Politique

Tunisie : arrestation de Nabil et Ghazi Karoui à Tebessa

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Mis à jour le 31 août 2021 à 11:53

Nabil (à g.) et Ghazi Karoui, le 18 juin 2019, à Tunis. © Tunisian media mogul Nabil Karoui (L) and his brother Ghazi look on while standing at the Qalb Tounes (Heart of Tunisia) party headquarters in the capital Tunis on June 18, 2019. – Tunisian authorities have arrested a controversial presidential candidate and founder of a major private television channel, Nabil Karoui, his political party said on August 23. Private radio station Mosaique FM quoted a judicial official confirming that Karoui was the subject of an arrest warrant. The 56-year-old tycoon was charged with money laundering in early July shortly after stating his intention to stand in the September 15 polls, but has remained a leading candidate. ©FETHI BELAID / AFP

L’interpellation en Algérie, ce week-end, de l’homme d’affaires et ancien candidat à la présidentielle Nabil Karoui et de son frère Ghazi n’est que le dernier épisode d’une longue suite d’arrestations et autres assignations à résidence décidées depuis le 25 juillet par la justice tunisienne.

Le président du parti Qalb Tounes, Nabil Karoui, et son frère, Ghazi, député dont l’immunité a été levée, comme celle de tous les élus de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), dans la foulée du coup de force opéré par le président Kaïs Saïed le 25 juillet, se croyaient à l’abri dans un appartement d’un quartier résidentiel de Tebessa (est de l’Algérie).

Blanchiment et évasion fiscale

La dernière fois que Nabil Karoui avait fait la une, c’était le 15 juin, date de sa libération sous caution de la prison d’El Mornaguia après six mois de détention provisoire. Il devait néanmoins se tenir à la disposition d’un juge qui n’avait pas clos l’instruction des différentes affaires de blanchiment d’argent et d’évasion fiscale pour lesquelles son frère et lui sont poursuivis.

Depuis, l’ancien patron de Nessma TV, battu au deuxième tour de la dernière élection présidentielle par Kaïs Saïed, avait fait profil bas. Ses proches se contentaient de dire qu’il avait été éprouvé par sa détention et se reposait. Les députés de sa formation, comme Jawher Mghirbi, assuraient n’avoir aucun contact avec lui.

Nabil Karoui avait cependant fait un bref déplacement en France, avant de rentrer le 22 juillet, trois jours avant le passage en force de Kaïs Saïed. Depuis, l’homme d’affaires avait quitté son domicile pour se réfugier quelques jours chez un ami avant de réapparaître à Tebessa en compagnie de son frère et de son épouse.

Franchissement illégal des frontières

Des sources algériennes indiquent que les deux hommes ont été appréhendés par les forces de sécurité le 29 août pour franchissement illégal des frontières, fermées depuis plusieurs mois pour cause de Covid. Il semblerait que Salwa Smaoui, son épouse, ait été laissée en liberté.

Certains se demandent si ce dossier n’a pas été évoqué par Kaïs Saïed lors de la visite éclair à Tunis, le 23 août, du ministre algérien des Affaires étrangères Ramtane Lamamra. Pour les Tunisiens, il paraît acquis que les frères Karoui seront extradés, tandis que le site d’information algérien L’Avant-Garde affirme qu’ils seront échangés contre le réfugié politique algérien Slimane Bouhafs, qui avait trouvé asile en Tunisie.

L’extradition des frères Karoui semble acquise

Depuis le passage en force du 25 juillet opéré par Kaïs Saïed en raison d’un « danger imminent », plusieurs hommes politiques ont été placés en résidence surveillée sans que la motivation de cette décision leur ait été signifiée.

Cette mesure a frappé d’anciens ministres (Anouar Maarouf et Riadh Mouakher), des conseillers de l’ancien chef du gouvernement Youssef Chahed (Lotfi Ben Sassi, Belhassen Ben Amor, Mofdi Mseddi), l’ancien directeur général des services spéciaux au ministère de l’Intérieur Lazhar Loungo, l’ancien patron de l’Instance de lutte contre la corruption Chawki Tabib, l’ancien procureur de la République Béchir Akremi, le premier président de la Cour de cassation Taïeb Rached et les députés Mohamed Salah Letifi (Qalb Tounes), Yosri Dali (Al Karama) et Zouheir Makhlouf (Qalb Tounes), déjà épinglé en 2020 pour une affaire de mœurs.

Les députés de la Coalition Al Karama, qui avaient donné dans la provocation à l’égard de l’institution militaire et abusé de leur pouvoir, sont entendus par des magistrats, tout comme le député indépendant Yassine Ayari, qui purge une peine de prison depuis la levée de son immunité parlementaire.

Nul n’est à l’abri de ces mesures à effet immédiat au nom de la chasse aux corrompus et aux biens mal acquis, laquelle a pris, selon certains, les allures d’une purge qui ne dit pas son nom. Opaque et liberticide, l’opération concerne aussi les chefs d’entreprise ou gérants de société, lesquels ne peuvent plus voyager sans l’accord du ministère de l’Intérieur. Et ce, sans que personne ne soit en mesure de leur expliquer ce qui leur est reproché.

Les chefs d’entreprise interdits de voyager

« Une situation d’autant plus ubuesque que l’interdiction de voyager n’est pas assortie d’une suite judiciaire, commente la responsable d’une PME qui n’a pu effectuer un déplacement professionnel. Cela n’a rien de bien rassurant pour les investisseurs étrangers. Le pire n’est pas la position des autorités, qui tôt ou tard vont devoir s’explique, mais celle du patronat, qui ne pipe mot, comme s’il craignait d’être pris dans la tourmente. »