Politique

Cameroun : dix choses à savoir sur Cyrus Ngo’o, patron du port de Douala au cœur du scandale

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Mis à jour le 21 septembre 2021 à 12:33

Cyrus Ngo’o, patron du Port autonome de Douala © MABOUP

Ses ennuis judiciaires, ses liens avec Ferdinand Ngoh Ngoh, ses affinités politiques, son bras de fer avec Bolloré… Focus sur cet administrateur discret, bien introduit dans les cercles du pouvoir.

1. Âme de nordiste

S’il dit être originaire de Messamena, dans la région de l’Est, c’est à Garoua, dans le nord du Cameroun, qu’il voit le jour le 28 octobre 1966. Né d’un père policier jadis en service dans cette partie du Cameroun, il y a conservé des attaches familiales et il s’y rend régulièrement.

2. Administrateur

Leader estudiantin à l’Université de Yaoundé 1, il est diplômé de l’École supérieure d’administration et de magistrature (Enam), promotion 1998, et détenteur d’un MBA obtenu en 2004 à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

3. Transhumance

Financier important du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) dans le département du Haut-Nyong (Est), il n’a pas toujours été membre du parti au pouvoir. Dans sa jeunesse, il a milité au sein de l’Alliance nationale pour la démocratie et le progrès (ANDP), un parti du septentrion camerounais dont il a dirigé la branche jeunesse.

4. « Monsieur grands projets »

Avant sa nomination au Port autonome de Douala (PAD), le 24 août 2016, en remplacement d’Emmanuel Etoundi Oyono, décédé un mois plus tôt, Cyrus Ngo’o a occupé diverses fonctions au sein de l’administration camerounaise.

Haut commis de l’État, il a également dirigé de nombreux projets en tant que chargé de mission au secrétariat général de la primature, du temps où Philémon Yang était en fonction, ce qui lui a valu le surnom de « Monsieur grands projets ». Il a ainsi piloté le projet d’exploitation du gisement de fer de Mbalam et présidé la commission de passation des marchés du terminal à conteneurs du port de Kribi.

5. Réseaux

Discret, il a tissé à l’abri des regards un vaste réseau au sein de la sphère politique, notamment du temps où il exerçait comme conservateur du cadastre de Yaoundé et où il était en contact avec les plus grands propriétaires fonciers de la capitale.

Dans son carnet d’adresses figurent en bonne place des hauts fonctionnaires, tels que Marie-Pauline Nguene, ministre des Affaires sociales, ou Jules Doret Ndongo, ministre des Eaux et Forêts, qu’il a connu lorsqu’il travaillait à la primature. Il entretient aussi de bons rapports avec des élites de sa région d’origine, comme Emmanuel Bondé, membre du Conseil constitutionnel. Il est surtout proche de Ferdinand Ngoh Ngoh, le tout-puissant secrétaire général de la présidence. Ce dernier est, à ce jour, l’un de ses principaux soutiens.

6. Démêlés judiciaires

En l’espace d’un mois, il s’est retrouvé au cœur de plusieurs affaires judiciaires. Le 6 août dernier, il a été reconnu coupable d’abus de fonction, puis condamné à six mois de prison avec sursis dans une affaire l’opposant à l’homme d’affaires libanais Nassar Bouhadir. Deux semaines plus tard, soupçonné d’avoir détourné 53 milliards de F CFA, c’est devant le Tribunal criminel spécial (TCS) qu’il était auditionné.

7. « Dénonciation calomnieuse »

S’il s’est retrouvé devant le TCS, c’est parce qu’il a été « dénoncé » par Lazare Atou, administrateur général du cabinet Atou et liquidateur de l’ex-Office national des ports du Cameroun (ONPC), devenu Autorité portuaire nationale du Cameroun.

Mis en cause dans le cadre d’un marché passé en avril 2018 pour la sécurisation du port de Douala (finalement attribué à Portsec SA, une entreprise domiciliée au Panama mais appartenant à un Israélien), Cyrus Ngo’o a menacé de porter plainte. Dans un communiqué, ses services évoquent « une dénonciation calomnieuse » liée à « l’obstination [de l’intéressé] à faire incorporer, dans le patrimoine du PAD, les actifs immobiliers résiduels de l’ex-ONPC, dont le cabinet Atou se prévaut d’être le liquidateur ».

8. Malédiction ?

Depuis la création du PAD en 1999, aucun directeur général n’a échappé aux ennuis judiciaires. Ses prédécesseurs ont tous eu maille à partir avec la justice : Alphonse Siyam Siwe a été condamné à la prison à perpétuité pour corruption, Dayas Mounoume a écopé de 15 ans de prison et est aujourd’hui en fuite, et le TCS s’intéressait au cas d’Emmanuel Etoundi Oyono avant son décès.

9. Mise en scène

Fragilisé au sein de l’opinion après son audition mouvementée, il est retourné au port de Douala, le 19 août, accompagné d’un cortège de voitures avec sirènes. Un épisode savamment orchestré, comme pour fêter sa victoire sur ceux qui lui prédisaient la prison.

10. Bolloré

Depuis près d’une décennie, un bras de fer l’oppose à Bolloré. Lorsque Cyrus Ngo’o officiait à la primature, la commission d’attribution du terminal du port de Kribi (commission qu’il dirigeait) avait en effet rendu un rapport défavorable au groupe français, qui avait été classé troisième dans la shortlist des entreprises retenues. Cela avait fortement déplu à Bolloré, mais cela n’avait pas empêché Cyrus Ngo’o d’ensuite épingler sa gestion du terminal du port de Douala, du temps où il était membre de son conseil d’administration et président de la commission chargée d’auditer ses contrats.

Le 31 décembre 2019, trois ans après la nomination de Ngo’o à la tête du PAD, Douala International Terminal (DIT, filiale de Bolloré et de Maersk) était finalement évincée au profit de la Régie du terminal à conteneurs de Douala-Bonaberi (RTC), créée spécialement à cet effet. Le groupe français a riposté sur le terrain judiciaire et arbitral. Le contentieux n’est pas clôt.