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Mines : Mark Bristow, le dénicheur de pépites de Randgold Resources

Géologue de formation, le Sud-Africain Mark Bristow s'est intéressé à l'Afrique de l'Ouest dans les années 1990. © Rodger Bosch/AFP

Malgré la chute du cours de l'or, Mark Bristow, le PDG de Rangold Resources, ne se fait pas de souci pour sa société. Fort de gisements prometteurs au Mali et en RD Congo, il prévoit d'augmenter sa production de 30 % en 2014.

Pour Mark Bristow, la crise que traverse la filière aurifère pourrait être salvatrice… à condition que les miniers en tirent les leçons. « Notre industrie doit se réinventer. Pendant dix ans, la plupart des groupes ont entretenu les attentes irréalistes de leurs actionnaires, des gouvernements et des populations des pays dont ils exploitent les gisements. Ils ont fait comme si la hausse du prix de l’or n’allait jamais s’arrêter ! » s’indigne le patron de Randgold Resources, premier groupe aurifère en Afrique francophone.

Et le Sud-Africain, connu pour son franc-parler, de prédire des lendemains difficiles à ceux qui ont manqué de prudence : « Il y aura des faillites parmi les juniors qui ont ciblé des gisements trop petits ou qui ont tardé à lancer leurs projets. Désormais, dans l’or, il n’y a plus d’argent à lever sur les marchés internationaux… »

Bristow bio

Rentabilité

À 55 ans, Mark Bristow est cependant serein pour Randgold, qui, en 2013, a vendu 910 000 onces – soit un chiffre d’affaires de 1,267 milliard de dollars (920 millions d’euros) – et réalisé 326 millions de dollars de bénéfices. La chute du cours de l’or, passé de 1 680 à 1 210 dollars l’once l’année dernière, il dit l’avoir vue venir depuis longtemps.

« Nous avons toujours maintenu une pression très forte sur les coûts, qui n’excèdent pas 950 dollars l’once produite, que ce soit en Afrique de l’Ouest ou en RD Congo. Même si le prix de l’or descendait à 1 000 dollars, nous serions encore rentables », affirme-t-il.

Quant aux besoins d’argent de Randgold, le PDG est aussi tranquille : « Le plus gros de nos investissements est derrière nous : il s’agissait de démarrer notre mine de Kibali, en RD Congo, dont le premier lingot a été fondu en octobre dernier, et d’étendre celle de Loulo-Gounkoto, au Mali. Nous avons de quoi voir venir. En 2014, la production de Randgold va gonfler grâce à ces deux projets phares. Nous visons 550 000 onces à Kibali et 640 000 à Loulo-Gounkoto, ce qui nous permettra d’augmenter de 30 % notre production. »

Cowboy sud-africain

Né à Estcourt, dans l’est de l’Afrique du Sud, le docteur Bristow aurait pu rester chercheur à l’université du Natal, à Pietermaritzburg. « J’ai longtemps enseigné et étudié les gisements de platine et de chrome de la région du Bushveld [dans le nord du pays] », raconte-t-il. Ce n’est qu’en 1986 qu’il rejoint Rand Mines pour prendre la responsabilité de sa division métaux de base (fer, cuivre, zinc et aluminium).

À la fin de l’apartheid, comme d’autres groupes sud-africains, la direction, effrayée par l’arrivée au pouvoir du Congrès national africain (ANC), se sépare de ses actifs dans l’or (la filière la moins mécanisée), jugés trop risqués à cause du climat social. « Avec plusieurs autres cadres de la société, nous croyions en leur potentiel et nous les avons rachetés en 1991 pour créer Randgold & Exploration, dont j’ai dirigé les activités en dehors de l’Afrique du Sud », se souvient Mark Bristow.

Connu pour son franc-parler, Mark Bristow peut compter sur ses cadres locaux pour arrondir les angles.

C’est ainsi qu’il découvre le Ghana, grand producteur d’or, et le Mali, qu’il visite dans les années 1990. « À l’époque, le géant BHP Billiton vendait ses permis d’exploration dans l’or au Mali et au Burkina Faso. J’y ai vu une belle opportunité. Il n’y avait aucune raison que ces pays, situés sur la même veine géologique que le Ghana, ne recèlent pas autant de minerai. Et je me suis décidé à créer mon entreprise. »

En 1995, après une levée de fonds à San Francisco et à New York, Randgold Resources voit le jour et rachète les licences ouest-africaines.

Les prédictions de l’entrepreneur, surnommé « le cow-boy sud-africain », s’avèrent rapidement justes : un an plus tard, la nouvelle société met au jour le gisement de Morila, qui va en faire le premier producteur d’or du pays. Puis viennent ceux de Loulo, toujours au Mali, en 1997, et de Tongon, en Côte d’Ivoire, en 1998.

Équipes locales

Chez Randgold, Mark Bristow limite au maximum les coûts d’administration. « Tout ce que nous dépensons va directement dans nos projets. Notre siège, sur l’île de Jersey [un paradis fiscal], ne compte que sept salariés, et nous avons seulement quelques employés dans nos bureaux de représentation à Londres et de logistique à Johannesburg. Il n’y a pratiquement pas d’expatriés dans nos mines, nous misons sur des employés locaux », affirme-t-il.

Un mode de fonctionnement confirmé par Mahamadou Samaké, directeur de Randgold en Afrique de l’Ouest : « Dans ma région, Mark Bristow a su former et accompagner une équipe ouest-africaine de professionnels compétents. Contrairement aux dirigeants des majors anglo-saxonnes, il a su déléguer localement », affirme ce Malien qui a commencé sa carrière chez BHP Billiton avant de rejoindre Randgold en 1996.

Franc-parler

Autre caractéristique de l’énergique et chaleureux Sud-Africain, sa manière de dialoguer avec les gouvernements. « C’est d’abord un géologue, il n’hésite pas à dire ce qu’il pense aux ministres pour que les mines se développent, poursuit Mahamadou Samaké. Il n’est pas dans une démarche commerciale avec eux. Il est parfois un peu abrupt, mais il respecte ses interlocuteurs et fait confiance à ses cadres locaux pour arrondir les angles. »

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Mark Bristow s’est ainsi beaucoup investi auprès du gouvernement ivoirien dans la révision du code minier.

« La Côte d’Ivoire a fait des progrès considérables pour accueillir les investisseurs du secteur extractif. Le premier président, Félix Houphouët-Boigny, avait concentré ses efforts sur l’agriculture et avait fait l’impasse sur les richesses du sous-sol », estime le PDG.

Afrique francophone

Installé à l’île Maurice, cet amateur de motocross – avec ses deux fils, il a rallié en deux-roues la Grande-Bretagne à Bamako – n’envisage pas d’implanter Randgold dans son pays natal.

« Nous avons bâti une base solide en Afrique de l’Ouest et en RD Congo. Malgré son nom, Randgold n’est pas une société sud-africaine, même si elle compte des cadres sud-africains et si nous vendons notre or à une raffinerie sud-africaine », fait valoir celui qui garde par ailleurs des intérêts en Afrique du Sud comme propriétaire de Rockwell Diamonds, une compagnie active dans le diamant.

À l’avenir, Mark Bristow n’entend pas cesser de parcourir l’Afrique francophone. « Comme la santé financière de Randgold est bonne, nous continuons d’investir dans l’exploration. Notre portefeuille minier doit se renouveler d’ici à cinq ans. Pour cela, nous avons acquis douze permis en Côte d’Ivoire et nous explorons activement la région de l’Ituri, en RD Congo, et le sud du Mali. » Jusqu’à tomber sur une nouvelle pépite.

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