Politique

Cameroun : chez les Niat, la politique de père en fils 

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Mis à jour le 14 octobre 2021 à 10:33

Éric Aimé Niat, fils du président du Sénat, Marcel Niat Njifenji. © DR

Éric Niat, le cadet du président du Sénat, vient de ravir la mairie de Bangangté. Comme son père il y a presque vingt ans. Rêve-t-il désormais d’une carrière similaire ?

Dans les allées de l’hôtel Hilton de Yaoundé où il a ses habitudes, Éric Niat ne passe pas inaperçu. Et cela ne tient pas seulement à l’imposante allure de cet amateur de basket… C’est que la nouvelle curiosité du monde politique camerounais porte un nom bien connu.

Jusqu’à son arrivée à la mairie de Bangangté en mars dernier, personne ne s’intéressait vraiment au fils du président du Sénat, Marcel Niat Njifenji. Mais depuis qu’il est parvenu à conquérir à l’arraché cette commune de l’Ouest, l’homme intrigue. Rêve-t-il de marcher dans les pas de son père, qui a lui aussi régné sur Bangangté (entre 2002 et 2007) ?

À l’heure où les supposées ambitions présidentielles de Franck Biya, le fils du président de la République, agitent le Cameroun, l’ascension de l’aîné de la deuxième personnalité politique du pays fait jaser. Et n’est pas du goût de tout le monde.

Accusé de n’être que « fils de »

Les accusations de parachutage ont fusé durant la campagne. Éric Niat n’avait-il pas quitté le Cameroun à l’âge de 12 ans, après la tentative de coup d’État de 1984 qui avait conduit son père en prison ? N’a-t-il pas grandi entre la France et les États-Unis où il a obtenu un bachelor en sciences politiques à l’université du Massachusetts? « Marcel Niat Njifenji est l’un des hommes les plus puissants du pays. Il a offert une éducation de première classe à ses enfants. Son fils devrait avoir un peu de décence et laisser aux autres la possibilité de tenter leur chance », explique un de ses rivaux.

Pour pallier ce manque d’ancrage local, le premier des enfants Niat a repris il y a plus de dix ans la gestion des affaires familiales, notamment au sein de sa fondation. « J’ai toujours voulu rendre ce que j’ai reçu de la société, assure-t-il. Ce que les Anglo-Saxons résument par give back to the community. Je suis né d’un père cadre de l’administration qui a fait beaucoup d’actions sociales. Aider à améliorer la vie des autres a toujours été un leitmotiv pour moi. »

Installé à Douala où il a embrassé une carrière d’entrepreneur à défaut de devenir diplomate comme il en rêvait, il a multiplié les séjours à Bangangté, tout comme les actions sociales. Construction de forages, dons… Il a peu à peu assis sa popularité dans la région. « On me présente comme quelqu’un de parachuté mais c’était la troisième fois que je me présente à une élection », rappelle-t-il.

Face à la ministre Ketcha-Courtès

Sa véritable entrée en politique, il la doit néanmoins davantage à des négociations entre poids lourds qu’à sa générosité. C’était en 2013, lors des élections municipales. Le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) est alors en ballotage défavorable. La maire, Célestine Ketcha-Courtès, se rapproche de la famille du président du Sénat, tout juste élu. Les deux clans s’entendent sur l’élection du jeune Éric Niat au poste de quatrième adjoint de la mairie.

Le combat pour la mairie de Bangangté vire à une guerre de leadership

L’alliance fera long feu. Six ans plus tard, Célestine Ketcha-Courtès, nommée ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme, doit quitter la mairie. Éric Niat se sent alors suffisamment aguerri pour lui succéder, mais elle lui préfère son premier adjoint, Jonas Kouamouo, qui est élu. Ambitieux, Niat pose sa candidature pour la remplacer, avec la bénédiction de son père. « Le conseil municipal ne représentait pas la composition sociologique de la commune, analyse Éric Niat. Une ville comprenant près de 65 % de jeunes a besoin d’un exécutif communal à son image. »

Le combat pour la mairie de Bangangté vire alors à une guerre de leadership entre le président du Sénat et la nouvelle ministre de l’Urbanisme. Un nouveau round a lieu en 2020, avec le même résultat.

Niat accède finalement à la tête de la mairie après le décès de Jonas Kouamouo, en mars dernier. Désormais, Éric Niat prétend vouloir faire de la politique autrement : « L’une des principales faiblesses de notre parti dans le Ndé vient de cette façon d’accumuler les lauriers sans jamais se soucier de ceux pour qui on est là, à savoir le peuple », affirme-t-il. Ce qui sera son leitmotiv dans la bataille qui l’attend. Car Éric Niat n’entend pas s’arrêter là : il veut maintenant prendre les rênes du RDPC dans le département. La bataille promet d’être rude, car c’est la ministre Ketcha-Courtès qu’il faudra affronter. Mais s’il remporte ce combat, il pourra assoir son prénom.