Société

Guinée : après Marburg, Ebola ?

Mis à jour le 24 août 2021 à 16:43

Un agent de l’Institut national d’hygiène publique désinfecte les locaux du CHU de Cocody à la suite du passage d’une patiente atteinte d’Ebola à Cocody, le 16 août 2021.

Avec la lutte contre le Covid-19 en toile de fond, le pays doit faire face à l’émergence du virus Marburg et, possiblement, au retour d’Ebola. Mais sur ce dernier point, un imbroglio médical l’oppose à son voisin ivoirien.

La patiente zéro de la nouvelle épidémie d’Ebola identifiée en Afrique de l’Ouest est-elle guinéenne ? La Côte d’Ivoire pense que oui. Le 15 août, le ministre de la Santé et de l’Hygiène publique ivoirien, Pierre N’Gou Dimba, le confirme : une Guinéenne de 18 ans a été diagnostiquée positive au virus Ebola par l’Institut Pasteur d’Abidjan. Ayant emprunté un bus à Labé, en Moyenne-Guinée (Ouest), elle a traversé le pays sur 1500 km pour arriver à Abidjan. Où les médecins se sont montrés formels : elle est atteinte du virus Ebola. Après avoir expédié 5000 vaccins à leurs homologues ivoiriens et proposé leur assistance, les experts guinéens souhaitent établir eux-mêmes un diagnostic de l’état de santé de la jeune fille.

Problème : les médecins abidjanais refusent de les laisser approcher la patiente. Contacté par Jeune Afrique, le Dr Bouna Yattassaye, directeur adjoint de l’Agence nationale de sécurité sanitaire guinéenne, le déplore. « Nous ne connaissons pas les raisons réelles de ce refus. » Pis, la Guinée met officiellement en doute la véracité de la contamination de sa ressortissante et en demande une double confirmation : « Nous avons adressé un courrier à l’OMS pour qu’elle puisse apporter son expertise. »

Vaccination par précaution

Ce courrier, adressé le 19 août et signé du ministère de la Santé, attire l’attention sur le fait que « l’évolution des symptômes de la maladie et l’amélioration du tableau clinique en quarante-huit heures suscitent des interrogations, connaissant l’évolution classique de la maladie ». Par précaution, une campagne de vaccination a tout de même été lancée à Labé, le même jour, le pays n’en étant pas à son coup d’essai dans sa stratégie de lutte contre Ebola.

En décembre 2013 déjà, le patient zéro de l’épidémie qui a fait plus de 11 000 victimes en Afrique de l’Ouest venait de la ville de Guéckédou, en Guinée forestière. Même constat pour l’épisode épidémique qui a démarré en janvier dernier et s’est officiellement achevé le 19 juin. Il a fait 12 morts dans le pays, et la première victime était une femme venant de la préfecture de Nzérékoré, située dans la même région.

Le coup d’accélérateur récent du développement des infrastructures a entraîné une multiplication des contacts humains avec la faune

C’est ce qui fait dire au Dr Yattassaye que « s’il s’avère que la patiente est positive, alors ce sera un cas atypique et insolite d’Ebola. Elle vient de Moyenne-Guinée, région où jamais aucun cas d’Ebola n’a été confirmé ».

Mais dans l’hypothèse où ce cas serait confirmé, pourquoi la Guinée serait-elle à nouveau le point de départ d’une épidémie d’Ebola ? Alpha Kabinet Keïta, directeur adjoint du Centre de recherche et de formation en infectiologie de Guinée (Cerfig), explique : « Le coup d’accélérateur récent du développement des infrastructures en Guinée a entraîné une multiplication des contacts humains avec la faune et a ainsi favorisé la naissance de ce virus qui s’est transmis de l’animal à l’homme. »

Le pays d’Alpha Condé n’est pas le seul État d’Afrique de l’Ouest a être en état d’alerte. Dimanche soir, le ministère de la Santé du Burkina Faso a également tiré la sonnette d’alarme en raison d’un possible cas suspect en provenance du territoire ivoirien.

À Marburg, un patient zéro guinéen

Le 2 août dernier, un homme est décédé des suites de sa contamination au virus de Marburg à Témessadou-M’Boket, localité située à 54 km de… Guéckédou. C’est la première fois que ce virus – dont le taux de létalité peut atteindre 88 % selon l’OMS – est détecté en Afrique de l’Ouest.

Le 19 août, lors d’une conférence de presse virtuelle organisée par l’Organisation, Rémy Lamah, le ministre guinéen de la Santé et de l’Hygiène publique, l’a admis : « Nous avons affaire à une épidémie de maladie à virus de Marburg. » Les autorités sanitaires craignant une nouvelle bombe épidémique face à laquelle il n’existe ni vaccin ni traitement, ont minutieusement retracé le parcours de ce patient zéro afin d’en retrouver les cas contacts. Ceux-ci sont au nombre de 172 mais aucun n’a été, pour le moment, formellement identifié comme contaminé, selon le ministre.

Marburg provoque les mêmes fièvres hémorragiques que son célèbre cousin, Ebola

Le virus de Marburg a été détecté pour la première fois en 1967, lors de flambées simultanées dans les villes de Belgrade (alors en ex-Yougoslavie), de Francfort et de Marburg (en Allemagne), où des singes importés d’Ouganda avaient infecté plusieurs chercheurs. Appartenant à la même famille qu’Ebola (les filovirus, ainsi baptisés en raison de la forme filaire de leur particule virale), Marburg provoque les mêmes fièvres hémorragiques que son célèbre cousin. La transmission interhumaine se fait également par l’échange de fluides corporels. La différence principale réside au niveau du génome.

« Ni peur ni psychose »

« Hôte naturel » du virus selon l’OMS, la chauve-souris est l’élément qui a transmis le virus à l’homme. Le Dr Yattassaye précise : « Ces chauves-souris ont déjà été identifiées en Sierra-Leone. Elles émigrent en fonction des saisons et des conditions environnementales. C’est certainement ce qu’il s’est passé, pour ce patient zéro. »

La population guinéenne est-elle en état d’alerte ? Le Dr Yattassaye est confiant: « Avec les diverses épidémies qu’a connues le pays, la population est sensibilisée. Il n’y a ni peur, ni psychose ». Néanmoins, l’OMS a jugé « élevée » la menace qui pesait aux niveaux national et régional.