Politique

Mali-Russie : Bamako sur le point de signer un contrat avec une société du groupe Wagner 

Le déploiement d’un millier de mercenaires russes est évoqué. Paris s’emploie à faire échouer la signature.

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Mis à jour le 14 septembre 2021 à 11:00

Un membre de la protection rapprochée de Touadéra, de la société russe Sewa Security, à Berengo, en Centrafrique, le 4 août 2018. © FLORENT VERGNES/AFP

Selon nos sources, depuis début septembre, un contrat est prêt à être signé entre l’État malien – représenté par le président de la transition, Assimi Goïta, et son ministre de la Défense, Sadio Camara – et une société militaire privée liée au groupe russe Wagner. Le document prévoit le déploiement de mercenaires dans le pays, en liaison avec l’armée malienne, et la protection de hautes personnalités.

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Selon plusieurs sources citées par l’agence Reuters, l’entreprise en lien avec le groupe Wagner serait payée 6 milliards de F CFA, soit environ 9,1 millions d’euros. L’une des sources de l’agence de presse américaine évoque l’arrivée de 1 000 mercenaires, quand d’autres indiquent des chiffres un peu plus bas.

Ce contrat est le premier liant les autorités maliennes à une société militaire privée d’obédience russe

Depuis plusieurs mois, des envoyés du groupe Wagner se livraient à un intense lobbying auprès des autorités de la transition malienne, et en particulier de Sadio Camara, lequel s’était encore rendu en Russie en août dernier. Si Bamako a déjà signé en 2019 un accord de défense avec la Russie, ce contrat est en revanche le premier liant les autorités maliennes à une société militaire privée d’obédience russe.

Les inquiétudes de Paris

Ironie du sort : alors que le contrat était discuté début septembre à Bamako, le chef d’état-major des armées françaises, Thierry Burkhard, était lui-même en visite au Mali dans le cadre d’une tournée sahélienne. Il n’avait alors pas été reçu par Sadio Camara, mais par son homologue malien, Oumar Diarra, et par le général Sidiki Samaké, secrétaire général du ministère de la Défense et des Anciens combattants.

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Selon nos informations, les envoyés de Wagner avaient récemment intensifié leur pression, au point d’alerter plus encore la diplomatie et l’armée françaises. Une source proche de l’Élysée confirme à Jeune Afrique « une offensive tous azimuts » ces dernières semaines. Paris s’en est ému et fait tout pour faire échouer la signature du contrat, affirme Reuters. La France a même demandé à ses alliés américains de faire pression sur la junte malienne.

Bamako après Bangui

D’après nos informations, Wagner ambitionne d’appliquer au Mali la même stratégie de déploiement qu’en Centrafrique depuis 2018 et la société serait en lien à Bamako avec le ministère des Mines, dirigé par Lamine Seydou Traoré.

À Bangui, la nébuleuse sécuritaire russe opère en effet en particulier via deux compagnies privées : Sewa Security Services (pour la sécurité) et Lobaye Invest. Cette dernière intervient dans le secteur minier centrafricain et a obtenu des concessions de l’État centrafricain.