Société

Mali : pourquoi l’ancien secrétaire général de la présidence a-t-il été arrêté ?

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Mis à jour le 10 septembre 2021 à 11:08

Des policiers maliens le 25 mai 2021 à Bamako, après l’arrestation du président et du chef du gouvernement. © AP/SIPA

Kalilou Doumbia a été rattrapé par les services de renseignements de la sécurité d’État.

Il est 16h ce 24 mai à Bamako, quand l’ORTM, la télévision nationale, annonce l’imminence d’un remaniement ministériel. Le programme en cours est vite interrompu pour laisser la place au Dr Kalilou Doumbia, le jeune secrétaire général de la présidence. Dans un costume gris, impeccablement taillé, et à côté d’un drapeau aux couleurs nationales, Kalilou Doumbia lit sans sourciller le décret présidentiel qui lui a été remis. En 3 minutes et 27 secondes, il dévoile le nouveau visage du deuxième gouvernement de la transition. Si beaucoup de ministres ont été reconduits, les noms des colonels Sadio Camara et Modibo Koné sont remplacés par des généraux.

La composition de ce gouvernement faisait certes l’objet d’un bras de fer entre le président Bah N’Daw et son vice-président d’alors devenu chef de la transition, Assimi Goïta. Mais le Dr Kalilou Doumbia pouvait-il prédire, à ce moment-là, que ce décret allait faire basculer la transition ?

Moins de trente minutes après sa lecture, des militaires de la garde nationale, un corps dirigé par Sadio Camara et Modibo Koné,  débarquent au palais présidentiel de Koulouba et arrêtent le président Bah N’Daw. Voilà le deuxième coup d’État en neuf mois.

Terré pendant plusieurs semaines

Dans la confusion du moment, l’arrestation de Kalilou Doumbia est aussi annoncée par de nombreux médias. En réalité, le trentenaire ne s’est jamais trouvé dans le convoi de prisonniers en partance pour Kati : il s’est montré vif face aux soldats des forces spéciales. « Après avoir lu le décret de nomination du gouvernement, il a été pris en chasse par les forces spéciales qui voulaient l’arrêter, nous confie une source diplomatique. S’en est suivie une course-poursuite dans la capitale entre lui et les troupes du nouvel homme fort de Bamako, Assimi Goïta. » Kalilou Doumbia réussit à échapper aux soldats et se terre durant de longues semaines dans un lieu tenu secret. Pour espérer mettre la main sur lui, le pouvoir va placer un important dispositif de sécurité devant sa résidence au cas où celui-ci essaierait d’y revenir.

Après plusieurs semaines et sans doute grâce à une médiation, l’ancien secrétaire général de la présidence réapparaît. De retour à son domicile, cet enseignant-chercheur à l’Université des sciences juridiques et politiques de Bamako reprend progressivement ses activités en dispensant des cours de droit du contentieux administratif. C’est d’ailleurs en route pour l’université de Bamako, que le 6 septembre dernier, il est arrêté par les forces de la sécurité d’État. Mais que lui reproche-t-on vraiment ? Cette arrestation intervient à un moment où de nombreux dirigeants politiques de l’ancien régime dorment en prison, reste que le cas de Kalilou Doumbia interroge.

Décline les sollicitations de Goïta

Ce professeur, qui était déjà en charge du contentieux administratif à la présidence sous Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), fut réputé proche du Comité national pour le salut du peuple (CNSP), principal artisan du coup de force militaire contre le président IBK d’août 2020 et dissous par décret par Bah N’Daw le 18 janvier. Il était jusqu’alors resté lié au vice-président de la transition, Assimi Goïta.

Selon nos informations, alors qu’il avait exigé un certain nombre de garanties – dont la levée de la surveillance de son domicile – pour sortir de sa cachette, Kalilou Doumbia aurait été sollicité à de nombreuses reprises par Assimi Goïta. Une nouvelle fois, le 3 septembre dernier, le président de la transition l’a appelé pour travailler sur un dossier à la présidence. Doumbia décline à chaque fois.

Un général proche de Goïta réitère quelques jours plus tard la demande. Kalilou Doumbia répond qu’il est souffrant et s’y présentera ultérieurement. Ce fut sans doute le refus de trop. Alors que certains s’inquiétaient de sa disparition depuis plusieurs jours, de nombreuses sources confirment sa détention à Kati. « Il est détenu parce qu’on lui demande de rejoindre la présidence pour qu’il donne des éclaircissements sur un certain nombre de dossiers et qu’il a refusé, explique une source proche du dossier. On ne sait pas précisément de quels dossiers parle l’exécutif, mais nous soupçonnons Goïta de vouloir coincer Bah N’Daw et Moctar Ouane. »