Société

Tunisie : records de chaleur et incendies géants

Attisés par la canicule, les nombreux incendies dévastateurs enregistrés cet été en Tunisie mettent à nouveau en lumière les conséquences désastreuses du réchauffement climatique.

Réservé aux abonnés
Mis à jour le 7 septembre 2021 à 15:09

Le mont Nadhour, près de Bizerte, ravagé par les flammes, le 10 août 2021. © Chokri Mahjoub/ZUMA Press Wire/REA

La canicule qui a touché nombre de pays méditerranéens cet été n’a pas épargné la Tunisie, qui a enregistré des chaleurs records : 48 degrés à l’ombre à Tunis, quand la barre des 50° a été dépassée à Kairouan.

Plus de 13 000 ha de forêts détruits

S’il n’ont pas fait de victimes, les incendies ont causé, comme dans l’Algérie voisine, nettement plus de dégâts que l’an dernier.

Le colonel-major Moez Triaa, porte-parole de la protection civile, souligne ainsi sur sa page Facebook qu’entre le 1er juin et le 1er septembre, plus de 13 000 hectares de forêt ont été détruits, contre quelque 3 300 à la même période en 2020.

Les feux ont également ravagé 550 hectares de cultures agricoles, contre près de 300 l’année passée.

Entre le 1er mai et le 25 août, la direction générale des forêts relève de son côté plus de 14 000 hectares en proie aux flammes dans les zones militaires, principalement dans les monts autour de Kasserine et de Sidi Bouzid. Entre le 23 juin et le 20 août, elle en a comptabilisé plus de 9 000 sur le reste du territoire.

Ces incendies ont touché plusieurs régions, du Nord-Ouest au Nord-Est en passant par le grand Tunis et l’intérieur. Les gouvernorats de Jendouba, Le Kef, Bizerte, Zaghouan et Kairouan ont été les plus sinistrés.

Partout, des dégâts matériels sont à déplorer : pains d’Alep, maquis, oliviers, figuiers, bétails et quelques bâtiments ont été ravagés par le feu, attisé par les vents chauds (appelés chihili).

Des causes humaines

« Nous faisons face à une situation exceptionnelle cette année, comparable à 2017, quand 17 000 hectares avaient été détruits, dont 6 000 en zone militaire », souligne Zouheir Ben Salem, ingénieur et chef de service à la direction générale des forêts.

Les causes des récents départs de feu font polémique et peuvent être multi-factorielles. Les gouvernorats ont réuni des commissions exceptionnelles pour les évaluer. Des enquêtes sont toujours en cours pour déterminer d’éventuelles origines criminelles.

« Sur les 74 incendies enregistrés dans la première quinzaine d’août, 17 se sont déclarés en pleine nuit, ce qui écarte l’origine naturelle, précise Zouheir Ben Salem. Plusieurs suspects ont donc été arrêtés, sachant qu’habituellement nous estimons que 96 % des incendies sont dus à des causes humaines, qu’elles soient volontaires ou non. »

Mégots de cigarette et supports de fortune pour chauffer les graines de pin d’Alep figurent parmi les déclencheurs fréquents.

Facteur aggravant : les chaleurs persistantes

Le changement climatique est aussi pointé du doigt. À ce stade, les études scientifiques n’ont pas établi qu’il existait une relation de cause à effet entre le réchauffement climatique et le déclenchement de feux de forêt cet été en Tunisie, mais les experts s’accordent à dire que les chaleurs persistantes – et la sécheresse qui en résulte – offrent un terrain propice à leur propagation.

« Outre l’extension des vagues de chaleur et l’assèchement des oueds, nous observons également des phénomènes de mortalité des formations forestières autochtones, comme les chênes lièges ou les pins d’Alep, qui indiquent que les forêts sont par ailleurs victimes du changement climatique », ajoute-t-il.

En attendant des analyses plus approfondies, on a aménagé, parallèlement au déploiement de la protection civile et des renforts de l’armée de l’air, des tranchées coupe-feu et créé des postes de surveillance pour prévenir de nouveaux départs de feu.