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Les aventures d’un obélisque

| Écrit par Silvia Benedetti

Les Éthiopiens fêtent comme il se doit le retour de la stèle d’Axoum volée en 1937 par les troupes de Mussolini.

L’obélisque d’Axoum, volé en 1937 par l’Italie, a entrepris son dernier voyage. Il aura fallu environ 6 millions d’euros de frais de transport et, surtout, soixante-huit ans de querelles et de faux espoirs pour que cette grande stèle de granit soit enfin rendue à son pays d’origine. Le gros-porteur russe – un Antonov 124 loué pour cette délicate mission – transportant le dernier des trois tronçons de l’obélisque a été accueilli, le 25 avril dernier, sur le tarmac du petit aérodrome d’Axoum, par de hauts dignitaires éthiopiens, des représentants du gouvernement italien et une foule en liesse.
« Cela représente la fin de ma guerre contre l’Italie », a déclaré Abebe Alenayu, un ancien soldat abyssin de 82 ans.
Un contentieux délicat semble s’achever avec le retour de ce monolithe vieux de 1 700 ans, qui pèse 160 tonnes et mesure 25 mètres. Symbole de la ville « sacrée » d’Axoum, première capitale d’Éthiopie et lieu archéologique chargé de mystère, cette stèle funéraire marquait l’emplacement des tombes royales du puissant royaume aksumite, dont la civilisation a rayonné sur la région du iiie siècle avant J.-C. au viiie siècle. Addis-Abeba réclamait sa restitution depuis 1947, mais les autorités italiennes, sous un prétexte ou un autre, ne cessaient de différer une décision à laquelle elles s’étaient pourtant engagées. « Personne ne pourra acheter notre histoire », s’était indigné Berhane Haïlu, président du comité local pour l’obélisque, lorsque l’idée de vendre le monument à l’Italie pour financer la construction d’un hôpital en Éthiopie avait été avancée.
Ce morceau de l’histoire éthiopienne a longtemps revêtu une tout autre signification pour les Italiens. Benito Mussolini l’avait fait transporter dans la Ville éternelle, face à l’ancien ministère des Colonies (actuel siège de la FAO), pour célébrer le quinzième anniversaire de la « marche sur Rome », qui avait marqué l’avènement du régime fasciste. Pour le Duce, l’obélisque symbolisait le nouvel empire colonial italien et permettait de renouer avec la grandeur de la Rome antique. Une utopie dangereuse dont le pays voulait effacer le souvenir.
Pourtant, l’obélisque semblait condamné à rester dans la capitale. Malgré la médiation de l’Unesco, l’apparente ouverture du ministère des Affaires étrangères italien, l’effacement volontaire dans le débat du parti Alleanza Nazionale, lointain héritier du parti fasciste, aujourd’hui au gouvernement, et l’indifférence de la majorité de l’opinion publique nationale, le traité de paix de 1947 et l’accord bilatéral de 1997 restaient lettre morte.
Le rapatriement tant attendu de ce trésor de guerre est venu clore la controverse, mais il ne représente que la partie émergée de l’iceberg. Si le Lion de Judah, volé aussi à l’Éthiopie lors de l’occupation fasciste et symbole de la dynastie aksumite, a été rendu à Addis-Abeba en 1970, une partie des Archives impériales demeure entre les mains des autorités italiennes. Les musées européens – de Paris à Londres et Berlin – regorgent d’ailleurs de trésors semblables, souvenirs de la conquête coloniale.
« Le retour de notre obélisque constitue peut-être un point de départ à la restitution des patrimoines culturels de nombreux pays », s’est récemment félicité l’ambassadeur éthiopien à Rome, Mengistu Hulluka.
L’odyssée de l’obélisque d’Axoum ne semble donc pas avoir été vaine. Au cours de son exil romain, la stèle, minée par la pollution et frappée par la foudre en 2002, a dû subir divers travaux de restauration, avant d’attendre pendant deux ans, dans un entrepôt militaire romain, le plus lourd transport d’oeuvre d’art jamais entrepris. Aujourd’hui, son retour au pays sonne comme une victoire.

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