Politique

Législatives au Maroc : le PJD, arrivé par les urnes, dégagé par les urnes

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Mis à jour le 9 septembre 2021 à 15:14

Dans un bureau de vote, à Rabat, le 8 septembre. © JALAL MORCHIDI/AFP

Le Parti de la justice et du développement (PJD) a subi un cuisant revers aux élections générales marocaines du 8 septembre, la victoire revenant au Rassemblement national des indépendants (RNI), qui ne devrait avoir aucun mal à constituer la future majorité gouvernementale.

Il l’a fait ! Aziz Akhannouch, président du Rassemblement national des indépendants (RNI), a réussi à conduire son parti au sacre lors des élections législatives du 8 septembre.

Une victoire d’autant plus significative que plus de 9 millions de Marocains se sont rendus aux urnes, soit un taux de participation de 50,18 %, deuxième meilleur taux jamais réalisé aux législatives depuis 2002.

« La participation aux législatives a profité de la tenue, le même jour, des élections communales, qui mobilisent davantage les électeurs vu la relation de proximité qu’ils ont avec les candidats », explique un analyste politique.

Pour lui, cette mobilisation est plus que satisfaisante sachant que ces élections générales interviennent en pleine pandémie.

« Alors que des dizaines de pays à travers la planète ont dû reporter leurs rendez-vous électoraux en raison du Covid-19, le royaume a tenu et a réussi à respecter ses échéances électorales, ce qui témoigne d’un ancrage de plus en plus fort de la culture démocratique », poursuit-il.

Scénarios d’alliance

Selon les résultats quasi définitifs, annoncés par le ministère de l’Intérieur après une longue nuit de dépouillement, le RNI a remporté 102 sièges à la Chambre des représentants sur les 395 en jeu.

« C’est la démonstration que le travail que nous avons mené sur le terrain depuis maintenant cinq ans a été concluant », nous explique un proche d’Aziz Akhannouch, désormais pressenti comme futur chef de gouvernement.

Pour composer le prochain exécutif, le RNI devra s’allier avec le Parti Authenticité et Modernité (PAM), arrivé deuxième avec 87 sièges, ou encore avec le Parti de l’Istiqlal (PI), également sur le podium avec 81 députés.

Une alliance entre les trois formations n’est pas non plus à exclure et fournira à cette éventuelle coalition gouvernementale une majorité parlementaire plus que confortable.

Aziz Akhannouch pourrait néanmoins choisir de ne faire appel qu’à une seule de ces deux formations et s’appuyer sur des partis d’appoint.

Parmi eux, il y a les deux anciens alliés que le RNI avait imposés lors de la constitution de la majorité gouvernementale sortante : l’Union socialiste des forces populaires (USFP), 4e avec 34 sièges, et l’Union constitutionnelle (UC), 7e avec 18 députés.

De son côté, le Mouvement populaire (MP), 5e avec 28 sièges, reste lui aussi un allié potentiel compte tenu de sa prédisposition à toutes les concessions pour participer au gouvernement.

Idem pour le Parti du progrès et du socialisme (PPS), 6e avec 22 députés, dont la cure au sein de l’opposition, où il s’était retranché en milieu de mandat, ne lui a pas vraiment réussi.

Effondrement du PJD

Quant au Parti de la justice et du développement (PJD), il est totalement hors jeu. Aux affaires depuis dix ans, le parti islamiste a subi de plein fouet un vote sanction certes prévisible, mais dont l’ampleur a dépassé tous les pronostics.

Après les raz-de-marée de 2011 et 2016, avec plus de 100 sièges, le PJD a senti le sol se dérober sous ses pieds dès la tombée des premiers résultats.

Dans certains de ses fiefs électoraux, comme Casablanca, Meknès ou Tanger, la formation a perdu entre 40 000 et 50 000 voix.

Dans d’autres circonscriptions, où ses listes raflaient 2 ou 3 sièges, le parti n’a même pas réussi à conserver 1 fauteuil.

Même le chef de gouvernement et secrétaire général du parti, Saadeddine El Othmani, a été sévèrement sanctionné : iI est arrivé 5e dans la circonscription Rabat-Océan, où 4 sièges étaient en jeu, en récoltant à peine 4 400 voix.

Au final, le parti islamiste n’a remporté que 13 sièges, pas même de quoi constituer un groupe parlementaire.

La nouvelle cartographie politique qui s’est dessinée au lendemain du 8 septembre constitue une véritable rupture.

Le royaume, qui a réussi à sortir indemne du printemps arabe, devient le premier pays de la région où un parti islamiste est délogé du pouvoir via les urnes. Une prouesse démocratique qui confirme ce qu’on aime appeler au royaume « l’exception marocaine »…