Politique

Ce jour-là : 11 septembre 2001, le monde musulman sous le choc

Il y a vingt ans, les tours du World Trade Center s’effondraient. Parfois à rebours de leurs opinions publiques, Arafat, Moubarak, Kadhafi exprimaient leur compassion envers le peuple américain. Le récit, à chaud, de notre journaliste, Ridha Kéfi.

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Mis à jour le 11 septembre 2021 à 10:58

Attentat contre la tour sud du World Trade Center, à New York, le 11 septembre 2001. © Kelly Guenther/NYT/REDUX-REA

Mardi 11 septembre. Les premières images des attentats perpétrés à New York et à Washington sont diffusées en direct à la télévision. Dans les rues de Tunis, le petit peuple se congratule à coup de « Mabrouk ! » (Félicitations !) et de « Allahou akbar » (Dieu est grand !). On fait semblant de fêter ce qui apparaît comme une « défaite de l’Amérique ».

Des badauds discutent : « Ces Américains se croient tout-puissants. C’est bien fait pour leur gueule ! », dit l’un. « C’est une punition de Dieu », lance l’autre. Un troisième les tance : « Cessez de dire des bêtises, ce sont de pauvres gens comme vous et moi qui sont en train de payer pour l’arrogance de leurs leaders. »

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Scènes de liesse populaire

Dans les territoires de l’Autorité palestinienne, des scènes de liesse populaire éclatent. Ces manifestations d’une joie douteuse apportent de l’eau au moulin des analystes israéliens qui tentent de faire accréditer la thèse d’une implication palestinienne. […] Le président Yasser Arafat condamne ce qu’il considère comme « un crime contre l’humanité ». « Nous sommes complètement sous le choc », lâche-t-il.

Les autres chefs d’État de la région lui emboîtent le pas. Le président égyptien Hosni Moubarak, qui n’a cessé de répéter à ses interlocuteurs américains : « Si le processus de paix n’est pas relancé, la région pourrait connaître de graves attentats terroristes », fait part de sa stupeur face à la tragédie. La plus haute autorité du monde islamique, l’imam de la mosquée Al-Azhar, au Caire, déclare que les attentats « sont contraires à l’esprit de toutes les religions ».

La seule voix discordante aura été celle de Saddam Hussein.

Depuis le déclenchement de la seconde Intifada, en septembre 2000, l’opinion publique arabe s’était montrée très critique à l’égard de la politique américaine au Proche-Orient, qu’elle jugeait trop alignée sur les positions israéliennes. Conséquence : les États modérés, comme l’Égypte, l’Arabie saoudite, la Jordanie, le Maroc et la Tunisie, étaient pris en tenaille entre leur alliance stratégique avec les États-Unis et le sentiment antiaméricain de leurs populations.

Folie des grandeurs

On aurait pu croire qu’ils éprouveraient des difficultés à réaffirmer, en cette circonstance, leur soutien à Washington. Ce ne fut pas le cas. Et pour cause. Après un bref moment d’euphorie, l’opinion arabe a plongé dans une étrange torpeur. Les gens ne savaient plus quoi penser d’une catastrophe dont l’ampleur a dépassé l’entendement.

Conséquence inattendue de la tragédie : des leaders extrémistes, qui n’ont jamais fait mystère de leur haine pour les États-Unis, ont exprimé leur sympathie pour le peuple américain. C’est le cas de Mouammar Kadhafi, qui s’est dit prêt à venir en aide à ses adversaires de toujours. Aucun doigt accusateur ne s’est levé pour désigner le « Guide » comme un possible commanditaire des attentats. L’Iran, autre « État voyou » selon le Pentagone, a condamné fermement, lui aussi, les attentats par la voix de son président, Mohamed Khatami.

Dans ce concert de compassion, la seule voix discordante aura donc été celle de Saddam Hussein. « Les Américains ont récolté les épines de leur politique », a dit le tyran de Bagdad. Ils se sont rendus victimes « de leur arrogance, de leur folie des grandeurs et de leur mépris à l’égard des autres peuples ».