Politique

Gabon : quand Ossouka Raponda règle ses comptes en conseil des ministres

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Mis à jour le 10 septembre 2021 à 11:46

La Première ministre gabonaise Rose Christiane Ossouka Raponda dans son bureau à Libreville, le 26 mars 2021. © STEEVE JORDAN/AFP

La Première ministre a mis en cause un membre de son gouvernement, qu’elle estime coupable de « mauvaises pratiques ». Explications.

L’affaire a été dévoilée par la Première ministre Rose Christiane Ossouka Raponda elle-même, lors du conseil des ministres qui s’est tenu le 11 août en visioconférence. Répondant à la préoccupation du président Ali Bongo Ondimba, qui s’inquiétait de retards dans la mise en œuvre de projets de grands travaux d’infrastructures, elle s’est justifiée en dénonçant la persistance de mauvaises pratiques au sein du gouvernement. Et de révéler, à titre d’exemple, qu’un ministre a tenté de faire déposer des sacs de billets à son cabinet.

Itinéraire d’un ambitieux

Le coursier de l’indélicat ayant été éconduit, l’affaire (qui nous a été confirmée par plusieurs sources gouvernementales) aurait pu en rester là. Mais, selon nos informations, Ossouka Raponda, encore remontée, a décidé de révéler l’identité de l’individu en question. Selon elle, il s’agit de Vincent de Paul Massassa, le ministre du Pétrole, du Gaz, des Hydrocarbures et des Mines. Médusés, les autres participants n’ont pas fait de commentaires.

L’ambitieux ingénieur des Mines, formé au New Mexico Institute of Mining and Technology (États-Unis), a été intégré en 1999 au sein de la fonction publique comme ingénieur production, avant d’être promu en mars 2017 conseiller spécial du président de la République, chef du département pétrole, mines, énergie et industrie. En août de la même année, il a été nommé directeur général des Hydrocarbures. Mais en janvier 2018, six mois seulement après sa nomination, il a été limogé pour une raison mystérieuse, à la surprise générale.

Il n’empêche, ce natif de Franceville, qui dispose de soutiens au Palais du bord de mer, a vite rebondi. Quelques mois plus tard, en décembre 2019, il est entré au gouvernement au département du pétrole, où il officie encore aujourd’hui.

L’explication de Massassa

Pour justifier l’initiative de Massassa, ses proches excluent toute intention de corrompre la Première ministre et assurent qu’il souhaitait « l’aider à s’imposer politiquement dans la province de l’Estuaire. » Mais au Gabon, aucune procédure légale n’encadre le dépôt d’argent en espèces sonnantes et trébuchantes effectué par un ministre au bénéfice du chef du gouvernement. En dehors de son salaire, ce dernier perçoit des fonds de souveraineté dont le montant est fixé de manière discrétionnaire par le président de la République.

Quant aux membres du gouvernement, ils touchent, en dehors de leur rémunération, des indemnités de cabinet qui varient de 2 à 2,5 millions de F CFA selon qu’ils sont ministres délégués, ministres, ou ministres d’État. Dans tous les cas, cet argent est versé par le Trésor public, à la demande du secrétaire général du gouvernement, après accord du président.