Politique

Diplomatie : comment le Burundi veut redorer son blason à l’ONU

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Mis à jour le 25 août 2021 à 18:29

Albert Shingiro, ministre des Affaires étrangères burundais, alors représentant permanent du Burundi auprès de l’Organisation des Nations unies. © Loey Felipe/UN Photo

À Genève ou à New York, dans les couloirs des Nations unies, la diplomatie burundaise ne reste pas inactive. Son objectif : éviter le maintien de la mission d’enquête onusienne sur le Burundi. « Jeune Afrique » décrypte ces tractations.

Mi-septembre, le Burundi s’apprête à relever un défi de taille : franchir une étape de plus dans la normalisation de ses relations avec la communauté internationale et, surtout, les Nations unies. Selon nos informations, la diplomatie burundaise est d’abord à pied d’œuvre pour préparer la tenue, du 13 septembre au 8 octobre à Genève, de la session du Conseil des droits de l’homme.

Gitega y aura un objectif : convaincre les membres du conseil qu’il n’est pas nécessaire de renouveler pour une année supplémentaire la commission d’enquête onusienne sur le Burundi mise en place en 2017. Les autorités burundaises estiment que les circonstances qui ont prévalu à la création de cette commission n’existent plus aujourd’hui.

Elles font cependant face au lobbying d’une quarantaine d’organisations non-gouvernementales, qui ont quant à elles demandé le maintien du dispositif chargé de surveiller le respect des droits humains dans le pays. En outre, les membres de la commission eux-mêmes, qui doit dévoiler un nouveau rapport à l’occasion de la réunion de septembre, ont émis le même avis.

« Les violations se poursuivent »

Selon un rédacteur du rapport contacté par Jeune Afrique, « les violations se poursuivent et nous recommandons donc que la situation puisse continuer d’être contrôlée par un organe indépendant ». La partie n’est cependant pas jouée. « Le contexte est moins favorable qu’il y a un an à un tel renouvellement », ajoute notre source.

Selon nos informations, la reprise, début 2021, des relations diplomatiques entre le Burundi et les pays membres de l’Union européenne (UE) pourrait jouer en la faveur de Gitega.

Les relations avec la France sont aujourd’hui « au beau fixe »

Joint par Jeune Afrique, le ministre des Affaires étrangères, Albert Shingiro, assure que les représentants de l’UE « comprennent et soutiennent la position du Burundi sur la question du maintien de la commission ».

Selon un proche de la commission d’enquête, Bruxelles et Paris semblent même faire preuve « d’un activisme certain sur ce dossier », et le chef de la diplomatie burundaise affirme que les relations de son pays avec la France sont aujourd’hui « au beau fixe ».

Évariste Ndayishimiye à New York ?

Mi-septembre, alors que s’ouvriront les débats sur la commission à Genève, Albert Shingiro sera à la manœuvre à New York, où s’ouvrira le 14 de ce mois l’Assemblée générale des Nations unies – laquelle risque cependant d’être une nouvelle fois perturbée par la pandémie de Covid-19.

Le chef de la diplomatie burundaise a déjà confirmé que son pays se rendrait au siège de l’ONU et évoque même « une présence au plus haut niveau ». Si celle-ci était confirmée, elle représenterait le premier voyage officiel du président Évariste Ndayishimiye hors d’Afrique depuis son investiture en juin 2020.

Selon nos informations, un autre dossier diplomatique « avance très vite », juge Albert Shingiro : celui de la normalisation des relations avec le Rwanda. Un tête-à-tête entre le président burundais et son homologue Paul Kagame pourrait avoir lieu à moyen terme.

Celui-ci ne pourra cependant officiellement se tenir qu’au terme de l’actuel processus de normalisation entre les deux pays – qui prévoit notamment la remise par Kigali à Gitega de présumés putschistes burundais. Il devrait également être précédé de rencontres au niveau ministériel, notamment avec le patron de la diplomatie rwandaise, Vincent Biruta.