Politique

Tunisie : Ennahdha ou l’urgence du renouvellement

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Mis à jour le 2 septembre 2021 à 15:57

Rached Ghannouchi, en février 2020. © Nicolas Fauque

En pleine crise politique externe mais aussi interne, le parti tunisien à référentiel islamique fait l’objet de critiques de toutes parts. Acculée, sa direction tente de donner le change. 

Selon nos sources, le renouvellement du bureau exécutif d’Ennahdha, fraîchement limogé le 24 août après d’âpres débats, est en cours de négociation. Rached Ghannouchi, le président du parti, a confirmé dans la soirée du 1er septembre que la nouvelle composition serait annoncée prochainement. Elle passerait d’une quarantaine à une quinzaine de membres et ceux-ci auraient pour délicate mission de proposer des solutions à la crise politique actuelle.

Une fois proposée par Ghannouchi, cette future équipe devra être validée par le conseil de la Choura – l’organe consultatif qui fixe sa politique générale et ses orientations principales.

Plusieurs personnalités approchées

Plusieurs cadres de la formation à la colombe ont d’ores et déjà été approchés pour rejoindre ce nouveau bureau restreint. Certains ont refusé d’y participer. Des personnalités élues en janvier dernier au sein de l’ancienne mouture, elle-même déjà censée incarner un changement, ont notamment été rappelées, comme Mohamed Mohsen Soudani, chargé jusqu’alors de la section culturelle, Abderraouf Bedoui (ex-responsable des élections), Nizar Al Habboubi (qui gérait l’encouragement des initiatives des jeunes), Mondher Ounissi (aux affaires sanitaires et sociales) ou encore l’ancien ministre de la Santé, Abdellatif Mekki. 

Les discussions en cours achoppent, entre autres, sur l’entrée d’autres personnalités au sein de cet organe décisionnel mais aussi, et surtout, sur les véritables marges de manœuvre allouées à ce nouveau bureau. Les anciens craignant de rester sous la coupe du « cheikh », sans jouir de réelles prérogatives ni d’une véritable autonomie.

Le prochain congrès en débat

Autre signe de l’urgence d’une mue rapide d’Ennahdha, une cinquantaine de hauts responsables réclament l’avancement de la date du onzième congrès du parti, attendu depuis près de deux ans. Alors que sa tenue avait été arrêtée pour décembre, ils aimeraient qu’il soit organisé en octobre. Ils ont d’ailleurs adressé en interne une pétition au bureau de la Choura afin qu’il organise une nouvelle session (la 53e) au plus vite pour traiter cette demande.

Mais sa préparation, aux mains de deux comités, n’est pas chose aisée. L’un se penche sur la logistique, l’autre sur les motions de contenu qui seront présentées aux congressistes. Politique, économie, organisation structurelle, bilan de la décennie passée… Ses propositions devraient être soumises dans les semaines à venir à l’approbation de la Choura, puis aux bureaux régionaux du parti et à ses structures à l’étranger. Des congrès locaux devraient suivre après adoption d’une version finale.

Sous la houlette de Jamel Tahar, qui préside la préparation générale des motions, ces thématiques de fond dépendent chacune d’un sous-comité d’environ cinq experts. Des personnalités ont été placées à leur tête. Il s’agit d’Ahmed Gaaloul, de Moez Belhaj, de Lassad Ljouri et de Mohamed Mohsen Soudani.