Économie

Togo : AGR, recyclage à tous les étages

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Mis à jour le 31 août 2021 à 18:22

Centre de tri et de recyclage d’Africa Global Recycling, à Lomé. © Facebook Africa Global Recycling

Depuis 2013, Africa Global Recycling rivalise d’ingéniosité pour trier et transformer les déchets. En pleine expansion, l’entreprise fondée par Edem d’Almeida affiche une santé florissante.

Développer les chaînes de valeur autour des déchets. Tel est le pari d’Africa Global Recycling (AGR). Installée depuis 2013 à Lomé, où les services municipaux peinent à ramasser les 350 000 tonnes d’ordures produites chaque année, l’entreprise s’est positionnée sur le maillon faible des systèmes de gestion des déchets : le recyclage, encore trop souvent négligé sur le continent.

En huit ans, l’entreprise s’est imposée comme une référence de l’économie verte au Togo. « Ici, la majorité des déchets sont organiques et donc facilement valorisables », souligne son patron, Edem d’Almeida, ancien cadre de Suez environnement et ex-courtier et négociant de déchets industriels à Nantes.

AGR, qui a créé une cinquantaine d’emplois, recycle plus de 3 000 t de déchets par an

Lorsqu’il a créé AGR, le Franco-Togolais a d’abord spécialisé son centre de tri et de valorisation, situé dans le quartier Wuiti, dans le recyclage des papiers. Aujourd’hui, le centre traite 46 types de déchets différents (plastiques, équipements électroniques, verre, métaux…). Ces derniers sont triés et transformés en diverses matières premières (fibres synthétiques, blocs optiques, feutres tissés pour l’industrie automobile…), qui sont ensuite vendues et exportées vers l’Europe, l’Asie et le Moyen-Orient. Depuis 2017, AGR a diversifié ses métiers, en développant des activités de formation, de conseil et d’ingénierie en gestion des déchets.

Modèle écologique et économique

« L’enjeu est évidemment écologique, dans la mesure où la collecte s’améliore, explique Edem d’Almeida. Il s’agit aussi de construire une filière intégrée et efficace de traitement des déchets, qui ouvre des opportunités économiques et crée des emplois. » AGR recycle plus de 3 000 t de déchets par an, affiche un chiffre d’affaires annuel de 250 millions de F CFA (environ 280 000 euros) et a créé une cinquantaine d’emplois.

Nos universités doivent intégrer le recyclage dans leurs cursus

En 2016, AGR a mis en place l’initiative « Moi jeu tri », qui a permis de déployer des bacs de tri dans 89 écoles de Lomé et d’Aného : plus de 30 000 élèves ont ainsi été éduqués au recyclage. Au début de juillet 2021, en partenariat avec Togocom, AGR a lancé un nouveau projet Ecobox, dans le cadre duquel trois éco-collecteurs ont été installés à Aného.

Edem d’Almeida est convaincu que la filière a un énorme potentiel. Il déplore cependant l’absence d’un cadre législatif et le faible engouement des banques. « Nos universités aussi doivent l’intégrer dans leurs cursus. Et nous avons besoin d’incitations fiscales et de réglementations contraignantes pour les industriels, qui doivent participer à la collecte… Le recyclage, c’est toute une économie qui se développe, parce que les gens doivent vivre, mais on peut aller bien au-delà ! »