L’emblématique rond-point de la Colombe-de-la-Paix, à Lomé.

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Société

Togo – Érosion : Lomé, esseulée face à la mer ?

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Mis à jour le 1 septembre 2021 à 11:32

Reportage au Togo, en mai 2014. Plage de la ville de Lomé. © Jacques Torregano

Dans la lutte contre le grignotage de ses côtes, le pays ouest-africain a su muscler son arsenal juridique et sensibiliser la population. Reste à obtenir le financement des infrastructures auprès des partenaires internationaux.

L’océan ronge entre 5 et 10 mètres de côte togolaise chaque année. Depuis la construction du complexe hydroélectrique d’Akosombo, au Ghana, et celle du Port autonome de Lomé (PAL), en 1963, plus de 500 m linéaires de terre ont été engloutis par la mer dans l’agglomération, dont nombre de villages de pêcheurs, de routes et d’infrastructures, selon une étude de la Mission d’observation du littoral ouest-africain (Moloa) réalisée en 2015.

Les prévisions nationales, encore plus alarmistes, prévoient une hausse du niveau de la mer comprise entre 0,19 et 0,34 m d’ici à 2050 et entre 0,29 et 0,55 m à l’horizon 2075.

Le pays a mis en place une brigade de surveillance des côtes et une police environnementale

Sur le front institutionnel et juridique

Si le Togo veut engager un plan d’urgence pour lutter contre ce phénomène naturel exacerbé par l’activité humaine, il devra mobiliser près de 50 milliards de F CFA (plus de 76 millions d’euros), selon les estimations de la Banque mondiale. Lomé s’est lancé sur deux fronts : chercher des financements auprès des partenaires régionaux et internationaux, et renforcer son arsenal juridique.

Depuis 2011, le Togo interdit le prélèvement du sable de mer sur tout le littoral. Il a mis en place une brigade de surveillance des côtes et une police environnementale, afin de limiter les comportements irresponsables.

Le Parlement a adopté la loi sur l’aménagement, la protection et la mise en valeur du littoral

En 2014, il a été créé le Haut Conseil de la mer, qui définit le cadre de la gouvernance maritime au Togo et décide des stratégies en matière de politique maritime. En 2016, il a élaboré une stratégie nationale pour la mer et le littoral. En 2020, il a créé un ministère de l’Économie maritime, de la Pêche et de la Protection côtière. Et, en mai 2021, le Parlement togolais a adopté la loi sur l’aménagement, la protection et la mise en valeur du littoral.

Sur le terrain

Parallèlement, avec les travaux d’extension du PAL, un épi de 250 m de long a été installé en 2012 à l’extrémité du bassin portuaire, pour que le sable s’accumule plus rapidement à l’ouest. Le nouveau projet d’extension du PAL prévoit de prolonger l’épi d’arrêt de sable à 600 m du port, vers l’est, ce qui permettra d’envisager de nouvelles constructions.

Dans le cadre de la réhabilitation de la route nationale 2 (RN2) Lomé-Cotonou, 28 épis de 80 m à 120 m chacun vont être répartis sur 13 km de côte, dans les zones d’enjeux importants, qui seront par ailleurs rechargées en sable. Ces aménagements devraient diminuer l’impact de l’érosion, ainsi que des inondations, en stabilisant le trait de côte entre le village de pêcheurs de Gbétsogbé et Gbodjomé.

Enfin, plusieurs chantiers sont engagés au Togo dans le cadre du Programme de gestion du littoral ouest-africain (Waca), financé par la Banque mondiale au profit de six pays. Outre la construction et l’extension d’épis à Agbodrafo et à Aného et le remplissage des bras de lagunes abandonnés à l’est de l’embouchure du lac Togo, à Aného, des pistes cyclables ainsi que des parkings seront aménagés.