Santé

Pourquoi la Côte d’Ivoire s’est trompée sur le cas d’Ebola

| Par
Mis à jour le 07 septembre 2021 à 09h29
Département des virus épidémiques, à l’Institut Pasteur d’Abidjan, en mai 2020

Département des virus épidémiques, à l'Institut Pasteur d'Abidjan, en mai 2020 © ISSOUF SANOGO / AFP

La jeune Guinéenne de 18 ans testée à son arrivée en Côte d’Ivoire n’était finalement pas porteuse du virus. Retour sur un imbroglio médical entre Abidjan et Conakry.

On l’oublie souvent, mais un dépistage positif d’une maladie correspond à une probabilité et aucunement à une certitude. Une vérité scientifique illustrée en août dernier par le cas d’une jeune fille arrivée en bus de Guinée et diagnostiquée comme porteuse d’Ebola par les médecins ivoiriens. Avant que ce résultat ne soit infirmé par un laboratoire français…

Mardi 31 août, c’est le Centre national de référence des fièvres hémorragiques virales – fruit d’un partenariat entre l’Institut Pasteur de Lyon et le laboratoire P4 Jean Mérieux-Inserm – qui a mis fin au quiproquo entre les autorités sanitaires guinéennes et ivoiriennes. Les résultats sanguins de la jeune fille, partie de Labé, en Moyenne-Guinée, et qui a parcouru 1500 km pour se rendre en Côte d’Ivoire, sont négatifs. Soulagement dans les bureaux de l’OMS qui, prenant acte du diagnostic de l’unité médicale de haute sécurité, s’empresse de publier un communiqué, affirmant qu’il n’existe « aucune preuve » de l’infection.

 

« Pas d’erreur de diagnostic »

Mais comment expliquer que l’Institut Pasteur de Côte d’Ivoire ait constaté dans un premier temps une contamination ? Au téléphone, Sylvain Baize, directeur du centre mandaté par l’organisation dirigée par Tedros Adhanom Ghebreyesus pour procéder aux analyses des échantillons de la patiente, désamorce toute polémique : « Nos homologues ivoiriens n’ont pas commis d’erreur de diagnostic. Il s’agissait tout simplement d’un cas de faux positif ».

Il y a une zone grise, dans laquelle les signaux peuvent parfois être trompeurs »

Pédagogue, le scientifique français poursuit : « Pour savoir si un organisme est atteint d’Ebola, nous vérifions la présence de signaux que sont les agents pathogènes et anticorps du virus. Lorsqu’ils sont suffisamment forts, la probabilité d’infection augmente. Mais en dessous d’un certain seuil, il y a une zone grise, dans laquelle ces signaux peuvent parfois être trompeurs. Surtout lorsque la patiente est atteinte des symptômes du virus. C’est en l’occurrence ce qu’il s’est passé. La procédure consiste ensuite à procéder à un test de confirmation, avec des techniques plus poussées, que nous maîtrisons ici, à Lyon. » Rémy Lamah, ministre guinéen de la Santé et de l’Hygiène publique guinéen, a d’ailleurs publiquement réclamé, le 19 août, auprès du représentant de l’OMS dans son pays que des analyses plus approfondies soient réalisées.

Cette requête s’inscrit alors dans un contexte d’incompréhension mutuelle entre les deux voisins. À Conakry, l’impossibilité pour les experts d’accéder à la patiente, l’absence de précédent en Moyenne-Guinée ainsi que l’amélioration soudaine – « en quarante-huit heures » – du tableau clinique de la jeune femme mettent la puce à l’oreille des experts guinéens.

Côté ivoirien, Serge Eholié, chef de service des maladies infectieuses et tropicales du CHU de Treichville, à Abidjan, où est suivie la patiente réagit vivement aux inquiétudes du pays voisin : « Les autorités guinéennes doutent du diagnostic clinique, moi je ne doute pas de mon analyse, je suis infectiologue et clinicien ». Et le ministre ivoirien de la Santé, Pierre Dimba, lui emboîte le pas après que l’Agence nationale de sécurité sanitaire a demandé des vérifications supplémentaires.

Mesures immédiates

Malgré ces divergences, les deux pays adoptent des mesures immédiates. Le 17 août, deux jours après l’annonce du cas, une campagne de vaccination est lancée à Labé, d’où vient la patiente. Dans la foulée, la Guinée envoie 5 000 doses de vaccins à son voisin, avec l’aide de l’OMS. Au total, 140 cas contacts sont identifiés et suivis dans les deux pays. Ceux-ci conviennent alors de fermer leurs frontières terrestres. Car entre fin 2013 et 2016, Ebola a fait 11 000 morts en Afrique de l’Ouest. Et le patient zéro venait de la ville de Guéckédou, en Guinée forestière. Un autre épisode épidémique a aussi touché le pays entre janvier et juin dernier, causant 12 décès. La première victime était une femme venant de la préfecture de Nzérékoré, dans la même région.

Dans son communiqué, l’OMS partage le constat de Sylvain Baize et prend soin de ne pas blâmer les autorités ivoiriennes. « En ligne avec la politique de non regret [adoption de mesures immédiates en cas d’urgence ou de flambée épidémique] suivie par l’OMS, des actions immédiates ont été mises en œuvre en Côte d’ivoire et en Guinée », annonce-t-elle. Une stratégie qu’a également adoptée le Burkina Faso le 22 août dernier, quand le ministre de la Santé, Charlemagne Ouédraogo, a communiqué sur un cas suspect d’Ebola chez un homme de 22 ans ayant séjourné en territoire ivoirien. Heureusement, les résultats des analyses effectuées au Laboratoire national de référence pour les virus de fièvre hémorragique et à l’Institut Pasteur de Dakar ont permis de revenir sur ce diagnostic. Mais mieux vaut prévenir que guérir. C’est le credo des scientifiques d’Afrique de l’Ouest en ce qui concerne Ebola.

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3104_600 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€
Fermer