Politique

Sahara : un nouveau représentant spécial de l’ONU, pour quoi faire ?

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Mis à jour le 8 septembre 2021 à 17:49

Alexander Ivanko en 2008, en Serbie. © Chris Hondros/Getty Images

Nommé représentant spécial pour le Sahara et chef de la Minurso, le Russe Alexander Ivanko ne pourra guère combler le vide laissé par la démission de l’envoyé spécial Horst Köhler. Surtout après la rupture des relations entre l’Algérie et le Maroc…

Le 27 août dernier, Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, annonçait la nomination du Russe Alexander Ivanko comme nouveau représentant spécial pour le Sahara et chef de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (Minurso), en remplacement du Canadien Colin Stewart.

Plusieurs médias ont affirmé qu’Alexander Ivanko allait combler le vide laissé par l’envoyé personnel pour le Sahara, Horst Köhler, qui a officiellement démissionné pour « raisons de santé » en mai 2019. Mais il n’en est rien.

Köhler n’a toujours pas de remplaçant. Au cours des deux dernières années, treize noms ont été proposés et aucun n’a trouvé grâce aux yeux de Rabat, d’Alger et du Polisario.

Dernier retoqué en date, l’Italo-Suédois Staffan de Mistura, spécialiste des « conflits chauds », nommé par les Nations unies en Syrie en 2014 et en Irak entre 2007 et 2009.

D’après la diplomatie marocaine, le choix de ce profil crédibiliserait la « campagne de communication internationale du Polisario » selon laquelle ce dernier serait en guerre ouverte avec le royaume depuis le 13 novembre dernier.

Autre élément, De Mistura estime que les négociations sur la résolution du conflit doivent être menées exclusivement par le Maroc et le Polisario, et ne pas inclure l’Algérie.

Or le royaume, qui s’appuie sur les acquis des « pourparlers de Genève » obtenus en décembre 2018 et en mars 2019, considère qu’Alger est partie prenante dans le conflit et doit à ce titre s’asseoir à la table des négociations.

L’impasse est totale

Les discussions en Suisse ont surtout révélé des « positions fondamentalement divergentes » entre les différentes parties, selon Horst Köhler, et conduit à une véritable impasse.

Le diplomate allemand, affaibli par la maladie, a en réalité décidé de jeter l’éponge car les efforts à fournir étaient trop importants et l’espoir d’une quelconque avancée sur le dossier franchement mince. Depuis, le processus de négociation est au point mort.

Fort d’une trentaine d’années d’expérience dans les affaires internationales (porte-parole de l’ONU en Bosnie-Herzégovine entre 1994 et 1998, puis au Liban à l’été 2006) et chef de cabinet de la Minurso depuis 2009, Alexander Ivanko est un diplomate chevronné qui connaît le « dossier Sahara » sur le bout des doigts, tant sur le plan historique que sur le terrain.

L’Algérie, traditionnellement soutenue par la Fédération de Russie, ne peut pas le récuser. Et le Maroc non plus, car Ivanko a une position neutre et équilibrée sur le sujet et parce que le royaume espère toujours faire évoluer la position des Russes.

Des discussions ont d’ailleurs eu lieu en avril 2021 entre l’ambassadeur du Maroc à Moscou, Lotfi Bouchaâra, et le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergey Vershinin. Et les choses sont déjà en train de changer, d’autant que le royaume est désormais le troisième partenaire commercial de la Russie.

Un rôle exclusivement opérationnel

Seulement voilà, dans les faits, Alexander Ivanko sera cantonné à un rôle « opérationnel » et non pas politique, contrairement à l’envoyé personnel pour le Sahara.

Techniquement, cet ancien journaliste-correspondant en Afghanistan et aux États-Unis gérera le cadre de travail qui oriente les activités de la mission – dont le mandat est censé expirer le 31 octobre 2021, mais qui sera sans aucun doute renouvelé –, ainsi que les ressources financières, humaines et logistiques.

Ce n’est pas à Ivanko qu’incombera la charge de ramener les acteurs du conflit à la table des négociations.

Il veillera également au respect du cessez-le-feu. Mais ce n’est pas à lui qu’incombera la charge de ramener les acteurs du conflit à la table des négociations, a fortiori celle de trouver une solution politique.

Rabat a intérêt à temporiser

Même si un envoyé spécial était enfin nommé, la rupture des relations diplomatiques entre l’Algérie et le Maroc – décidée par Alger le 24 août dernier – douche un peu plus l’espoir de voir s’ouvrir des négociations et éloigne la perspective de voir ces deux pays assis à la même table.

Le Maroc sait que d’autres pays finiront par s’aligner sur la décision américaine.

Alger n’a aucune envie de « perdre la face » dans un conflit qui dure depuis près d’un demi siècle. Pourtant, le pouvoir algérien sait parfaitement qu’il a subi un sérieux revers, voire un cuisant camouflet, avec la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine au Sahara par l’administration Trump, en décembre 2020, discrètement confirmée depuis par l’administration Biden.

Quant au Maroc, sa diplomatie a parfaitement conscience qu’un boulevard s’est ouvert devant elle et que d’autres pays – plusieurs États européens, dont la Pologne, la France et peut-être l’Espagne – finiront par s’aligner sur la décision américaine, ou tout du moins favoriseront la position du Maroc au sein de l’ONU.

Plusieurs observateurs estiment que, tôt ou tard, le royaume obtiendra définitivement sa souveraineté au Sahara… Par conséquent, à quoi bon jouer le jeu, mieux vaut jouer la montre.