Politique

Algérie : trois chaînes privées interdites d’émettre

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Mis à jour le 25 août 2021 à 17:34

Les logos d’El Djazairia One et d’El Bilad TV

El Djazairia One et Lina TV interdites. El Bilad TV suspendue. Si chacune des décisions est motivée par des infractions différentes, difficile de ne pas s’interroger sur ce qui ressemble à un grand ménage dans le paysage audiovisuel privé algérien.

Et de trois ! Trois télés privées sanctionnées en une semaine. Le ministère algérien de la Communication a prononcé, lundi 23 août, la fermeture immédiate et définitive de la chaîne El Djazairia One pour des motifs liés au « non-respect des exigences de l’ordre public ». L’interdiction de ce média est également liée aux poursuites judiciaires engagées à l’encontre de ses fondateurs et gérants.

Selon l’Autorité de régulation de l’audiovisuel (ARAV), le CSA algérien, la fermeture d’El Djazairia est également motivée par l’acquisition par l’un des associés de parts dans une autre chaîne, en violation de la loi sur l’audiovisuel. Par ailleurs, les deux personnes qui font l’objet d’un mandat d’arrêt, sont soupçonnés d’infraction à la législation et à la réglementation de change et de mouvements de capitaux de et vers l’Algérie, ainsi que de blanchiment.

El Djazairia constituait « un danger pour l’unité nationale »

Créée en mars 2012, El Djazairia One, qui emploie plus de 120 personnes, est la propriété depuis 2015 de la famille Aissiou, des hommes d’affaires ayant fait fortune dans l’immobilier, l’agroalimentaire et l’importation de véhicules. En France, Ayoub Aissiou et son gendre et associé, le sénateur Bachir Ould Zemirli, possèdent plusieurs propriétés. À eux deux, ils contrôlent plusieurs Sociétés civiles immobilières (SCI) qui gèrent un hôtel et des appartements d’une valeur de plus de 6 millions d’euros.

El Djazairia One est la deuxième chaîne à être fermée définitivement sur ordre des autorités. Mardi 17 août, la généraliste Lina TV était elle aussi interdite par le ministère de la Communication au motif qu’elle constituait « un danger pour l’unité nationale ».

L’autorité de régulation reproche à Lina TV de graves dérapages professionnels et la diffusion de manière tacite d’un discours subversif, sans préciser la nature des premiers et le contenu des seconds. En janvier 2021, les responsables de cette chaîne lancée en 2020 avaient déjà reçu une mise en demeure de la part de l’ARAV pour non-respect des règles de déontologie.

Des images du lynchage de Djamel Bensmail

Sanctionnée mais pas interdite, El Bilad TV a échappé au sort qu’a connu ses deux concurrentes. Dans la foulée de ces fermetures, elle fait toutefois l’objet d’une suspension pendant une semaine à compter de mardi 24 août et d’un retrait d’accréditation. Il lui est reproché d’avoir diffusé à plusieurs reprises des images de Djamel Bensmail, lynché mercredi 11 août à Larbaâ Nath Irathen (Grande Kabylie), avant que son corps ne soit brûlé par une foule hystérique.

Selon l’ARAV, El Bilad TV a manqué à ses engagements juridiques et moraux

L’assassinat abominable de cet homme, parti en Kabylie pour aider les pompiers et les bénévoles à lutter contre les incendies qui ont ravagé cette région, a provoqué émoi et consternation. Les images de son lynchage continuent d’ailleurs à être relayées sur les réseaux sociaux, ainsi que sur certains médias, et il semble qu’El Bilad TV paie ainsi pour ces multiples diffusions qui, selon le communiqué officiel, « constituent un manquement aux engagements juridiques et moraux de la chaîne ».

Lundi 23 août, 92 suspects, dont 3 femmes, arrêtés dans plusieurs régions du pays ont été déférés devant le procureur de la République pour homicide volontaire, lynchage et immolation par le feu d’un cadavre, violation de l’enceinte d’un poste de police, appartenance à un groupe terroriste et actes de vandalisme portant atteinte à la sécurité de l’État.

Précision : Suite à la publication de notre article, Tayeb Aissiou, qui a été DG d’Al El Djazairia One de décembre 2018 à juin 2019, indique qu’il ne fait l’objet d’aucune poursuite judiciaire en Algérie ni d’un mandat d’arrêt international.