Société

Cameroun-CAF : pourquoi Paul Biya a ignoré Patrice Motsepe

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Mis à jour le 23 août 2021 à 17:51

Patrice Motsepe, président de la CAF, lors de la cérémonie de tirage au sort de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2022 à Yaoundé, au Cameroun, le 17 août 2021.

Le 17 août, la cérémonie du tirage au sort de la CAN prévue en janvier 2022 à peine achevée, le président de la CAF a rapidement quitté le Cameroun. « Jeune Afrique » explique ce départ précipité.

Patrice Motsepe ne s’est guère éternisé à Yaoundé. Sitôt clôturée la cérémonie du tirage au sort de la prochaine Coupe d’Afrique des nations (CAN), le Sud-Africain a embarqué dans l’un des deux jets affrétés pour son déplacement et a quitté le Cameroun. Selon nos sources, il devait pourtant rencontrer le président Paul Biya avant de s’envoler.

D’après le programme initialement arrêté, Paul Biya, rentré deux jours plus tôt d’un séjour privé en Suisse, devait ainsi recevoir le patron du football continental au palais présidentiel d’Etoudi. Mais le rendez-vous n’a pas été confirmé et l’audience n’a donc pas eu lieu – pour des raisons d’ordre diplomatique dont Jeune Afrique a pris connaissance.

Faux-pas à Foumban

Selon nos informations, le président sud-africain de la CAF s’était rendu, la veille du tirage au sort prévu le 17 août dans la ville de Foumban, dans la région de l’Ouest afin d’y rencontrer Ibrahim Mbombo Njoya, le puissant sultan des Bamouns. Un rendez-vous que le palais d’Etoudi n’a guère apprécié. Le fait que celui-ci ait lieu avant l’audience de Motsepe avec le chef de l’État a été perçu comme un faux-pas diplomatique.

Si l’entourage du président de la CAF avait présumé que le voyage à Foumban ne présentait a priori aucun risque politique – d’autant que le sultan des Bamouns siège au Sénat pour le compte du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir) –, c’était oublier que son franc-parler agace régulièrement les caciques du parti. Ibrahim Mbombo Njoya s’est ainsi créé beaucoup d’inimitiés à Etoudi et au RDPC lors du Grand Dialogue national sur la crise anglophone en septembre 2019.

La plupart des cadors du gouvernement ont boudé la cérémonie de tirage au sort

Le sultan y avait exprimé sa position en faveur d’une révision du code électoral, une limitation du mandat présidentiel à cinq ans renouvelable une fois, et une élection présidentielle à deux tours. Pour n’avoir pas tenu en compte de ce contexte politique camerounais, le milliardaire sud-africain a été prié d’attendre un prochain rendez-vous avec Paul Biya. Le Premier ministre, Joseph Dion Ngute, comme la plupart des cadors du gouvernement, a quant à lui boudé la cérémonie de tirage au sort.

Mbombo Njoya contre Eto’o ?

Sans doute peu au fait de la géopolitique locale, Patrice Motsepe avait-il un autre objectif en tête ? Selon nos informations, son déplacement à Foumban a également été perçu comme une marque de son soutien à Seidou Mbombo Njoya, fils du monarque traditionnel et surtout actuel président de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot).

Or Seidou Mbombo Njoya sera probablement candidat à sa propre succession lors de l’élection pour la présidence de l’instance camerounaise du football, prévue en décembre prochain. Il y fera face aux candidatures déclarées de deux anciens Lions indomptables, Jules Denis Onana et Emmanuel Maboang Kessack, sans compter celle – pressentie – de Samuel Eto’o.

Jusqu’à présent, ce dernier se contentait d’agir dans l’ombre, tel un faiseur de roi au sein de la Fecafoot. Il serait désormais tenté d’occuper le fauteuil de président. Une perspective qui ne plaît ni au sortant, ni à Motsepe, qui soigne ses relations avec Seidou Mbombo Njoya – ce dernier siégeant par ailleurs au comité exécutif de la CAF.

Motsepe reproche en outre toujours à l’ancien attaquant des Lions indomptables d’avoir soutenu le Malgache Ahmad Ahmad lors de la dernière élection à la tête de la CAF.