Politique

Guinée : le parti d’Alpha tourne la page Condé

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Mis à jour le 5 octobre 2021 à 10:54

Des partisans du RPG à Conakry, en 2013 (illustration). © Rally of the Guinean People (RPG) party’s supporters take part in a campaign rally in Conakry on September 26, 2013, on the last campaign day for the parliamentary elections. Guineans vote on September 28 in the first parliamentary elections in the troubled west African nation in over a decade, after months of delays and a campaign plagued by deadly unrest. © CELLOU BINANI/AFP

Majoritaire depuis plus d’une décennie, le RPG-Arc-en-Ciel va-t-il survivre à la chute de son champion ?

Lorsque, vers 11 heures le 5 septembre, Alpha Condé se retrouve aux mains des militaires putschistes, espère-t-il encore que le cours des évènements va pouvoir s’inverser ? Compte-t-il sur ses proches du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG-Arc-en-Ciel), auxquels il a donné les rênes de ce parti qu’il avait créé quand il était encore en exil à Paris ?

Service minimum

Las, au lieu d’un appel à la mobilisation pour défendre son chef, c’est le silence qui prévaut au sein de la formation. Contacté par Jeune Afrique, Lansana Komara, le secrétaire administratif du RPG, déclare certes que le parti « condamne toute forme de prise du pouvoir par la force », mais il faut attendre plus de 24 heures pour qu’un communiqué soit publié. Et son contenu fait jaser : le RPG-Arc-en-Ciel prend « acte du coup » et appelle au rétablissement d’« un ordre constitutionnel normal ». À aucun moment, il ne mentionne le retour du président Alpha Condé au pouvoir. Il appelle simplement à « préserver l’intégrité physique et morale du président Alpha Condé et à procéder à sa libération rapide et sans conditions ». Service minimum.

Notre rôle n’est pas de jouer les juges et de condamner

Pour se justifier, Domani Dorée, la porte-parole du RPG, explique que c’est la gravité de la situation qui imposait un temps de réflexion. « Lorsqu’un tel évènement intervient, nous constituons immédiatement un comité de crise pour évaluer la situation dans le but d’agir intelligemment. Nous ne voulions pas avoir de positions disparates. Et nous avons d’abord voulu nous assurer que le président était en vie et évaluer les conditions qui nous permettraient de continuer à espérer une reprise du pouvoir [par le RPG], ajoute-t-elle. Notre rôle n’est pas de jouer les juges et de condamner. L’ordre constitutionnel doit être retrouvé et, pour que cela soit possible, nous devons traverser cette période de transition. »

Néanmoins, tout porte à croire que le RPG a déjà tourné la page des années Condé. 

Naissance de tensions

Mardi 15 septembre, le RPG-Arc-en-Ciel a répondu à la convocation de Mamadi Doumbouya et de ses hommes. Conduits par Saloum Cissé, son secrétaire général et numéro deux, ainsi que par Papa Koly Kourouma, l’ancien ministre des Hydrocarbures – allié du parti –, les membres du RPG se sont rendus au Palais du peuple, où avaient lieu les concertations. Une participation nécessaire selon Saloum Cissé, qui comptait sur cette rencontre pour défendre le « respect de l’intégrité physique et morale du président déchu, sa libération immédiate, ainsi que l’organisation d’élections inclusives ».

Entouré de personnalités comme Sidya Touré et Cellou Dalein Diallo, Saloum Cissé s’est montré plutôt discret, peu à l’aise dans ce nouveau costume d’opposant.

Une minorité menée par Mohamed Diané s’oppose à tout dialogue avec la junte au pouvoir

Avec la chute de son père fondateur, le RPG-Arc-en-Ciel va devoir faire face à l’absence, au chaos, mais aussi à la naissance de dissensions. Selon nos informations, une minorité menée par Mohamed Diané, l’ancien ministre de la Défense, s’oppose à tout dialogue avec la junte au pouvoir. Ce proche d’Alpha Condé qui se méfiait de longue date du lieutenant-colonel Mamadi Doumbouya est accusé par certains de ses camarades de s’accaparer la gestion du RPG.

« Le RPG n’est pas loin d’une scission. Les membres qui, ces dernières années, n’ont pas pris une part importante dans le dispositif de décision, tiennent pour responsables certains de leurs cadres. Ils jugent que ce sont eux qui ont fait couler le navire, analyse le politologue Kabinet Fofana. Dans leurs déclarations, ils sont nombreux à laisser entendre qu’Alpha Condé est parti et qu’il faut aller de l’avant. »