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De haut en bas et de gauche à droite : Mengistu Hailé Mariam, Leïla Ben Ali, John Numbi, François Bozizé, Chabib Khelil, Guillaume Soro, Karim Keïta et François COmpaoré.

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« Wanted » : enquête sur les 20 Africains les plus recherchés

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Mengistu Hailé Mariam, Protais Mpiranya… Ces Africains poursuivis pour génocide ou crimes de masse (4/4)

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Mis à jour le 3 septembre 2021 à 13:10

Protais Mpiranya ; Mengistu Hailé Mariam © MICT / AFP ; ALEXANDER JOE and DOMINIQUE FAGET/AFP

« Wanted » (4/4) – Ils sont accusés du pire : portraits de l’ancien dictateur éthiopien Mengistu Hailé Mariam et de l’insaisissable Protais Mpiranya, ex-commandant de la Garde présidentielle rwandaise qui aurait joué un rôle clé dans le génocide des Tutsi.

Éthiopie – Mengistu Hailé Mariam, le Négus rouge sang

Mengistu Hailé Mariam à Belgrade pour les funérailles de Tito, le 8 mai 1980.

Mengistu Hailé Mariam à Belgrade pour les funérailles de Tito, le 8 mai 1980. © Adriano Alecchi/Mondadori via Getty

Condamné à mort dans son pays, l’ancien dictateur éthiopien, 84 ans, coule depuis trente ans des jours tranquilles à Harare, malgré la disparition de son vieil ami Robert Mugabe.

À son arrivée au Zimbabwe en 1991, Mengistu se sentait suffisamment en sécurité pour s’y établir. Discrètement, certes, mais sans se cacher. Il venait pourtant de fuir l’Éthiopie après un règne de quatorze ans à la tête d’un régime brutal d’obédience marxiste-léniniste. Son comité militaire, le Derg, était réputé pour faire payer aux familles la balle qui tuerait leurs enfants.

Au début de son exil, l’autocrate déchu se baladait encore dans les rues d’Harare, armé, accompagné de ses gardes du corps, grassement rémunérés par son pays d’accueil. En 1995, il a échappé à un attentat dans sa propre résidence, et se faisait depuis plus discret.

La disparition de Robert Mugabe, le 6 septembre 2019, l’a poussé à se faire encore plus petit. Il aurait d’ailleurs quitté sa luxueuse villa à Harare, dans le quartier de Gunhill, où il résidait avec sa famille et ses proches, pour l’une de ses fermes plus reculées. Avec la mort de l’ex-président Mugabe, Mengistu a perdu l’un de ses plus vieux amis, son hôte et son protecteur.

Mugabe avait offert à Mengistu une villa, des revenus, un passeport diplomatique et, surtout, l’immunité

Forcé à la démission deux ans plus tôt, Comrade Bob, figure de la décolonisation, était, comme son homologue éthiopien, fortement imprégné par le marxisme. Dans les années 1980, Mengistu avait soutenu le freedom fighter Mugabe et sa guérilla indépendantiste contre le régime blanc dans ce qui s’appelait encore la Rhodésie du Sud.

Mugabe ne l’a pas oublié, et avait offert en retour à Mengistu une villa, des revenus, un passeport diplomatique et, surtout, l’immunité. Il lui avait même partagé l’adresse de son tailleur personnel. Mengistu aurait même exercé des fonctions de « conseiller militaire » auprès du président. En 2008, la justice éthiopienne condamnait à mort pour génocide l’ancien officier devenu autocrate. Les victimes de la « Terreur rouge », une campagne d’assassinats ciblant des opposants présumés, se comptent par dizaines, voire par centaines de milliers.

Ni la chute de Mugabe, ni sa mort ne semblent pourtant à même de remettre en question la protection dont Mengistu dispose au Zimbabwe. Le Négus, 84 ans aujourd’hui, « exilé politique » selon ses dires, n’a jamais exprimé de regrets pour ses crimes.

Marième Soumaré

Rwanda – Protais Mpiranya, l’insaisissable

Protais Mpiranya commandait la garde de l’ancien président rwandais Juvenal Habyarimana.

Protais Mpiranya commandait la garde de l’ancien président rwandais Juvenal Habyarimana. © MICT / AFP

Depuis l’arrestation en région parisienne de Félicien Kabuga, « le financier du génocide », en mai 2020, et l’annonce, à la même époque, du décès de l’ancien ministre rwandais de la Défense Augustin Bizimana, son nom figure en haut de l’affiche. Celle des quatre Rwandais encore recherchés par le « Mécanisme » international appelé à exercer les fonctions résiduelles du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), lequel a fermé ses portes en décembre 2015. La récompense promise à quiconque livrerait des informations permettant la capture de Protais Mpiranya pourrait atteindre jusqu’à 5 millions de dollars.

L’ancien commandant de la Garde présidentielle rwandaise est à ce jour l’un des Africains les plus recherchés au monde

Faisant par ailleurs l’objet d’une notice rouge d’Interpol et d’un avis de recherche du département d’État américain, l’ancien commandant de la Garde présidentielle rwandaise, soupçonné d’avoir joué un rôle de premier plan dans le génocide perpétré contre les Tutsi en 1994, est à ce jour l’un des Africains les plus recherchés au monde. Mais depuis 2000 – date de l’acte d’accusation qui le vise –, cet ancien officier de renseignement âgé de 61 ans est parvenu à déjouer la traque de la justice internationale.

Il faut dire qu’en Afrique australe, où il a trouvé refuge, Protais Mpiranya bénéficie de hautes protections. N’avait-il pas apporté une aide multiforme aux trois pays de la sous-région (Angola, Namibie et Zimbabwe) engagés dans la deuxième guerre du Congo, entre 1998 et 2001 ?

Longtemps, le fugitif a bénéficié de la complaisance du régime du défunt président zimbabwéen Robert Mugabe et de celle des autorités sud-africaines. « Nous savions qu’il circulait entre le Zimbabwe, le Swaziland, le Lesotho et l’Afrique du Sud », témoigne un avocat qui a contribué à la cellule de recherches du TPIR au début des années 2010. Mais c’est un militaire bien formé, rompu aux méthodes des services de renseignement, qui est toujours parvenu à échapper aux enquêteurs de la tracking unit. »

« Je sais que je suis recherché partout. […] Il paraît que mon temps n’est pas encore arrivé, autrement je serais avec les autres co-accusés », écrivait-il en 2010 dans un livre qui lui est attribué. À l’époque, Protais Mpiranya avait même orchestré la thèse de sa propre mort afin de décourager les investigations des limiers lancés sur ses traces…

Mehdi Ba