Politique

Législatives 2021 au Maroc – Aziz Akhannouch : « Nous mettons toute notre énergie en vue de la victoire »

Par - à Casablanca
Mis à jour le 23 août 2021 à 10:13

Aziz Akhannouch à Dakhla, en février 2019

Candidats, programme, financements… Le patron du Rassemblement national des indépendants (RNI) livre son plan de bataille pour le triple scrutin (législatives, communales et régionales) du 8 septembre. Entretien.

Depuis cinq mois, Aziz Akhannouch bat campagne en sillonnant le royaume. Trois tournées régionales, plus de 100 villes et autant de douars visités. « Chaque échange, chaque interaction m’a appris quelque chose, a été une source d’inspiration pour moi et, bien souvent, m’a donné la force de continuer », confie le président du Rassemblement national des indépendants (RNI) et ministre de l’Agriculture, entre deux déplacements.

Aujourd’hui, dans la dernière ligne droite de la course électorale pour les scrutins législatifs, régionaux et communaux de septembre 2021, sa formation confirme son statut de concurrent des islamistes du Parti de la justice et du développement (PJD), aux manettes de l’exécutif depuis dix ans. Entretien.

Jeune Afrique : Le RNI est arrivé premier avec 28 % des sièges lors du tour de chauffe que sont les élections des chambres professionnelles. Cela présage-t-il une victoire en septembre ?

Aziz Akhannouch : Difficile de parler de tour de chauffe alors qu’il n’y a pas de corrélation entre les résultats de ces scrutins professionnels et les élections communales, régionales et législatives à venir. Ce n’est ni le même électorat ni les mêmes enjeux. Notre score n’est pas forcément l’assurance d’une réussite pour le 8 septembre. Il est néanmoins une source de satisfaction pour notre parti.

Les professionnels qui ont voté le 6 août ont accueilli favorablement le bilan remarquable de nos ministres dans plusieurs secteurs productifs. C’est une source de motivation pour les membres du RNI ayant pris part à ces élections, qui sont décidés à œuvrer pour le renforcement de ces chambres professionnelles.

Nous voulons amener les Marocains à prendre en main leur destin

Nous nous sommes aussi et surtout réjouis de l’évolution significative du taux de participation, malgré le contexte assez défavorable. Cela nous rassure par rapport à notre travail sur le terrain et à notre effort de mobilisation.

Pensez-vous que le taux de participation sera assez élevé le 8 septembre pour diluer la masse des fidèles électeurs du PJD ?

L’amélioration du taux de participation est un enjeu majeur, surtout parmi les jeunes. Il serait désolant d’assister au creusement du fossé entre les nouvelles générations et les hommes politiques, de voir à nouveau la jeunesse renoncer au droit de choisir leurs dirigeants par désintérêt ou par déception. Depuis cinq ans, sans interruption, nous menons un travail de fond pour rebâtir le lien de confiance entre les citoyens et la politique. Notre ambition est de redonner une voix aux indécis, et à ceux qui pensent que « la politique ne sert à rien ».

Notre démarche vise à défendre notre manière de faire de la politique et nous espérons que cela contribuera à lever les réticences de certains, ou du moins à montrer que des alternatives existent. Ce qui nous importe, ce n’est pas de diluer « la masse des fidèles » de quiconque. Le RNI a aussi ses « fidèles ». Nous voulons surtout amener les Marocaines et les Marocains à prendre en main leur destin. Qu’ils prennent conscience qu’ils méritent mieux et que cela est possible à travers la participation politique.

Votre programme électoral prévoit 5 engagements et 25 mesures. Quelles sont vos priorités ?

Notre programme a été conçu via une approche participative citoyenne, inédite dans l’histoire des partis politiques : nous avons écouté 300 000 Marocains en cinq ans et les priorités de notre programme sont leurs priorités.

Les 5 engagements et les 25 mesures sont déjà une sorte de short list d’actions à mener harmonieusement. Nous n’aurons pas à choisir, par exemple, entre « généraliser les écoles communales, le transport et la cantine scolaires » et « mettre en place le tiers-payant pour les consultations, les soins et les médicaments ». Les mesures de notre programme seront déployées de manière cohérente.

Pour financer notre programme, nous n’aurons pas besoin d’augmenter les impôts

Où trouver les 275 milliards de dirhams (plus de 25 milliards d’euros) nécessaires au financement d’un tel programme ?

Un chiffrage précis a été effectué par les experts et les cadres du RNI, qui ont veillé à proposer un programme à la fois ambitieux et réalisable. Les dépenses seront ventilées sur la durée du programme et le financement se base sur les ressources mobilisées au niveau du budget général de l’État ainsi que sur d’autres sources de financements déjà identifiées, comme celles prévues pour le chantier de la généralisation de la couverture sociale (51 milliards de dirhams à l’horizon 2025, entre cotisations et budget de l’État).

Les ressources financières proviendront également de la croissance additionnelle, de la réallocation de certains budgets sectoriels, de l’optimisation de dépenses fiscales non pertinentes, de nouveaux mécanismes comme « Zakat Al Mal » et du maintien de la contribution sociale sur les revenus salariaux assez élevés. Pour financer notre programme, nous n’aurons pas besoin d’augmenter les impôts.

Souvenez-vous de ceux qui disaient que le Plan Maroc Vert ou le Plan d’accélération industrielle étaient coûteux et pas réalisables… Ce sont les mêmes qui se gargarisent aujourd’hui de leur succès.

Comment les candidats RNI aux élections de septembre ont-ils été sélectionnés ? Comment les avez-vous préparés à cette bataille électorale ?

Le RNI s’est fixé une ambition : couvrir toutes les circonscriptions électorales du royaume. Une organisation a été mise en place pour y parvenir à travers les coordinations locales. Les tournées dans les régions ainsi que le contact ininterrompu avec les militants et avec les citoyens nous a assuré un fort ancrage partout sur le territoire.

Je serai toujours disponible pour remplir mes engagements vis-à-vis d’Agadir

Nos candidats ont été proposés par les provinces et les cellules locales, puis leurs dossiers ont été étudiés par une commission nationale élue lors du congrès de notre parti. La sélection s’est faite sur les bases les plus objectives possibles, en tenant compte de la moralité et des chances de réussite des candidats. La volonté de rajeunir le personnel politique a été aussi prise en compte dans le processus de sélection : un candidat RNI sur quatre aux prochaines législatives est un jeune.

Aziz Akhannouch, éventuellement chef de gouvernement, pourra-t-il être aussi un bon maire d’Agadir, où il a toutes les chances d’être élu ?

Quand il a fallu se décider pour ma candidature, le choix d’Agadir s’est imposé naturellement. L’avenir de cette ville me tient à cœur, sans doute parce que notre famille y a toujours vécu et que c’est une ville à laquelle nous sommes particulièrement attachés.

Cela dit, je ne suis pas seul, toute une équipe est mobilisée à mes côtés avec l’ambition commune de servir cette ville et ses habitants. Nous avons des idées et ambitions concrètes pour Agadir et nous sommes capables de libérer les synergies et les compétences nécessaires pour les mener à bien. Notre équipe diversifiée, motivée et compétente pourra faire la différence. Quant à moi, quelle que soit la configuration à venir, je serai toujours disponible pour remplir pleinement mes engagements vis-à-vis d’Agadir.

En cas de victoire du PJD, accepteriez-vous d’intégrer une nouvelle fois un gouvernement dirigé par le parti islamiste, ou renonceriez-vous alors à la politique ?

Quand on appréhende un rendez-vous électoral avec tout le travail et l’engagement que nous y mettons, ce n’est pas pour envisager des scénarios qui vont à l’encontre de nos ambitions. Je ne dis nullement que moi-même ou le parti sommes certains d’une réussite. Mais nous aspirons à une victoire et nous y mettons toute notre énergie.

Le dernier mot reviendra aux citoyens. C’est le résultat des urnes qui définira la suite et je ne ferai pas de pronostics là-dessus. Personnellement, au sein du RNI, ma priorité a toujours été de mettre l’intérêt du Maroc et des Marocains au-dessus de toute considération. Cela ne changera jamais.