Politique

RDC : la gestion de la Gécamines passée au crible

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Mis à jour le 2 septembre 2021 à 15:17

Félix Tshisekedi et Joseph Kabila, en janvier 2019. © Olivia Acland/REUTERS

L’Inspection générale des finances (IGF) s’intéresse de près à la société minière, l’un des piliers de l’économie congolaise… Voici les détails de ce nouvel audit.

Cette vaste enquête, qui vient d’être lancée, couvre une période allant de 2010 à ce jour. Selon nos informations, ce contrôle vise les conditions de vente ou de cession des actifs miniers de la Gécamines au profit des acteurs privés, les contrats d’amodiation signés par celle-ci sur ses actifs miniers et, enfin, ses résultats ces dix dernières années.

Albert Yuma visé ?

Bien que l’Inspection générale des finances (IGF) dirigée par Jules Alingete Key assure que son enquête ne cible personne en particulier, elle vise toutefois la période gérée par Albert Yuma. Ce proche de l’ancien président Joseph Kabila est président du Conseil d’administration de la Gécamines depuis 2010. Il est régulièrement accusé de corruption – portant sur des centaines de millions de dollars – par des ONG qui dénoncent son rôle dans « le bradage des minerais congolais ».

Le collectif « Le Congo n’est pas à vendre » (CNPAV) a ainsi récemment rappelé au gouvernement qu’il avait déjà perdu 1,95 milliard de dollars de revenus en raison d’accords jugés douteux passés avec l’homme d’affaires israélien Dan Gertler et qu’il risquait d’en perdre encore 1,76 milliard.

D’autres ONG dénoncent également des malversations. Le Centre Carter a ainsi estimé que la plus grande société minière de l’État n’avait même pas comptabilisé 750 millions de dollars de revenus entre 2011 et 2014 et l’Africa Progress Report, de Kofi Annan, a indiqué que la RDC avait perdu 1,36 milliard de dollars dans cinq accords miniers. Des dossiers auxquels l’IGF va s’intéresser en particulier.

Tshisekedi pour la renégociation des contrats

Le 2 août, une commission ad hoc avait déjà été créée au sein du cabinet de Félix Tshisekedi. Son président et son vice-président sont le directeur de cabinet du chef de l’État et son adjoint chargé des finances, Guylain Nyembo et André Wameso. Cette nouvelle structure doit clarifier les données relatives aux ressources minérales et aux réserves minières, et évaluer l’actionnariat de la Gécamines – dont l’État est l’unique actionnaire – dans le cadre du projet minier de Tenke Fungurume Mining (TFM).

En mai dernier, Tshisekedi s’était rendu dans le Katanga, où il avait annoncé, au nom des Congolais « qui croupissent toujours dans la misère », son intention de renégocier les contrats miniers, notamment ceux que son prédécesseur Joseph Kabila avait conclus avec la Chine. Les États-Unis, alliés du président, soutiennent cette initiative. La région abrite d’immenses richesses minières, notamment du cuivre, du cobalt et de l’uranium. Sous la colonisation belge puis à l’indépendance, le Katanga a toujours contribué, avec la Gécamines, à plus de 50 % du budget national et à la quasi-totalité des exportations.

La faillite de la Gécamines dans les années 1990 avait donc été synonyme d’effondrement de l’économie du pays. Lors du boom minier, au tournant des années 2000, les investisseurs étrangers sont arrivés en masse au Katanga, à l’affût des cessions successives de gisements de la société. Mais sans que ce rebond n’ait d’impact sur le quotidien de plusieurs millions de Congolais.

Plusieurs entreprises minières opèrent aujourd’hui dans l’ex-Katanga, dont la Gécamines et TFM. La plupart sont chinoises ou leurs capitaux sont majoritairement chinois.