Politique

Affaire Sankara – René Émile Kaboré : « Blaise Compaoré ne fuit pas la vérité »

Alors que le procès autour de l’assassinat de Thomas Sankara s’ouvre dans un mois, ce proche du président burkinabè déchu a répondu aux questions de « Jeune Afrique ».

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Mis à jour le 10 septembre 2021 à 15:33

René Émile Kaboré, ancien ministre burkinabè des Sports, le 7 septembre à Abidjan. © DR

Depuis la chute de Blaise Compaoré, en 2014, il n’a pas remis les pieds au Burkina Faso. Comme le président déchu, il vit depuis en exil à Abidjan, d’où il suit de près la politique de son pays. Fidèle parmi les fidèles de Blaise Compaoré, l’ancien ministre des Sports René Émile Kaboré affirme voir son mentor quasiment tous les jours.  Procès de l’assassinat de Sankara le 11 octobre, tractations pour un retour de l’ancien président, insécurité dans le pays… il a répondu aux questions de Jeune Afrique.

Jeune Afrique : Vous qui le voyez très régulièrement, pouvez-vous nous dire comment va Blaise Compaoré ?

René Émile Kaboré : Il a fêté ses 70 ans en février dernier, alors il a la santé de son âge. Blaise Compaoré est un humain comme n’importe quel autre, et la maladie est le propre de l’homme. Cela dit, il n’y a aucune inquiétude à avoir.

Lors du procès sur l’assassinat de Thomas Sankara qui s’ouvrira le 11 octobre, Blaise Compaoré va être jugé par contumace. Pourquoi refuse-t-il de répondre aux juges? 

Le président Compaoré ne fuit pas la vérité dans l’affaire Sankara. Il s’est exprimé à ce sujet le 19 octobre 1987 [quatre jours après la mort de Thomas Sankara, Blaise Compaoré avait pris la parole publiquement pour la première fois et reconnu que des tensions avaient émergé entre eux deux]. Je ne pense pas qu’il reviendra sur ses propos.

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Pensez-vous que ce procès permettra de connaître la vérité ?

Je ne sais pas. Le président Compaoré s’est exprimé à ce sujet, en tout cas. Et j’ai compris que la mort de Thomas Sankara était la conséquence de problèmes internes à la Révolution et des tensions entre deux camps. Maintenant, qui a tiré sur qui ? Qui a fait quoi? Je n’en sais rien.

Thomas Sankara est arrivé au pouvoir grâce à un coup d’État mené par Blaise Compaoré

Beaucoup de gens parlent aujourd’hui de la mort de Thomas Sankara sans rien connaître. J’entends des jeunes, qui n’ont rien vécu de cette période, tenir des propos sans fondement. Il faut se souvenir que Thomas Sankara est arrivé au pouvoir grâce à un coup d’État mené par Blaise Compaoré. Si celui-ci n’avait pas agi, il n’y aurait pas eu de révolution.

Le président burkinabè Roch Marc Christian Kaboré a fait part de sa volonté de réconciliation dans le pays. Que pensez-vous de ces déclarations? 

Je me suis dit « ouf ! ». Cela nous a soulagés. La meilleure solution est de commencer par nous réconcilier. Je tente de ne pas désespérer. Tous ceux qui sont endeuillés du fait du terrorisme, ceux qui ont été obligés de quitter leur village dans le nord du pays, ont besoin de réconciliation. Les fractures du Burkina Faso sont le fait des politiques, il est important que nous nous tendions la main. Maintenant, quand la réconciliation devient un prétexte pour humilier des gens, je m’inscris en faux.

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Qu’en est-il des discussions entre le chef de l’État et son homologue ivoirien Alassane Ouattara autour du retour de Blaise Compaoré ?

Je m’en tiens aux gestes et aux déclarations officielles. Le 4 mai dernier, le ministre de la Réconciliation nationale, Zéphirin Diabré, est allé à Abidjan avec un message du président destiné à Alassane Ouattara. Que se sont-ils écrit exactement ? Comprenez que je préfère rester discret.

Êtes-vous inquiet face à l’augmentation incessante de l’insécurité ? 

Tout le monde l’est. Le président Compaoré en est profondément soucieux. C’est pour ça que nous devons nous réconcilier. Sinon, il sera impossible de combattre efficacement les groupes terroristes. Si rien n’est fait pour donner de l’espoir à nos enfants, dans dix ans, nous continuerons à payer un lourd tribut.