le groupe dans la presse, Thierry Tanoh se fait ensuite plus explicite : « nous sommes en train de finaliser l’examen des audits que nous avons effectués sur des transactions passées et ceci génère également une certaine inquiétude alors que les résultats de l’audit touchent certaines personnes qui auraient pu avoir été partie à ces transactions passées. Je comprends que cela puisse être une cause de préoccupation pour certaines personnes, il est important de laisser le processus aller jusqu’au bout et faire en sorte que la transparence et la bonne gouvernance mènent nos efforts en vue de bâtir une institution plus forte ».

Une assemblée générale extraordinaire (AGE) a été convoquée pour le 3 mars prochain. Elle doit permettre l’étude d’un plan d’action en faveur de meilleures pratiques en termes de gouvernance, tirant les leçons de plusieurs audits réalisés ces derniers mois. L’AGE permettra aussi la mise en place d’un conseil d’administration resserré, dans lequel les quatre adjoints n’auront plus leur place.

Profondes dissensions

D’après des révélations faites par Jeune Afrique, les deux administrateurs sud-africains du groupe, Daniel Matjila et Sipho Mseleku, ont demandé le 22 janvier au conseil d’administration du groupe le départ de Thierry Tanoh, ce qui leur a été refusé. La sortie des quatre adjoints ainsi que la réponse de Thierry Tanoh révèlent les profondes dissensions qui minent également le comité exécutif du groupe.

Au moment où nous publions cet article, Thierry Tanoh, Albert Essien, Evelyne Tall, Patrick Akinwuntan et Eddy Ogbogu n’ont pas répondu aux demandes de réaction de Jeune Afrique concernant ce nouveau rebondissement. La crise à Ecobank dure désormais depuis juillet 2013.