Économie

Ecobank veut choyer ses actionnaires

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Mis à jour le 10 septembre 2021 à 17:45

Interview d’Ade Ayeyemi, directeur général d’Ecobank, lors de l’Africa CEO Forum, à Abidjan (Côte d’Ivoire) en mars 2016. © Eric Larrayadieu/AFRICA CEO FORUM/JA.

Marché de la dette, injection de fonds d’Arise B.V…. La banque panafricaine renforce son bilan pour rebooster ses dividendes. JA passe au crible la stratégie du groupe d’Ade Ayeyemi.

Les dividendes attendront probablement encore cette année. Mais le groupe Ecobank s’emploie ardemment à rassurer ses actionnaires.

Après son dernier pari à la Bourse de Londres en juin dernier où Ecobank Transnational Incorporated (ETI), holding du groupe bancaire éponyme, a émis pour 350 millions de dollars d’obligations durables , l’institution panafricaine recourt à de nouvelles ficelles.

Ecobank vient de dévoiler son arrangement avec la société d’investissement Arise B.V., au capital du groupe depuis 2019, et au titre duquel cette dernière réalise un investissement supplémentaire de 75 millions de dollars directement en haut de bilan (fonds propres additionnels de catégorie 1).

Ecobank s’attache à regagner ses galons auprès des agences de notation

Une somme destinée donc à « renforcer les capitaux propres des filiales rentables dans deux des régions clés du groupe : l’Afrique de l’Ouest francophone et l’Afrique de l’Ouest anglophone », selon Ecobank. En plus de permettre d’accroître le volume de prêts de la banque dont le siège est à Lomé.

Cette transaction, réalisée de manière bilatérale avec l’un de ses actionnaires majeurs (14 % du capital), traduit surtout les efforts du groupe dirigé par Ade Ayeyemi pour renforcer son bilan – et regagner ses galons auprès des agences de notation.

Double levier

En effet, depuis mai 2020, Fitch Ratings a dégradé la note financière sur le long terme du groupe aux 35 pays d’implantation, à « B- », sanctionnant notamment l’augmentation continue du double effet de levier d’ETI. Ce ratio, particulièrement scruté des agences de notation et des actionnaires, est défini selon les participations dans les filiales rapportées aux capitaux propres du holding.

Or, depuis 2018, il se situe autour de 150 %, au-dessus du seuil de 120 %. À la fin de 2020, il représentait 153 % (contre 155 % à la même période de 2019), poussant Fitch Ratings à conserver cette notation en mai dernier.

Aucun dividende n’a été versé depuis 2016. Ce sera de nouveau le cas cette année

La sortie sur le marché de la dette et l’investissement d’Arise B.V. ne devraient pas suffire à renforcer le bilan du holding bancaire qui, interrogé par Jeune Afrique, reconnait « continuer d’explorer des pistes pour faire baisser son ratio de double levier ».

Une affirmation en cohérence avec la feuille de route du groupe évoquée dans le rapport annuel 2020. « Aucun dividende n’a été versé depuis 2016 et ce sera de nouveau le cas au titre de l’exercice 2020 »,  présenté comme une « décision difficile à prendre pour le conseil d’administration » par Alain Nkontchou, son président.

Cette décision reflète selon lui, outre l’environnement opérationnel difficile dû à la pandémie, le niveau élevé de ce fameux ratio de double levier du groupe Ecobank. Distribuer des dividendes « pourrait l’accroître davantage ».

Actionnaire confiant et patient

En définitive, si à travers cette nouvelle opération le groupe bancaire veut envoyer un signal positif à ses actionnaires, le fait qu’un de leurs pairs injecte des fonds supplémentaires ne paraît pas anodin.

Arise est partenaire de neuf institutions bancaires actives du continent

Ce qu’explique également le holding : « L’investissement d’Arise B.V., un investisseur en capital-risque de premier plan dans les institutions financières d’Afrique subsaharienne et l’un des principaux actionnaires institutionnels actuels de ETI, illustre l’appui, l’engagement et les capacités de l’actionnariat international de Ecobank ».

Arise est une société d’investissement avec des sièges au Cap et à Amsterdam créée en 2016, et soutenue par un trio d’investisseurs : le fonds norvégien Nordfund, FMO (la banque de développement des Pays-Bas), et la société financière néerlandaise Rabobank. Disposant d’un portefeuille d’investissement de près de 700 millions de dollars, Arise est partenaire de neuf institutions bancaires actives du continent africain.

Son credo : collaborer avec des fournisseurs de services financiers d’Afrique subsaharienne afin de stimuler la croissance économique via le renforcement du secteur bancaire local, a déclaré son directeur général Deepak Malik à Jeune Afrique lors de son entrée au capital d’ETI en août 2019 pour un montant non dévoilé. Dont acte, une nouvelle fois, deux ans plus tard.