Politique

Burkina : dix choses à savoir sur le général Simporé, stratège en chef de Kaboré

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Mis à jour le 21 septembre 2021 à 10:56

Le général Barthélémy Aimé Simporé, vice-ministre de la Défense du Burkina Faso, à Ouagadougou, le 1er juillet 2021. © OLYMPIA DE MAISMONT/AFP

Si Roch Marc Christian Kaboré détient désormais le portefeuille de la Défense, il a fait du général Barthélémy Aimé Simporé son ministre délégué. Outre relever le défi sécuritaire, celui-ci va devoir redorer le blason de l’armée. Dix choses à savoir sur cet élément clé du dispositif présidentiel.

1. Promotion éclair

Nommé ministre délégué à la Défense auprès du chef de l’État le 30 juin dernier, Barthélémy Aimé Simporé – qui était jusqu’ici colonel-major au sein des forces armées – s’est vu propulser général de brigade. Une montée en grade que Roch Marc Christian Kaboré a jugée nécessaire pour permettre à son nouveau stratège en chef de parler d’égal à égal avec ses pairs militaires.

2. Sous les ordres de Kaboré

Chérif Sy, à qui le président a succédé à la tête du ministère de la Défense, bénéficiait d’un statut de ministre d’État. Mais lorsqu’il a décidé de limoger ce dernier et de procéder à une vaste refonte de son dispositif militaire au lendemain du massacre de Solhan – lors duquel d’importants dysfonctionnements de l’appareil militaire avaient été identifiés –, le chef de l’État a voulu conserver la haute main sur les questions sécuritaires. Le général Barthélémy Aimé Simporé n’est « que » ministre délégué  auprès du président.

3. Commando

Formé à l’Académie militaire Georges-Namoano, qui prépare l’élite militaire burkinabè à ses futures fonctions, le général Simporé débute sa carrière comme commandant de brigade, puis, à partir de 1994, comme chef du bureau de formation au sein de l’Académie. En 1996, il devient chef de corps du 31e régiment d’infanterie commando de Pô, ville frontalière avec le Ghana.

4. Formateur

Le général Barthélemy Aimé Simporé a réalisé l’essentiel de sa carrière dans le domaine de la formation militaire. À partir de 2001, il a commandé l’École des cadres des forces armées, dissoute en 2005 pour laisser place à l’École nationale de sous-officiers d’active, qu’il a également dirigée, et ce jusqu’en 2009. Il s’est alors vu confier la direction des écoles et centres de formation de l’armée de terre jusqu’en 2011, date à laquelle il a été nommé chef de la division des opérations de l’état-major des armées.

5. De Ouaga à Bamako en passant par Washington

S’il a une expérience dans les missions de maintien de la paix et a participé à la planification d’exercices impliquant les armées de plusieurs pays notamment au Cameroun, au Togo, au Bénin et en Centrafrique, Simporé a connu une étape importante de son parcours au Mali. En 2012 et 2013, il a pris part à la planification opérationnelle de l’intervention de la Force en attente de la Cedeao (FAC) face aux jihadistes.

Attaché de défense près de l’ambassade du Burkina à Washington à partir de 2014, il est rentré au pays en 2019, et a intégré le comité scientifique de la Commission d’élaboration de la Politique de sécurité nationale (2019-2020). Il est l’auteur d’« À l’épreuve des menaces émergentes dans la bande sahélo-saharienne : leçons de la crise malienne », une analyse parue en 2013 dans la revue Défense nationale française.

6. Stratège

Formateur, le général s’est aussi illustré dans le domaine des études stratégiques et de la prospective. Il a ainsi dirigé le Centre national d’études stratégiques, une institution créée en février 2020 sous l’égide de Chérif Sy, lorsque ce dernier était ministre de la Défense. Cette institution est en particulier chargée d’élaborer la stratégie nationale de lutte contre le terrorisme.

7. Pressenti à l’état-major

En janvier 2019, Simporé avait été pressenti au poste de chef d’état-major général des armées pour succéder au général de brigade Oumarou Sadou, qui occupait cette fonction depuis 2016. Kaboré avait finalement porté son choix sur le colonel-major Moïse Minoungou, qui commandait jusque-là le Groupement central des armés (GCA), et avait été promu pour l’occasion général de brigade.

8. Ses réseaux militaires

S’il n’était pas, jusqu’à sa nomination, considéré comme un proche de Kaboré – il n’entretenait jusqu’alors pas de relations privilégiées avec le président burkinabè –, le général bénéficie, de par sa carrière et sa réputation, de nombreux relais au sein de l’armée. Un solide réseau de soutiens et de fidèles qu’il s’est notamment constitué en formant une partie des officiers qui occupent désormais des postes stratégiques. Il est par ailleurs issu de la même promotion que le colonel-major Charles Paré, actuel chef d’état-major particulier du chef de l’État.

9. Défi sécuritaire et restauration de la confiance

Le massacre de Solhan, en juin dernier, avait coûté sa place à Chérif Sy. Depuis, la situation sécuritaire ne s’est pas améliorée, au contraire, comme le prouve l’attaque de Boukouma, le 18 août dans la région du Sahel, lors de laquelle 80 personnes ont été tuées, dont 65 civils. En plus d’avoir la mission de redéfinir la tactique des forces armées burkinabè face aux jihadistes, dans le contexte de la fin de l’opération Barkhane, le général Simporé va également avoir la charge de restaurer la confiance entre l’armée et la population.

10. Au-dessus des soupçons ?

Décrit comme un « officier brillant » par plusieurs de ses frères d’armes, le nouveau patron de la Défense nationale est aussi exempt de casseroles judiciaires. Tandis que plusieurs officiers sont cités dans des affaires de corruption, ou que des soupçons pèsent sur certains d’entre eux, le nom de Simporé n’a jamais été cité dans une enquête portant sur des soupçons d’enrichissement illicite.