Politique

RDC : accusé de détournement, l’ex-ministre de la Santé Eteni Longondo contre-attaque

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Mis à jour le 31 août 2021 à 16:42

L’ancien ministre de la Santé Eteni Longondo, à Sotchi, en octobre 2019. © Dmitry Feoktistov/TASS/Sipa USA/SIPA

Placé sous mandat d’arrêt provisoire le 27 août pour détournement présumé de fonds destinés à la lutte anti-Covid, ce haut cadre de l’UDPS, le parti présidentiel, tente de se justifier devant la justice. 

Son arrestation, à la suite d’une longue audition menée par l’avocat général Pascal Munkokole, a surpris tant dans l’entourage immédiat de Félix Tshisekedi, qu’au sein du parti présidentiel, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS). Eteni Longondo, ancien ministre de la Santé dans le gouvernement de Sylvestre Ilunga Ilunkamba a, selon ses proches, été convoqué « à l’improviste » le 27 août à la Cour de cassation, où il a été entendu sur la gestion des fonds alloués à la lutte anti-Covid.

En août 2020, Jules Alingete Key, patron de l’Inspection générale des finances (IGF), avait indiqué que « des actes de mauvaise gestion » avaient été identifiés lors des enquêtes menées par ses services au sein du ministère de la Santé et que les dossiers avaient été transmis à la justice. Selon nos informations, selon l’IGF, seuls 2 des 8 millions de dollars américains alloués par le gouvernement à la gestion de la crise sanitaire ont pu être tracés. L’opacité entoure en effet les 3 millions de dollars envoyés aux provinces, ainsi que 3 des 5 millions gérés par le cabinet d’Eteni Longondo.

« Stratégie de Tshisekedi » ?

Pour assurer sa défense, l’ancien secrétaire général adjoint chargé des finances de l’UDPS s’est attaché les services de plusieurs avocats dont Benjamin Ndjoli et Pulusi Eka Hugues. Longondo, qui rejette ces accusations, a déposé le 30 août au bureau du magistrat instructeur plusieurs pièces justificatives. Selon nos sources, la justice lui demande notamment de s’expliquer sur l’utilisation d’un montant de 1 014 000 de dollars, et de clarifier non seulement l’achat d’ambulances, mais aussi l’utilisation de fonds pour la sensibilisation au Covid-19 ainsi que des transactions sous forme de prêts avec la Banque mondiale.

La défense de l’ancien ministre insiste sur le fait que ce montant a été réparti entre plusieurs services, dont celui de l’hygiène aux frontières, qui devront « eux-mêmes justifier leurs dépenses ». Selon une source proche de Longondo, le cabinet de ce dernier a lui-même utilisé 75 000 dollars pour la communication et peut le justifier.

Une demande de mise en liberté provisoire va être déposée dans les prochains jours

Une demande de mise en liberté provisoire va être déposée dans les prochains jours, puisque le ministre considère son arrestation comme une réponse « à la clameur publique » et « une stratégie de Tshisekedi pour répondre à ceux qui dénoncent une chasse aux sorcières menée contre ses adversaires politiques, dont les membres de l’ancien régime. »

Selon un proche de l’ancien ministre, « le rapport que l’IGF a déposé devant la justice et celui qui a été présenté aux médias sont contradictoires ». Dans un document intitulé « Synthèse des différents bénéficiaires en dollars et en franc congolais », que JA a pu consulter, Eteni Longondo explique ainsi que le ministère n’a pas eu à gérer  5 millions de dollars, mais 10,1 millions au total. Les bénéficiaires y sont listés, parmi lesquels plusieurs hôpitaux de la capitale, ainsi que plusieurs banques citées comme « agent payeur », comme Equity bank. Selon ce document, 4,5 millions de dollars – et non 3 millions – auraient également été envoyés aux provinces.

Missions de vérification

Cette arrestation intervient au moment où la Cour des comptes a diligenté, à la demande de la Banque mondiale, des missions de vérification de l’utilisation des fonds des partenaires extérieurs et notamment de ceux du FMI dans le cadre de la riposte anti-Covid. En RDC, 15 provinces sont concernées.

En avril 2020, le FMI avait accordé au pays un appui financier de 363 millions de dollars au titre de la Facilité de crédit rapide (FCR). Le ministre Eteni Longondo était déjà accusé par les agents de santé en charge de la lutte contre l’épidémie à Kinshasa de ne pas les payer depuis plusieurs mois. Une grève avait même été organisée.