Économie

RDC-Chine : 6 milliards de dollars de contrats miniers vont être réexaminés

La revue des accords avec ces groupes asiatiques intervient dans le cadre d’une révision générale des contrats dans le secteur extractif.

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Mis à jour le 1 septembre 2021 à 08:16

La mine de cuivre Frontier à Sakania, à la frontière avec la Zambie, à l’extrême sud-est de la province minière du Katanga, en RDC. © Gwenn Dubourthoumieu pour Jeune Afrique

Le président Félix Tshisekedi avait indiqué dès mai 2021 que certains contrats miniers pourraient être révisés, dénonçant lors d’une visite dans la ville minière de Kolwezi que « ceux avec qui le pays a signé des contrats d’exploitation s’enrichissent pendant que nos populations demeurent pauvres ».

La RDC est le premier producteur mondial de cobalt et le premier producteur de cuivre d’Afrique, mais son PIB/habitant était de 557 dollars en 2020 selon la Banque mondiale.

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Des contrats signés sous Joseph Kabila

Ce sont au total six milliards de dollars de contrats qui vont être réexaminés. Les autorités congolaises ont amorcé en août la mise en place une commission chargée de réévaluer les ressources et réserves de la mine de cuivre et de cobalt de Tenke Fungurume, contrôlée depuis 2018 par China Molybdenum, afin d’« établir équitablement (leurs) droits », comme l’a indiqué le ministre des Finances Nicolas Kazadi à nos confrères de Reuters.

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Le contrat signé en 2007 avec les entreprises d’État chinoises Sinohydro Corp et China Railway Group Limited d’une valeur est lui aussi en cours de révision. Cet accord était un élément clé du plan de développement de l’ancien président Joseph Kabila : en échange d’une participation de 68 % dans l’entreprise Sicomines, les deux sociétés avaient accepté de construire diverses infrastructures (hôpitaux, routes etc.).

Les investisseurs chinois contrôlent 70 % du secteur minier national

Mais l’ONG Afrewatch estime que moins de la moitié de ces projets d’infrastructures avaient été réalisés, dénonçant par ailleurs le manque de transparence de la Chine et de la RDC.

Les deux entreprises chinoises n’ont pour l’heure pas fait de commentaire, tout comme Elie Tshinguli, directeur général adjoint de la coentreprise de cuivre et de cobalt Sicomines au Congo, détenue majoritairement par Sinohydro et China Railway.

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Rassurer les investisseurs

La question est particulièrement délicate : les investisseurs chinois contrôlent aujourd’hui 70 % du secteur minier national selon la chambre des mines du Congo.

Le ministre des Finances, Nicolas Kazadi, a cependant tenu à assurer aux partenaires du pays que ces examens ne représentaient « pas une (…) menace pour les investisseurs » et que le gouvernement menait ses analyses « en partenariat étroit avec les Chinois eux-mêmes ».

La RDC ne doit pas être un champ de bataille entre grandes puissances

Côté chinois, le président de China Molybdenum Yuan Honglin a déclaré que la communication entre Tenke Fungurume et la société minière publique congolaise Gécamines, son partenaire minoritaire dans la mine, se déroulait comme prévu, rapporte Reuters.

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L’ambassadeur de Chine en RDC Zhu Jing a lui moins bien accueilli la décision de l’exécutif, attribuée par certains analystes à des pressions occidentales, en écrivant sur son compte Twitter que le pays « ne doit pas être un champ de bataille entre grandes puissances ».

Le programme triennal bientôt validé par le FMI ?

Si des contrats chinois sont donc en cours de renégociation, le gouvernement congolais est déjà parvenu en mai 2021 à modifier l’accord passé en 2018 avec l’opérateur portuaire public de Dubaï, DP World, pour le développement du port en eau profonde de Banana.

Il ne fait aucun doute que la revue devrait être couronnée de succès

Le ministre des Finances a révélé que la part de l’État dans le projet, dont le coût est estimé à plus de 1 milliard de dollars, était passée de 30 à 34 % tandis que le taux de redevance est désormais de 15 %, contre 5 % auparavant.

Nicolas Kazadi a par ailleurs indiqué que toutes les conditions ont été remplies pour que le FMI valide en septembre le programme triennal de 1,5 milliard de dollars du pays. « Il ne fait aucun doute que la revue devrait être couronnée de succès et conduire à un nouveau décaissement en décembre », a-t-il déclaré à Reuters.

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Le ministre a précisé que le prochain décaissement du FMI de 200 millions de dollars serait utilisé pour renforcer les réserves de devises étrangères, tout comme la moitié des 1021,7 millions de droits de tirages spéciaux (1,45 milliard de dollars) alloués à la RDC par le FMI à la fin d’août. L’autre partie sera utilisée pour lancer un fonds d’investissement visant à diversifier l’économie du pays, notamment aux niveaux agricole et énergétique.

(avec Reuters)