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Les dessous d’une exfiltration

| Par Jeune Afrique

Le départ de Lomé, jeudi 5 mai en milieu d’après-midi, de François Akila Esso-Boko, l’ex-ministre togolais de l’Intérieur, n’a pas été aisé à obtenir. Esso-Boko (39 ans) avait, comme l’on sait, démissionné avec fracas de son poste, le 22 avril en pleine nuit, avant de trouver refuge à l’ambassaded’Allemagne. Motif : à quarante-huit heures du scrutin,
ce saint-cyrien diplômé en sciences politiques se refusait à cautionner une élection présidentielle à hauts risques et porteuse de violence.
Transformé ipso facto en héros aux yeux de l’opposition et en traître pour le camp de Faure Gnassingbé, ce natif de Pya est rapidement devenu un enjeu dans les négociations entre le pouvoir et ses partenaires extérieurs l’Union européenne, la France et, bien sûr, l’Allemagne. Suggérée par le commissaire européen Louis Michel lors de son entretien avec Faure, le 1er mai à Kinshasa, et confirmée le lendemain devant le colonel Mouammar Kadhafi, à Tripoli, la décision du fils d’Eyadéma de délivrer à l’ex-ministre un laissez-passer lui permettant de quitter le territoire togolais ne s’est réellement concrétisée
que le 4 mai, lorsque l’ambassadeur d’Allemagne a assisté aux côtés de ses collègues à la prestation de serment du nouveau président, reconnaissant ainsi de facto sa légitimité. Restait à régler les modalités pratiques du départ.
Jeudi 5 mai à 10 h 50, un Falcon allemand immatriculé DAZEM se pose sur l’aéroport de Lomé-Tokoin. Commence alors, à la résidence de Faure Gnassingbé, à Lomé 2, une négociation à laquelle participent, outre le président togolais et ses conseillers, les ambassadeurs de France et d’Allemagne. Elle durera deux heures, le temps d’obtenir, selon la partie togolaise, un engagement ferme de Paris et de Berlin quant au « silence médias » absolu et à l’obligation de réserve politique qui seront imposés (au moins, en théorie) au futur exilé. À 14h50, un cortège de cinq véhicules dont, curieusement, le 4×4 Chevrolet d’escorte de l’ambassade des États-Unis (laquelle n’a pourtant pas été associée aux discussions) avec à son bord l’ex-ministre, s’immobilise au pied de l’échelle de coupée du Falcon 50. François Akila Esso-Boko monte à bord de l’appareil. À 14 h 55 (16 h 55, heure de Paris), l’avion décolle. Sur le plan de vol déposé par son équipage figure sa destination officielle : aéroport du Bourget, France.

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