Politique

L’Algérie lance un mandat d’arrêt contre le chef du MAK, Ferhat Mehenni

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Mis à jour le 28 août 2021 à 16:12

Ferhat Mehenni, président du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK). © Samir Maouche / Hans Lucas

L’accusant d’être impliqué dans le meurtre de Djamel Bensmail, les autorités algériennes espèrent obtenir l’extradition du chef du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), qui vit en France sous le statut de réfugié depuis une vingtaine d’années.

La justice algérienne va lancer un mandat d’arrêt international contre Ferhat Mehenni, chef du MAK (Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie), une organisation classée terroriste par les autorités algériennes. Dans une conférence de presse tenue jeudi 26 août à Alger, le procureur de la République a indiqué que Mehenni est poursuivi pour l’assassinat de Djamel Bensmail, survenu mercredi 11 août à Larbaâ Nath Irathen. Pris pour un pyromane, le jeune homme a été lynché par une foule hystérique, poignardé à mort avant que sa dépouille ne soit profanée et brûlée sur la place publique.

Arrestation de 88 suspects

L’enquête a permis l’arrestation de 88 suspects, dont 24 membres du MAK, alors que 29 personnes recherchées sont en fuite. Selon le procureur, le crime était prémédité et planifié par le MAK, qui, toujours à en croire ce magistrat, aurait encadré des suspects durant la mise à mort de Bensmail, un artiste qui s’était porté volontaire pour aider à éteindre les incendies qui ont ravagé la Kabylie, faisant plus de 90 morts.

Le mandat d’arrêt contre Ferhat Mehenni, ainsi que d’autres personnes dont les identités n’ont pas été précisées, devrait être prochainement adressé à Interpol, qui, selon les éléments dont il disposera, décidera de les diffuser ou non. Le procureur a demandé aux États concernés de livrer les suspects afin qu’ils soient jugés en Algérie.

Réfugié en France depuis deux décennies, Ferhat Mehenni a fondé le MAK en 2002 dans la foulée du printemps noir en Kabylie, qui avait fait 126 victimes entre 2001 et 2003. Ce mouvement a d’abord prôné l’autonomie avant de se transformer en une organisation séparatiste.

Ancien chanteur engagé, militant de la cause berbère depuis les années 1970, Ferhat Mehenni fut membre du parti laïc d’opposition RCD (Rassemblement pour la culture et la démocratie), créé en 1989. En raison de divergences politiques avec Said Sadi, fondateur du RCD, il quitte cette formation au milieu des années 1990 pour poursuivre sa carrière de chanteur et ses activités de militant indépendantiste. En 2006, un mandat d’arrêt international avait déjà été lancé contre lui par la justice algérienne.

Preuves insuffisantes

Ce nouveau mandat contre le chef du MAK peut-il aboutir à son extradition ? Rien n’est moins sûr, car il faudrait au préalable que le dossier présenté par la justice soit solidement étayé par des preuves qui ne laisseraient aucun doute sur l’implication du chef du MAK dans ce meurtre. Or, jusqu’à présent, ces preuves se résument à des aveux de quelques prévenus se réclamant du MAK.

Installé en France, Mehenni possède le statut de réfugié politique et un passeport « titre de voyage pour réfugié » qui lui a été délivré en 2014 par les autorités françaises. En vertu de la Convention de Genève de 1951, son statut le protège d’une expulsion ou d’une extradition vers son pays d’origine. Toutefois, la justice française pourrait justifier une mesure contre le chef du MAK en invoquant l’article 32 de la Convention de Genève qui dispose que « les États contractants n’expulseront un réfugié se trouvant régulièrement sur leur territoire que pour des raisons de sécurité nationale ou d’ordre public ».

Mais même dans ce cas de figure, Ferhat Mehenni peut fournir des preuves tendant à le disculper, déposer un recours et se faire représenter devant une autorité compétente ou devant une ou plusieurs personnes spécialement désignées par l’autorité compétente.

Volonté de bannir le MAK

La Convention de Genève interdit à la France, qui a accordé ce statut de réfugié à Ferhat Mehenni, de l’expulser ou de le refouler vers un pays « où sa vie ou sa liberté seraient menacées en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques ». Mais, là encore, cette protection peut être annulée si ledit réfugié constitue un danger pour le pays où il a trouvé asile ou une menace pour la communauté dudit pays.

Dans le cas du chef du MAK, dont la grande majorité des militants se trouvent en France et au Canada, l’affaire ne relève pas uniquement de la justice française. Alger ne manquera pas de faire pression sur Paris pour réclamer son extradition. La volonté des autorités algériennes de bannir définitivement ce mouvement et de faire taire ses militants en dit long sur leur détermination à obtenir la tête du premier responsable du MAK. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres.